Huis clos sur le net : le pire et le meilleur de Twitter

n.c.

Vendredi 5 février 2010

L’aventure des cinq journalistes enfermés dans un gîte du Périgord avec pour seules sources d’information les réseaux sociaux s’achève. Durant cinq jours, ils ont été inondés de messages via Twitter et Facebook. Mais comment séparer les infos des intox ?

Une semaine dans un gîte périgourdin sans presse, sans radio et sans télé, ça ressemble presque à des vacances. Pourtant les cinq journalistes du Huis Clos sur le Net ne se sont pas beaucoup reposés. L’actualité sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook ne s’arrête jamais. Mais quelles informations y circulent au juste ? Et comment les utiliser dans une pratique journalistique ? Ce sont les questions de départ de l’expérience originale menée par les radios francophones publiques (RTBF, RSR, France Info, France Inter et Radio Canada).

Pour Nicolas Willems, journaliste de la RTBF et participant à l’aventure, l’idée était intéressante : « c’est une expérience inédite, il faut le rappeler. » Les réactions sur la toile ne se sont pas fait attendre. Dès le premier jour, la twittosphère s’est emballée : quelques encouragements, mais aussi des critiques formulées par des utilisateurs aguerris de ces réseaux sociaux. Ces derniers exprimaient leur doute sur la sincérité du projet.

« Les gens qui sont sur Twitter sont dans une logique de guerre, de concurrence entre les médias traditionnels et les nouveaux médias comme les réseaux sociaux », commente la journaliste suisse Anne-Paule Martin (RSR), autre participante à ce Huis clos sur le net. « Ils ne veulent pas entendre que l’expérience Huis clos n’est pas partisane ».

Le journaliste de la RTBF pondère aussi les critiques des internautes dubitatifs : « C’est vrai qu’on marche sur leurs plate-bandes. Mais c’était le cas chez les journalistes aussi. D’un côté comme de l’autre, je pense qu’il s’agit d’une minorité ».

Le moment décisif pour Nicolas Willems a été la rumeur d’une explosion à Lille. Mardi soir, un premier message a été envoyé sur Twitter : un utilisateur lillois avait entendu un boum. La toile s’est aussitôt emballée. S’agissait-il d’un attentat ? Un crash ? Une explosion de gaz ? Trois heures plus tard, le quotidien La Voix du Nord a mis fin aux plus folles interprétations : des avions militaires avaient tout simplement franchi le mur du son. Les journalistes reclus depuis leur gîte dans le Périgord ont suivi tout l’épisode, sans perdre leur sang-froid : « Après Lille, on nous a vraiment pris au sérieux », souligne Nicolas Willems.

A la fin de cette expérience, il devient clair pour les journalistes de ce Huis clos que Twitter ne relaye pas souvent des informations inédites. Cela ne se produit que lorsque le réseau internet est le seul canal de communication disponible « comme à Haïti ou en Iran, ou même en Russie ».

Les journalistes cobayes ont réussi à faire remonter des intervenants inédits comme le journaliste Carel Pedre qui informait la twittosphère depuis Haïti, ou encore un psychanalyste russe arrêté lors d’une manifestation antigouvernementale à Moscou. « Ce qu’on a découvert grâce à Huis Clos sur le Net », explique Nicolas Willems, « c’est que Twitter est un réseau, un système d’alerte et de recherche de contact. »

Fallait-il annoncer cette expérience, alors qu’elle n’avait pas même commencé ? Cela ne peut que la biaiser. Les réactions sur Twitter le démontrent : le réseau se sait observé et riposte. Si certains internautes ont relayé des infos avec le tag #huiclosnet pour faciliter la recherche des journalistes reclus, d’autres n’ont pas manqué de les polluer avec des affirmations facétieuses : durant ces cinq jours de Huis clos, Sardou serait mort, Carla Bruni-Sarkozy serait enceinte et Michael Jackson aurait assisté aux funérailles de Johnny !

Sur Twittter, on trouve le pire comme le meilleur. Nicolas Willems insiste : « ce qu’il faudra, et c’était prévu depuis le départ, c’est refaire un point dans quelques mois. »

Zoé de York (St)

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