« L’Etat n’a pas à payer pour Carrefour »

DUBUISSON,MARTINE; LAMQUIN,VERONIQUE

Vendredi 5 mars 2010

Dans une interview exclusive au « Soir », le vice-Premier ministre et ministre des Finances Didier Reynders exprime clairement sa colère face au plan de restructuration décidé par la direction de Carrefour en Belgique. Le SETCA a dénoncé le discours du ministre des Finances. « C’est cynique et indécent », regrette le syndicat socialiste. La CGSLB ne comprend pas non plus la logique du vice-premier ministre. À lire dans Le Soir de vendredi

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances Didier Reynders (MR) exprime clairement sa colère face au plan de restructuration décidé par la direction de Carrefour en Belgique (1672 emplois perdus, soit 11 % des effectifs, et 21 hypermarchés et supermarchés fermés) : « Est-ce qu’une entreprise qui est bénéficiaire peut se restructurer ? Oui ! Mais elle en supporte les conséquences ! Il faut dire : vous allez payer votre passif social. Envisage-t-on vraiment de payer les prépensions de Carrefour ? Ou va-t-on oser dire à Carrefour : c’est vous qui allez payer ça, puisque vous êtes bénéficiaire ? Si le groupe se comporte mal, arrêtons de lui donner des aides ! Gardons les deniers publics pour les entreprises qui sont vraiment en difficulté. »

Didier Reynders révèle aussi que le gouvernement a conservé 100 millions pour le contrôle budgétaire de ce mois de mars. Des moyens qui doivent être concentrés sur la police et les pompiers. Enfin, le président du MR plaide pour que la Belgique fasse payer ses services et impose une fiscalité verte : « Quand on prend le train ou le bus, on paie… Pourquoi pas la route ? En France, il y a des péages, chez nous non. »

La SETCA : discours « cynique et indécent »

Cité par Belga, le SETCa a dénoncé les déclarations de Didier Reynders : « Une fois de plus, Monsieur Reynders se trompe de cible : en portant ce genre de discours, il met la pression sur les travailleurs », explique le SETCa, pour qui le système de prépension reste « l’ultime solution pour permettre aux travailleurs plus âgés de quitter l’entreprise dignement et de continuer à vivre décemment ».

Le syndicat invite le ministre à s’attaquer plutôt aux intérêts notionnels. « Rien que pour l’année 2008, ce système a déjà coûté plus de 4 milliards d’euros à l’État belge. Nous proposons à Monsieur Reynders d’aller rechercher des économies là-bas plutôt que dans les poches des caissières de Carrefour », insiste-t-il. Pour le SETCa, l’existence d’un plan social serait plus difficile en l’absence d’un système de prépensions car « l’entreprise persisterait dans ses projets de dégagement de personnel et serait alors amenée à licencier purement et simplement les travailleurs, sans aucun encadrement social ». « Ce que nous voulons, c’est que les entreprises bénéficiaires maintiennent et développent l’emploi et non qu’elles en suppriment ! S’il y a suppression d’emplois, alors que ces entreprises soient sanctionnées et remboursent les aides publiques », conclut le syndicat.

De son côté, la CGSLB a expliqué ne pas comprendre la logique de Didier Reynders. Selon le syndicat libéral, la seule personne flouée par ce raisonnement sera le travailleur licencié et sa famille. « C’est inacceptable », dit-il dans un communiqué.« Nous ne comprenons pas la logique de la réaction de Didier Reynders », réagit la CGSLB. « D’un côté, il reconnaît à l’entreprise le droit de restructurer (et donc de licencier), de l’autre côté il dit qu’elle ne peut pas recourir aux prépensions. Que va-t-elle faire ? Elle va quand même mettre les travailleurs au chômage ». « Le pouvoir politique doit mettre en pratique des mesures pour inciter les employeurs à assumer leur responsabilité sociétale. La décision de Carrefour va à l’encontre de la politique générale d’emploi du gouvernement et des intérêts de la société belge en général », ajoute encore le syndicat libéral.

Propos recueillis par Martine Dubuisson et Véronique Lamquin

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