Dinant : le cheminot amputé risque la prison

METDEPENNINGEN,MARC

Mercredi 3 mars 2010

Le 23 mai dernier à Dinant, un cheminot avait voulu empêcher un septuagénaire de monter dans le train. Le cheminot a été inculpé de coups et blessures volontaires sur le voyageur fautif. La chambre du Conseil statuera en mai. Par Marc Metdepenningen

Le parquet de Dinant demandera en mai prochain à la chambre du conseil le renvoi en correctionnelle pour « coups et blessures volontaires » de l’accompagnateur de trains qui avait tenté, le 23 mai 2009, d’empêcher un voyageur de monter dans le convoi Dinant-Houyet, alors que le signal de départ avait été donné. Le cheminot avait glissé entre le quai et le train. Il avait dû être amputé des deux jambes. Le réquisitoire du parquet prend en compte les résultats de l’enquête du juge d’instruction Olivier Bontyens qui estime, comme le parquet, que le voyageur imprudent ne devrait répondre devant les juridictions que d’une simple incrimination de ne point avoir « obtempéré aux injonctions d’un agent » et d’avoir tenté « de monter dans un train en marche », deux infractions dont la répression est prévue par les articles 6 et 8 d’un arrêté royal de 1895 relatif à la circulation ferroviaire.

L’interprétation judiciaire de ce drame est donc dans le chef du juge d’instruction et dorénavant dans celui du parquet que l’accompagnateur André Cornette, 51 ans, de Cobreville, a fait usage d’un recours illégitime à la force pour empêcher le septuagénaire bruxellois Jean-Marc Hainaut de monter dans le convoi en marche alors que ce dernier se rendait lui-même coupable d’une infraction. Si la chambre du conseil suit le réquisitoire du parquet, ils se retrouveront tous deux sur le même banc d’infamie.

Le drame était survenu sur le quai nº3 de la gare de Dinant. M. Hainaut, accompagné d’une dame et de deux adolescents, avait voulu à tout prix embarquer dans le train pour Houyet par l’unique porte encore ouverte et en principe seulement accessible à l’accompagnateur qui a dix secondes pour monter dans le train après avoir donné le signal du départ au machiniste. M. Cornette avait empoigné M. Hainaut. L’accompagnateur avait glissé sous le train, perdant ses deux jambes. Le septuagénaire perdit l’extrémité d’un de ses pieds.

Hier soir, nous avons joint M. Cornette à la maison de revalidation de Ste-Ode où il vient d’être admis après une longue hospitalisation. « Je ne suis au courant de rien », nous a-t-il déclaré laconiquement.

Au lendemain du drame, des grèves de solidarité avec le cheminot amputé avaient eu lieu. D’autres risquent de sanctionner cette issue judiciaire inattendue.

Pas de résultats.