Séisme social chez Carrefour Belgique
MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
Mardi 23 février 2010
Au cours du conseil d’entreprise extraordinaire convoqué ce mardi, Carrefour a annoncé la fermeture de 21 magasins et la suppression de 1672 emplois d’ici le 30 juin.
Au cours du conseil d’entreprise qui a eu lieu ce matin, Carrefour a annoncé aux syndicats la fermeture de 21 magasins et la suppression de 1672 emplois.
Les 21 magasins Carrefour qui doivent disparaître fermeront leurs portes le 30 juin prochain, a annoncé la chaîne lors d’une conférence de presse. Début mars, Carrefour convoquera les trois conseils d’entreprise dans le cadre de la loi Renault. Par ailleurs, la direction veut investir 300 millions d’euros sur trois ans dans les autres magasins afin de leur donner une nouvelle impulsion.
La société va ainsi fermer 14 hypermarchés et 7 supermarchés, tous situés en Flandre, tandis que 7 autres supermarchés seront franchisés. Par ailleurs, 3 hypers et 17 supermarchés seront cédés au groupe Mestdagh. Toutefois, Eric Mestdagh, l’administrateur-délégué de la chaîne, dément avoir signé quoi que ce soit avec Carrefour : « nous avons témoigné notre intérêt pour une série de magasins, mais cela n’a pas été plus loin. À l’heure qu’il est, on est nulle part ». Myriam Delmée, vice-présidente du Setca, craint que l’impact social soit beaucoup plus élevé que les 1.672 pertes d’emplois annoncées : « Mestdagh a besoin de beaucoup moins de personnel que Carrefour pour ses magasins. On peut donc s’attendre à des nouvelles pertes d’emplois lorsque les magasins seront repris par ce distributeur. »
Carrefour aurait encore annoncé que le siège central du groupe allait être filialisé. Concrètement, tout le personnel passera dans la commission paritaire 218 avec blocage salarial à la clé. Un blocage salarial a été communiqué aux syndicats pour le personnel des magasins jusqu’à ce que les salaires correspondent à ceux de la commission paritaire 202, celle en œuvre dans les supermarchés. Des actions de protestation ont déjà été annoncées dans plusieurs magasins, notamment à Haine-Saint-Pierre.
« Ce plan est beaucoup plus grave que prévu. Il s’agit ici du pire scénario possible, puissance deux », a-t-on appris du front syndical. Le « drame d’aujourd’hui » constitue à terme « un risque pour l’ensemble du secteur », selon les syndicats. « On n’entend nulle part dire que les travailleurs des 21 magasins qui seront fermés seront embauchés ailleurs. Ils seront jetés comme des Kleenex », a indiqué Jan De Weghe du syndicat socialiste. « Carrefour a réduit de moitié son parc de magasins en gestion propre. Seuls une trentaine d’hypermarchés existent encore. C’est un magasin Carrefour pour 1.000 km carré en Belgique : beaucoup trop peu pour conquérir une position commerciale en Belgique », explique Chris Van Droogenbroeck du syndicat LBC-NVK.
C’est justement un plan commercial qui fait défaut à Carrefour, selon Jan De Weghe. « Les gens savent pourquoi ils vont faire leurs courses chez Colruyt et pourquoi ils vont chez Delhaize, mais personne ne sait pourquoi il va chez Carrefour. C’est une preuve d’incompétence commerciale. » « Le temps des actionnaires est révolu. Ce qui s’est passé aujourd’hui a pour but de faire travailler le personnel à un tarif plus bas que la concurrence. Se joindre à ce plan revient à participer au dumping social », conclut M. Van Droogenbroeck. « Nous sommes pleinement conscients de l’émotion que ces annonces impliquent et nous ferons tout ce qui est possible pour en adoucir les effets », a indiqué Gérard Lavinay, patron de Carrefour Belgique.
Le ministre wallon de l’Emploi, André Antoine, rencontrera mercredi la direction du groupe de distribution Carrefour afin d’éclaircir la situation des travailleurs wallons concernés par l’annonce des fermetures de magasins et celle de l’ensemble du personnel du groupe. Il entend obtenir de la direction une garantie ferme d’accompagnement des travailleurs licenciés, a-t-il indiqué dans un communiqué. Le ministre rencontrera également les syndicats rapidement.
M. Antoine veillera par ailleurs à ce que des cellules de reconversions soient activées dans un bref délai. Elles seront mises en place en étroite collaboration avec le monde syndical. Il se tient, par ailleurs, à la disposition de la direction de Carrefour pour apporter toute l’aide nécessaire au transfert des magasins concernés vers d’autres enseignes ou franchisés. Le ministre organisera en outre rapidement une réunion avec le secteur de la distribution afin de déterminer si des offres d’emploi dans d’autres enseignes pourraient compenser les pertes d’emplois subies par les salariés de Carrefour.
Carrefour Belgique avait déjà procédé à une restructuration en 2007, en supprimant 900 emplois et en fermant 16 magasins GB. Il continuait toutefois de perdre des parts de marché face à la concurrence des groupes Colruyt, qui se positionne sur des prix bas, et Delhaize.
Avec Belga
