Un projet commun Ville-Université

BODEUX,PHILIPPE

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Mardi 26 janvier 2010

Eco-quartier : galvaudé, le concept est néanmoins à la mode, popularisé par la rénovation du quartier Vauban à Fribourg. Il débarque en région liégeoise avec le lancement à appel à intérêts, initié par la Ville et l’ULg. Ensemble, les deux pouvoirs publics disposent d’un espace de 2,6 hectares au Sart Tilman. Entre le home universitaire et le village, plus précisément. « Le fait d’être propriétaires nous permet de ne pas accorder trop d’importance au prix de revente du terrain à bâtir – environ 50 euros/m2 – mais plutôt de mettre la priorité sur la qualité du projet architectural », déclare Michel Firket, échevin de l’Urbanisme qui entend y réaliser un « véritable éco-quartier ». Véritable ? Il n’existe pas à proprement parlé de label qui garantisse l’authenticité du concept (lire ci-contre) mais une variété de chartes, mode d’emploi et vade-mecum édités par autant de pouvoirs publics. La Ville de Liège, elle, a réalisé une « charte urbanistique » qui définit les orientations que le « bouwteam » – équipe mêlant opérateur immobilier, architectes et urbanistes – doit respecter. Les prescriptions touchent à l’efficience énergétique – norme d’isolation de K35 minimum, présence d’une maison passive au moins –, à l’intégration au site boisé, à la mobilité – modes doux privilégiés –, à la mixité des fonctions – logement unifamilial, studio pour chercheurs, bureaux et petits commerces – ou encore à la gestion parcimonieuse du sol avec un habitat dense et groupé qui permet le dégagement de jardins privés ou semi-privés. L’aspect « social » du développement durable n’est pas oublié, la Ville exigeant dialogue et concertation avec la population avoisinante. Enfin, le projet qui comptera entre 50 et 80 logements devra intégrer une œuvre artistique originale. Si l’Université de Liège a délégué à la Ville l’organisation de cet « appel à intérêts » elle comptera tout de même quatre représentants au sein du jury chargé d’examiner et de coter les projets. On y trouvera également quatre représentants de la Ville, le fonctionnaire-délégué de la Région et un expert extérieur. Dans un premier temps, les « bouwteam » ont jusqu’au 31 mai pour déposer un dossier de candidature. À l’issue de cette première phase, 5 candidats seront retenus. Ils auront jusqu’au mois de novembre 2010 pour remettre un projet plus abouti. In fine, le jury désignera le candidat pour la fin de l’année. « Il faut alors compter environ deux ans pour la demande de permis et l’étude d’incidences, poursuit Michel Firket. Le candidat disposera alors de cinq ans pour réaliser le projet. S’il n’y arrive pas, le terrain nous revient. » L’université s’engage de son côté à prendre en charge le détournement du réseau de chaleur qui passe sur le terrain de manière à maximaliser l’espace constructible. « Nous devrons également trouver un nouveau bâtiment pour le matériel sportif du RCAE » – club sportif universitaire –, explique l’administrateur de l’ULg François Ronday. Et nous étudions l’extension du home étudiant tout proche ». PHILIPPE BODEUX

« L’important, c’est la méthode »

Qu’est-ce qui différencie un « éco-quartier » d’un « éco-lotissement » ou encore d’un ensemble de logements à haute efficience énergétique ? « Il n’existe pas de label certifiant la réalisation d’un “éco-quartier“ », explique Catherine Charlot-Valdieu, présidente de l’association Suden pour la promotion du développement urbain durable qui a édité un petit livre « Ecoquartier, mode d’emploi » (1). Tous les maires veulent leur éco-quartier qui, du coup, est à chaque fois différent en fonction du contexte local », explique-t-elle. Le constat français vaut pour la Région wallonne : inexistence d’un label et floraison de projets.

« Outre les critères classiques touchant à la mobilité, à l’énergie, au caractère multifonctionnel, ce qui est finalement le plus important, à mes yeux, c’est la méthode d’évaluation des projets. Dans le cas de Liège, il est intéressant que la Ville propose un prix de vente bas du terrain. Encore faut-il qu’il y ait de réelles performances en matière d’aménagements d’espaces publics et de construction. Ensuite, poursuit Catherine Charlot-Valdieu, la réalisation d’un premier éco-quartier dans une ville doit être en quelque sorte un chantier-pilote qui débouche sur des bonnes conduites applicables dans le reste de la ville. C’est cela qui fonde la durabilité de la démarche ».

Dans un article paru sur le moniteur.fr, le directeur de « BeCitizen » parle de « quartier positif » dont l’impact n’est pas seulement neutre sur l’environnement – en matière d’émission de CO2, de pollution, d’utilisation raisonnée de l’espace… – mais positif. « Il produit plus d’énergie qu’il n’en consomme, il stocke du CO2, il génère des ressources renouvelables, il restaura la biodiversité et protège la santé ». Pour Rodolphe Deborre, un éco-quartier de ce type doit être construit sur une surface déjà urbanisée qui amène de la biodiversité au cœur des villes. En matière de mobilité, il fixe des critères précis : quatre fois moins de voitures individuelles qu’ailleurs.

Si le projet du Sart Tilman ne se situe pas en cœur de ville, il a au moins le mérite de proposer un quartier de type urbain à une population – chercheur, employés, professeurs – qui travaille à l’université ou au CHU. En outre, il s’intègre dans un ensemble existant – village du Sart Tilman, home universitaire – qu’il devrait « valoriser ». Quant à la méthode d’évaluation, la Ville a établi une « charte urbanistique » en fonction de laquelle, le jury attribuera des points aux candidats. Toutefois, la méthode d’évaluation comporte peu de critères précis, à l’exception du coefficient d’isolation (K35). « Nous avons voulu ouvrir au maximum l’appel à intérêts en pariant sur la qualité des équipes et des projets qui entreront en lice », justifie l’échevin de l’Urbanisme Michel Firket.

(1) Éditions Eyrolles

L’ULg va chauffer le campus et le CHU avec des pellets

Dici le prochain hiver, l’Université de Liège utilisera une chaudière à pellets – granulés de bois compressé – pour produire de la chaleur et de l’électricité à destination des bâtiments du campus et du CHU. « Il s’agira vraisemblablement de la plus grosse chaudière à pellets en Région wallonne, déclare Christian Evens, directeur de l’administration des ressources immobilières de l’ULg. Ce qui nous permettra de limiter considérablement les émissions de CO2 ».

Actuellement, les installations universitaires sont chauffées au départ de deux grosses chaudières au gaz qui distribuent de l’eau surchauffée à 120 degrés via un réseau de tuyaux qui fait plus de 22 kilomètres. « La chaudière à pellets ne va pas remplacer totalement les chaudières actuelles mais fournir la demande de base », explique Christian Evens. Soit 10.000 MWh d’électricité et 42.000 MWh de chaleur alors que la consommation annuelle totale avoisine 36.000 MWh d’électricité et 60.000 MWh de chaleur. « Comme l’unité de cogénération fonctionne en continu, nous devons avoir une autre chaudière pour les pics de consommation ». Chaque année, la chaudière engloutira 16.000 tonnes de bois soit deux camions par jour qui passeront par la nationale, précise-t-on à l’ULg. Supporté par l’octroi de certificats verts, l’investissement – 8 millions d’euros, amorti en dix ans – attend encore un dernier feu vert de la Région.

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