Baptême du feu des forges pour Modrikamen
MARTIN,PASCAL
Samedi 23 janvier 2010
Deux à trois cents personnes ont assisté vendredi soir à Charleroi au premier meeting du Parti populaire crée en novembre dernier par Mischael Modrikamen et Rudy Aernoudt. Devant un public de tous âges, acquis à la cause des orateurs, les deux hommes ont scandé les principaux points du programme du PP. En dépit des accents populistes, il n’y a eu aucun dérapage.
« Le Parti des Porsche (pour « PP », ndlr) vous verrez que ce n’est pas ce que nous sommes vraiment », avait tenu à nous avertir Mischaël Modrikamen quelques jours avant ce premier « metingue » organisé à Marchienne-au-Pont. Comme pour faire la nique à l’hebdomadaire satirique « Pan », auteur de ce jeu de mots, le Parti populaire avait choisi de donner rendez-vous vendredi soir au Rockerill, une salle alternative logée par les anciennes Forges de la Providence. Un décor digne d’Hades, témoin du passé industriel glorieux de la région mais aussi de sa déglingue.
À l’entrée, un vigile vous ouvre la porte. Puis un membre du Parti populaire vous adresse un salut poli, urbain : « Bonsoir Monsieur. Bonsoir Madame ». L’homme, un Gillycien d’origine venu de Bruxelles, explique que le PP peut réussir à séduire les gens du coin. « Ce qu’il nous faut, c’est un élan, une flamme », explique-t-il. Et si on lui demande à qui ou à quoi il faut imputer les problèmes auxquels est aujourd’hui confrontée la région, il répond : « A la pensée marxisante ».
Dans le public, les uns et les autres affichent leur motivation. Un homme d’une soixantaine d’années soutient le PP car dit-il « tous les partis se retrouvent au pouvoir et il n’y a pas d’opposition. Le PP peut incarner celle-ci. Moi, j’aime beaucoup ses arguments. Surtout en matière d’immigration où je dirais qu’il est proche de Sarkozy. L’immigré a aussi des devoirs, mais la presse n’ose pas écrire cela » .
Vingt heures passées, le premier orateur prend la parole. L’accent grasseyant de Jean Zarzecki, l’ex-patron des Francs-Borains, donne à la réunion une couleur locale. Il livre le témoignage d’un habitant du cru, fier d’une région qu’il a vu prospère, aujourd’hui acculée « à la misère ». Le Parti populaire est un « parti sans casseroles, explique-t-il, pour des hommes et des femmes qui veulent faire bouger les choses. Dans l’ode à la libre entreprise et à la responsabilité individuelle qui suit, un argument fait mouche : « Nous sommes contre le travail en noir des chômeurs qui gagnent mieux leur vie que les travailleurs (…) C’est toujours les mêmes qui touchent ». Salve d’applaudissements.
Mais à l’applaudimètre, Rudy Aernoudt est sans conteste le champion. Goguenard derrière sa cravate rouge, se délectant des piques qu’il décoche féroces et nombreuses au Parti socialiste, il susurre un accent flamand qui rappelle la volonté du PP de rester en dehors des conflits communautaires. « Et puis arrêtons de faire la guéguerre entre Flamands et Wallons », lance-t-il, badin. Les applaudissements redoublent. Aernoudt met les rieurs de son côté.
Pour l’économiste flamand, le Parti socialiste est à l’origine de tous les maux de la région. « Sur 6 enfants, un n’a jamais vu son papa ou sa maman au travail ». Michel Daerden en prend au passage pour son grade. Le MR aussi : « Il est tellement occupé avec ses problèmes qu’il ne peut pas s’occuper de la Wallonie ».
Suivent une série de propositions pour redorer le blason de la Wallonie. Une diminution du nombre de ministres de 62 à 22. Le dégraissage des cabinetards : « 5200 personnes sont au payroll des cabinets politiques en Belgique contre zéro aux Pays-Bas ». Une diminution des taxes sur le revenu : « Avec notre taxation, celui qui gagne aujourd’hui 3000 euros bruts en aurait 2300 en poche, contre 1780 aujourd’hui ». De nouvelles obligations enfin pour les chômeurs : « Au bout de trois ans, le chômeur qui souhaite garder ses allocations devra aussi faire quelque chose pour la communauté ». Bravos ! et tonnerre d’applaudissement dans l’assistance.
La salle est à point lorsque Mischaël Modrikamen prend la parole. L’orateur féroce des prétoires a laissé tomber la toge pour un costume clair. Ce vendredi soir au Rockerill, il poursuit son apprentissage de tribun politique en égrenant à son tour les points du programme du PP. Enseignement, pensions, insécurité… tout y passe. Sans oublier l’évocation de Winston Churchill, le héros de Mischaël Modrikamen. Churchill a dit : « Le capitalisme est le partage de la richesse. Le socialisme est le partage équitable de la misère »
Mischaël Modrikamen se présente comme le fils d’une région – il est originaire de Couillet-Queue – acculée à la misère après trente années de « régime sans partage du Parti socialiste ». Or, en décembre, dit-il, « je me suis baladé dans la Ville basse, et j’ai rencontré la misère, des minimexés, des jeunes hommes qui font la manche et des vieux angoissés ». Il se fait lyrique : « J’étais en colère, comment a-t-on pu faire ça à ma ville ? ».
Lutter contre l’insécurité à Charleroi passe par « le rétablissement de la sécurité dans les rues, partout », en diminuant la charge administrative qui pèse sur les policiers, explique en substance l’avocat. Qui embraie sur la Justice : « Tout délinquant pris en flagrant délit doit être condamné directement. Pour les autres, ils doivent être jugés dans l’année ».
Suit l’immigration. La Belgique doit rester une « terre d’accueil pour les réfugiés », mais en revanche « il appartient aux immigrés de s’adapter aux lois, aux règles, aux coutumes du pays d’accueil et non l’inverse ». Applaudissements. « Mais, a tenu à prévenir auparavant l’avocat, « les extrémistes, les fascistes n’ont rien à faire au PP ». (Re)applaudissements. Au passage, une attaque contre le CDH qui a le privilège « d’avoir introduit la première femme voilée dans un parlement occidental ».
Encore quelques mots pour louer l’éducation civique qu’il conviendrait de donner aux écoliers. Applaudissements. Une invitation à Albert Frère pour « qu’il rende à la Wallonie tout ce qu’elle lui a donné « . Une charge sur le géant de la bière Inbev au nom d’un « capitalisme responsable » : « Il est inacceptable qu’Inbev qui fait des profits considérables licencie ». Le vœu, enfin, de faire de Charleroi « la première ville verte post-industrielle »…
Le « metingue » arrive à sa fin. Après Winston Churchill, JFK est appelé à la rescousse : « Ne vous demandez pas ce que le PP peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour le PP ».
Les premiers délégués du parti sont enfin présentés au public. Jeans et blousons noient les costards des orateurs. Un air de Police emplit le Rockerill. Tulîpes et embrassades. Un nouveau parti, aux accents populistes mais se gardant pour l’heure de tout dérapage, est né à Charleroi.
