L’ONU doit se doter d’une force 100 % humanitaire : les Casques rouges
n.c.
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Jeudi 18 février 2010
Carte blanche
L’explication est simple : Haïti n’était pas prêt à accueillir cette affluence de bonnes volontés !
Américains, Européens, Chinois… ont fait preuve d’une générosité sans précédent. Porte-avions, hôpitaux de campagne, rations alimentaires, tentes, hélicoptères… ont été acheminés des quatre coins de la planète.
Mais par manque d’organisation et de coordination, nous avons perdu du temps et de trop nombreuses vies humaines.
Ce qu’il aurait fallu dans l’urgence, c’est un état-major humanitaire qui aurait identifié les besoins et réalisé un état des lieux des ressources disponibles. Ce qui aurait pu changer la donne, c’est une force de réaction rapide qui aurait préconisé un schéma directeur d’intervention et coordonné les actions des équipes opérationnelles.
Haïti aura été la catastrophe de trop et il n’aura pas fallu beaucoup de temps pour comprendre que nous n’avons pas retenu les leçons du tsunami. La communauté humanitaire n’est plus assez forte pour relever seule les défis imposés par la nature déchaînée.
Nous n’avons pas besoin d’un acteur supplémentaire : les ONG et les agences intergouvernementales accomplissent déjà un travail considérable.
Encore moins d’une nouvelle philosophie. Il n’y en a qu’une qui vaille : sauver des vies. Le monde humanitaire a besoin de préparation, d’encadrement, de coordination, de régulation, de structuration, de veille…
Il lui faut une « intelligence humanitaire » pour anticiper et unifier son action. Nous sommes parfaitement capables d’inventer un humanitaire efficace et durable, un humanitaire qui sache optimiser les fonds alloués et surmonter l’écueil du gaspillage.
De Port-au-Prince, sur le théâtre de la plus grande désorganisation humanitaire de ces dernières années, nous avons proposé une solution. Celle des Casques rouges, les frères humanitaires des Casques bleus, qui, sous l’égide de l’ONU, auraient la légitimité de remplir cette mission. Ban Ki Moon, le Secrétaire général des Nations unies, a ouvert la voie en nommant Bill Clinton coordonnateur de l’aide internationale en Haïti. Hélas, cette décision est intervenue trois semaines après le tremblement de terre. Mais gageons qu’une véritable volonté de coordination présidera au bon ordre des opérations de reconstruction.
L’ONU doit assumer sa « responsabilité de protéger » et garantir le droit au secours à toutes les populations du monde.
Ne nous étonnons pas que les Casques bleus ne parviennent pas à organiser la distribution alimentaire. Ce sont des forces de maintien de la paix et non des secouristes. Des militaires et non des humanitaires !
L’ONU doit se doter d’une force 100 % humanitaire pour organiser et coordonner les secours. Il ne s’agit ni de lever une armée ni de remplacer les ONG. Mais plutôt de réunir un groupe d’experts composé de logisticiens, de médecins, d’ingénieurs, de pompiers… à même de définir une stratégie globale pour gérer une crise dans l’urgence et réguler l’aide proposée par la communauté internationale. Le jour 1 et pas plus tard !
C’est en responsabilité que nous lançons, à l’ensemble des chefs d’État, un appel à consensus. C’est par solidarité qu’ils doivent veiller à ce que l’histoire ne se répète plus. Pas un point de la planète n’est à l’abri d’une prochaine catastrophe. La question de la coordination des secours se reposera indéfiniment tant que nous n’aurons pas pris les décisions qui s’imposent. Mais la prochaine fois, on ne nous le pardonnera pas.
À la veille de la conférence internationale pour la reconstruction d’Haïti, nous formons le vœu que des Casques rouges soient créés à l’ONU.
