Les catholiques ne suivent pas la morale sexuelle du Pape

GUTIERREZ,RICARDO

Mardi 26 janvier 2010

Jésus crise Les recommandations du pape Benoît XVI en matière de mœurs et de sexualité sont pleinement respectées par à peine 1 % des catholiques de Belgique. Ils sont même près d’un sur deux à déclarer qu’ils ne suivent « jamais » la morale sexuelle vaticane. Lisez la suite de notre enquête « Jésus crise » dans Le Soir de ce mardi.

Le Pape prêche dans le désert, en matière de moeurs et de sexualité. Près d’un catholique sur deux (48 %), en Belgique, dit ne « jamais » suivre ses recommandations, en termes de morale sexuelle. La proportion de fidèles réfractaires atteint même 56 % parmi les femmes catholiques de notre échantillon (représentatif de la population du Royaume).

Les interdits sexuels du moralisme chrétien apparaissent comme autant de prescriptions d’un autre âge, dans nos sociétés occidentales où progressent de nouvelles formes d’amour, de l’union libre aux familles recomposées. Le christianisme semble « obsédé par le sexe ». Et il se pose en « ennemi du plaisir »… « Ce double reproche n’est pas faux, écrit le sociologue Odon Vallet, mais il pourrait s’adresser à la plupart des religions. (…) Toutes ont, à des degrés divers, réduit le champ des fantasmes et la sphère des orgasmes ».

A la lecture de certains résultats de notre sondage, comme les 90 % de catholiques qui se déclarent favorables aux méthodes contraceptives (interdites par le Vatican, depuis l’encyclique de 1968 sur la régulation des naissances), il y a de quoi s’interroger sur la légitimité de l’autorité morale qu’est supposée incarner le Pape pour ses fidèles…

« Notre discours est certes exigeant, admet le jésuite Tommy Scholtès. Il met en avant la fidélité dans une société marquée par la libéralisation des mœurs. Nous défendons, au sein du couple, une manière de vivre la sexualité qui évite le recours à la contraception. C’est un idéal à atteindre. L’Eglise se doit de le défendre, mais elle ne condamne pas ceux qui ne l’atteignent pas ».

Pas d’interdit, alors ? « On oublie qu’en matière de morale, l’Eglise s’en remet à la conscience éclairée des personnes, insiste Tommy Scholtès. Si elles agissent avec responsabilité, sans sombrer dans le libertinage, nous acceptons la contraception. Mais l’idéal que nous défendons est celui d’un amour qui s’épanouit dans le cadre d’un couple stable, dans le respect réciproque… et sans exclure la procréation. C’est un idéal, je me répète. Il peut paraître d’un autre âge, mais il est en fait providentiel dans une société où la sexualité a tendance à être réduite à la génitalité. L’amour, c’est bien plus que l’érotisme ambiant ! ».

Reste que les « idéaux » dictés par le Vatican ne semblent plus du tout convaincre ses propres fidèles. Et pas seulement en termes de morale sexuelle : notre sondage Dedicated Research révèle aussi que 61 % des catholiques sont favorables à l’euthanasie, et que 39 % tolèrent l’avortement.

Pas de résultats.