Trilogiport : études complémentaires
MOREL,PIERRE
Page 20
Samedi 20 février 2010
Économie La demande de permis retardée
Car, ainsi que le confirme Yvon Loyaerts, directeur général des Voies Hydrauliques à la Région wallonne : « Nous avons demandé de nouveaux compléments au bureau d’études, dans différents domaines de l’étude d’incidences, ce qui va nous reporter de quelques semaines encore. » Or, il faut se souvenir que lors de son lancement en avril 2009, on annonçait que l’EIE serait terminée… trois mois plus tard. Y a-t-il un problème ? « Non, le but est que l’étude tienne parfaitement compte de tous les éléments, et notamment des remarques, suggestions et inquiétudes formulées, reprend le haut fonctionnaire. Ce dossier est important : on ne peut pas se permettre de lacunes. »
L’homme n’en dira pas plus, mais il est difficile de ne pas voir dans ce nouveau délai un effet des questions récentes posées quant à la pollution du site. Soulevé dès 2006 par le Comité de village de Hermalle, le sujet refait surface. Dans une question parlementaire adressée en janvier au ministre Lutgen, la députée wallonne Ecolo Veronica Cremasco rappelait qu’une étude d’orientation effectuée sur le site avait révélé des taux de pollutions « dépassant les valeurs seuils maximales pour certains composants ». Et la députée de rappeler que le Pr Corinne Charlier, toxicologue à l’Université de Liège, estime qu’« il existe un risque (…) d’effets cancérigènes (…), dans le scénario habitat, mais aussi dans le scénario industrie ». Le ministre lui répondit alors que ces risques sont « limités aux zones relevées dans l’étude et concernent environ 18 % du site ». « Limités aux endroits où… on a effectué des relevés, en fait », constate la députée.
Sur cette base, le cabinet d’avocats Misson, qui défend les intérêts de l’ASBL « Les Bassis-Mosans » de Devant-le-Pont (Visé), a interpellé tant la Région que la Communauté européenne : « Nous leur demandons pourquoi cette étude d’orientation, inquiétante, n’a pas donné lieu à une étude de caractérisation, plus approfondie, comme le prévoir le décret sols, y explique Aurélie Kettels. On nous répond que le décret est inapplicable faute de bureau d’études agréé ! »
Les mêmes Bassis-Mosans ont également déposé plainte quant au dépôt de boues de dragage sur le site, dans le cadre des travaux de remblai. Dans la même interpellation, le ministre Lutgen a dû benoîtement répondre à Veronica Cremasco que « les produits mis illicitement en dépôt au Trilogiport » seraient « évacués ».
Ajoutez à tout cela que les habitants de Hermalle, un temps apaisés, montrent à nouveau les dents : une lettre d’information distribuée cette semaine par le comité de village, baptisée « Notre santé d’abord » rappelle avec vigueur que le comité sera attentif au respect de la qualité de vie.
Bref, la Région se sait épiée dans ce dossier et entend ne rien laisser au hasard. Il est utile de se rappeler qu’en voulant aller le plus vite possible et estimant pouvoir se passer d’une étude d’incidences pour la première demande de permis, le ministre Michel Daerden, alors en charge du dossier, s’est pris les pieds dans le tapis et a fait perdre un temps précieux au projet !
