Villepin relaxé, Sarkozy ne fera pas appel
n.c.
Jeudi 28 janvier 2010
L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a été relaxé jeudi de dénonciation calomnieuse dans l’affaire Clearstream par le tribunal correctionnel de Paris. Nicolas Sarkozy s’est refusé à tout commentaire de fond sur le jugement. Il ne fera pas appel du jugement.
Les magistrats ont reconnu l’ancien Premier ministre non-coupable de l’ensemble des chefs de poursuite, à savoir « complicité de dénonciation calomnieuse », « complicité d’usage de faux, recel d’abus de confiance et recel de vol ».
Le tribunal correctionnel de Paris a également relaxé le journaliste Denis Robert qui était poursuivi pour recel d’abus de confiance et recel de vol dans l’affaire Clearstream.
Par contre, Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d’EADS, a écopé de trois ans d’emprisonnement, dont 21 mois avec sursis, et 40.000 euros d’amende pour dénonciation calomnieuse, recel d’abus de confiance et usage de faux. Le tribunal n’a pas retenu le délit de « faux », jugeant qu’il ne pouvait pas être prouvé que M. Gergorin avait personnellement falsifié les fichiers. Le ministère public avait requis a requis 36 mois d’emprisonnement, dont 18 assortis du sursis simple, et 45.000 euros.
Quant à Imad Lahoud, ancien informaticien et directeur scientifique à EADS, il a été condamné à trois ans d’emprisonnement, dont 18 mois avec sursis, et 40.000 euros d’amende pour son rôle de falsificateur des listings. Il a été reconnu coupable de complicité de dénonciation calomnieuse par aide ou assistance, faux, usage de faux et recel d’abus de confiance.
Enfin l’ancien auditeur Florent Bourges a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour le « seul délit d’abus de confiance ».
Dominique de Villepin a déclaré vouloir « tourner la page » et « servir les Français », en quittant le tribunal.
« J’ai été blessé par l’image que l’on a voulu donner de la politique, de l’engagement qui a été le mien pendant 30 ans, et c’est vers l’avenir que je veux me tourner pour servir les Français et contribuer, dans un esprit de rassemblement, au redressement de la France », a déclaré Dominique de Villepin.
« Je suis fier d’être le citoyen d’un pays, la France, où l’esprit d’indépendance reste vivant. Je n’ai aucune rancœur, aucune rancune. Je veux tourner la page », a-t-il également dit.
Cette relaxe au procès Clearstream, une vaste machination politique qui aurait notamment visé à déstabiliser Nicolas Sarkozy avant 2007, permet de relancer les ambitions politiques de M. de Villepin et apparaît comme un revers majeur pour le président français.
Nicolas Sarkozy a « pris acte » de la relaxe prononcé jeudi dans l’affaire Clearstream contre Dominique de Villepin en relevant « la sévérité de certains attendus » le concernant et annoncé qu’il ne ferait « pas appel » de ce jugement, a annoncé l’Elysée dans un communiqué.
« Le tribunal a considéré que le rôle de M. Dominique de Villepin dans la manipulation ne pouvait pas être prouvé. J’en prends acte tout en notant la sévérité de certains attendus le concernant », a estimé M. Sarkozy, partie civile, dans ce communiqué.
Même si le droit d’interjeter appel au pénal est réservé aux seuls prévenus et au parquet, le chef de l’Etat a ajouté que ce jugement lui donnait « satisfaction » et qu’il ne « ferai(t) pas appel de la décision du tribunal correctionnel ».
Le tribunal a « reconnu une +manipulation grave+ » et « en a tiré la conclusion que les auteurs de ladite manipulation devaient être sanctionnés par une peine de prison ferme y compris pour l’un d’eux, qui n’avait pourtant pas d’antécédent judiciaire », a-t-il aussi relevé.
« Le jugement me donne satisfaction, même si ne connaissant personnellement aucun des condamnés, ne les ayant jamais rencontrés, je ne nourris à leur endroit aucun ressentiment, et je m’interroge encore sur leurs motivations », a poursuivi Nicolas Sarkozy.
« Je m’étais constitué partie civile parce que je voulais que ces agissements soient portés à la connaissance des Français, qu’ils soient sanctionnés afin que nul n’ait la tentation de se livrer à l’avenir à de telles pratiques qui déshonorent la démocratie », a-t-il également déclaré.
(AP et AFP)
