La Grèce n’y est pour rien
THOMAS,PIERRE-HENRI
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Samedi 6 février 2010
D’ailleurs, ce vendredi, le plongeon de 4,3 % de la Bourse de Taiwan ou de 3,3 % de Hong Kong n’avait rien à voir avec la soudaine révélation des implications du traité de Maastricht par les traders chinois.
Non, la cause première, au sens aristotélicien du terme, du grabuge actuel, c’est la crise de 2008. Les Etats ont heureusement déminé le système financier, mais ce sont eux qui se trouvent avec l’explosif dans les mains. On s’inquiète du déficit grec de 12,7 % du PIB ? Ne devrait-on pas s’interroger sur celui de 10,6 % des Etats-Unis ? On estime que l’endettement grec (plus de 110 %) est intenable ? Que dire de celui du Japon qui devrait dépasser les 210 % du PIB, le double de la Grèce.
Le remède à la crise actuelle est donc moins à chercher dans une refonte – nécessaire – des institutions de la zone euro que dans l’aggiornamento du système financier qui nous avait été promis, et que l’on attend toujours.
Que voit-on en effet ? Les mauvaises prises de risques sont toujours autant encouragées par un système de rémunération toujours pervers. Les aberrations sont toujours présentes (est-il normal que le marché considère aujourd’hui qu’il y a plus de risque dans les obligations d’Etat que dans celles des entreprises ?). La spéculation n’est pas jugulée (lorsque UBS dit que la Belgique pourrait être la Grèce de demain, est-ce dénué d’arrière-pensée sonnante et trébuchante ?). Le système bancaire de l’ombre (fonds spéculatifs et autres) que l’on s’était pourtant promis d’éradiquer, s’en donne à cœur joie. Le marché des produits dérivés, et plus spécialement des dérivés de crédit, n’est toujours pas dompté. Et les agences de notation prennent toujours des décisions perturbatrices. Bref, le système reprend ses mauvaises habitudes. Il faudrait bien un jour qu’on se décide à les lui faire perdre.
