Marianne Thyssen s’interroge sur l’attitude des francophones

DUBUISSON,MARTINE; VANOVERBEKE,DIRK

Lundi 1er février 2010

Réforme de l’Etat

La présidente du CD&V aimerait comprendre pourquoi les francophones hésitent à s’engager dans une réforme de l’Etat. En attendant, elle compte sur Jean-Luc Dehaene pour régler l’épineux dossier de BHV et rétablir la confiance. Et prévient : la priorité 2010, c’est la lutte contre la crise.

ENTRETIEN

Le CD&V présente ses deux visages habituels : Yves Leterme, au fédéral, met la priorité sur la crise économique à résoudre et Kris Peeters, en Flandre, insiste sur la concrétisation rapide d’une large réforme de l’Etat. Marianne Thyssen, la présidente, nuance.

Le Premier vient de mettre l’institutionnel au frigo, non ?

Yves Leterme n’a jamais dit qu’il fallait enterrer la réforme de l’Etat sous cette législature, mais qu’il faut agir avec les moyens dont on dispose et poursuivre la concertation de manière constructive. C’est cela, le fédéralisme de coopération. Kris Peeters ne dit pas autre chose.

Il parle, lui, de révolution copernicienne, de réforme de l’Etat fondamentale.

C’est l’objectif final. On a négocié en espérant réformer le système en profondeur. Mais on s’est rendu compte que ça ne se réaliserait pas de cette manière. C’est pourquoi on procède différemment aujourd’hui. Jean-Luc Dehaene négocie dans la plus grande discrétion pour résoudre BHV, qui ne sera qu’une première étape. Mais elle est très importante : elle permettra de rétablir la confiance entre les communautés. D’autre part, il faudra s’engager, pas à pas, dans la réforme de l’Etat, selon une méthode à redéfinir.

Entre Leterme et Peeters, il y a tout de même une différence, ne fût-ce que dans l’impatience manifestée par le second sur le terrain institutionnel…

Il n’y a pas de tensions entre eux mais ils ont une fonction différente. Ils ont chacun leur accord gouvernemental, leurs propres partenaires. Ce n’est pas simple pour le CD&V, associé au SP.A et à la N-VA en Flandre, au VLD au fédéral. Nos alliés en Flandre sont dans l’opposition au fédéral et réciproquement.

Vous attendez des francophones qu’ils se remettent à table ?

Nous vérifierons au sein du comité de concertation si les esprits sont mûrs et sur quels thèmes on peut avancer. Nous devons savoir si la confiance est revenue pour permettre de progresser avec un minimum de sérieux. En attendant, c’est la crise et la priorité est la mise en place d’une politique économique dynamique.

Le communautaire est donc en veilleuse, si l’on excepte BHV ?

Kris Peeters a raison quand il dit que la Flandre combattrait mieux la crise si elle disposait de nouvelles compétences. Voyez les tensions récentes sur le plan d’embauche des jeunes et l’activation des chômeurs. Tant qu’on n’aura pas de paquets de compétences homogènes, on ne pourra pas mener une politique performante adaptée aux besoins de chaque région. En attendant, réalisons le fédéralisme de collaboration ; faisons en sorte que des politiques décidées au fédéral soient différenciées selon les besoins des régions. Ce serait un premier pas.

Une solution sur BHV pour Pâques ?

Posez la question à M. Dehaene à qui on a demandé quelque chose avant Pâques. Moi, je lui ai promis la discrétion. Je peux juste vous dire que l’information publiée la semaine dernière par La Libre était complètement fantaisiste.

La N-VA ne risque-t-elle pas se radicaliser face à ce statu quo institutionnel ?

La N-VA a adopté la stratégie de l’immobilisme en attendant que les francophones soient demandeurs, financièrement. Aujourd’hui, le CD&V est demandeur d’une réforme de l’Etat. Plus la N-VA, qui attend les élections de 2011.

Vous regrettez la fin du cartel ?

Ce n’était pas une mauvaise formule en 2004. Je l’ai soutenue. Mais nos chemins se sont séparés. Et je n’ai pas encore rencontré une seule personne qui nous reproche d’avoir pris nos responsabilités en restant au pouvoir, quand la N-VA a quitté le gouvernement flamand en 2008. Nous avons fait le bon choix.

Vous comprenez la frilosité francophone en matière institutionnelle ?

J’aimerais comprendre, car je pourrais alors au moins tenter d’y faire quelque chose. J’ai perçu une peur de l’abandon. Un petit pourcentage de Flamands veut scinder le pays. Le CD&V n’a jamais dit qu’il voulait cela. Le réformer, oui, pour mieux le faire fonctionner. Pourquoi ne pas permettre à chaque entité de mener sa politique ? Il y a peut-être aussi une peur du changement. Par exemple en ce qui concerne la loi de financement. Avant les francophones étaient demandeurs et il y a eu des transferts d’argent sans transfert de compétences. Il y a donc peut-être la peur de perdre cela.

L’impression, peut-être aussi, que ce n’est jamais assez, que les partis flamands demanderont toujours plus ?

Mais on ne peut jamais dire « ceci sera la dernière réforme de l’Etat ». De la même manière qu’en Europe, on ne dit pas que l’on a signé le dernier traité. Le monde change. Si les structures ne correspondent plus à la réalité, il faut les changer car on ne peut changer la réalité.

La crise économique est-elle un frein à la réforme de l’Etat ou démontre-t-elle au contraire son utilité ?

On n’a pas besoin de crise pour avoir une réforme de l’Etat, mais de confiance. On doit trouver une solution sur BHV, si on veut organiser des élections d’une manière correcte, respecter la Cour constitutionnelle et ne pas être confronté aux procédures pendantes au parlement. Et il n’y aura pas de réforme de l’Etat sans solution pour BHV. On va donc essayer d’en trouver une avant la présidence belge de l’Union européenne.

Vous parlez de confiance. Voyez-vous une différence avec 2008 ?

J’ai impression que la volonté existe. Il y a eu différentes déclarations en ce sens. L’atmosphère est bonne.

Même Eric Van Rompuy parle de la fin du miracle flamand. Certains évoquent aussi la « wallonisation » de la Flandre.

L’emploi dans le secteur public wallon est plus important qu’en Flandre : lors d’une crise économique, la Wallonie est donc moins touchée. En Flandre, c’est l’inverse : le secteur privé est plus important. Avec Opel par exemple, des milliers de gens sont touchés et ce serait la même chose dans une autre région. De là à dire qu’on se « wallonise », je ne le pense pas.

La comparaison concerne plutôt les secteurs fragilisés par la crise : les charbonnages autrefois en Wallonie, le secteur automobile aujourd’hui en Flandre.

Il y a un problème de surcapacité, c’est vrai, mais on produira toujours des voitures. Et quand les syndicats nous demandent de nous battre, il est bon que le gouvernement flamand mette tout en œuvre pour sauver l’emploi de ces gens. Mais les entreprises doivent aussi s’adapter, produire d’autres types de voitures pour construire l’avenir. Ce qui n’est pas la même chose que d’injecter beaucoup d’argent à fonds perdus comme on l’a fait dans des secteurs nationaux dans les années 70.

Que peut le politique face à la mondialisation et à la délocalisation ?

Il faut cesser d’imaginer que la prospérité que l’on a connue jusqu’ici est éternelle. Il faut se centrer sur des secteurs plus concurrentiels où nous restons compétitifs et investir sur l’innovation. L’Europe reste un partenaire de poids avec ses 500 millions de consommateurs et est un formidable amplificateur pour faire entendre notre voix dans le concert de la mondialisation.

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