La genèse controversée de Facebook

n.c.

Mardi 9 mars 2010

Les origines de Facebook font l’objet de discussion depuis sa naissance. Une semaine après son lancement, son créateur, Mark Zuckerberg, était déjà accusé par trois étudiants de Harvard d’avoir volé leur idée. Une enquête récemment publiée sur businessinsider.com tente de faire la lumière sur cette genèse.

Lancé le 4 février 2004 par Mark Zuckerberg, Facebook connaît un succès immédiat. A la base destiné aux étudiants de Harvard, ce réseau social est devenu en six ans l’un des plus grands sites internet au monde, avec 400 millions de visiteurs mensuels.

Une grande controverse entoure pourtant la création de ce réseau social. Une semaine après son lancement, Mark Zuckerberg fait déjà l’objet d’une accusation de fraude de la part de trois étudiants de Harvard. Ceux-ci l’accusent d’avoir volé leur idée.

Les trois students auraient contacté Zuckerberg fin 2003 pour qu’il développe leur projet : un site internet nommé HarvardConnection.com. Son objectif : réunir les étudiants et diplômés de Harvard. Zuckerberg les aurait menés en bateau et laissé leur projet de côté. Il aurait ensuite repris leur idée pour lancer son propre projet.

Une enquête publiée sur businessinsider.com tente de faire le point sur les origines nébuleuses de cette histoire. Pour la réaliser, plus d’une douzaine de sources ont été interrogées durant ces deux dernières années. Des e-mails et des messages instantanés datant de cette période ont été consultés par businesseinsider. Aucun n’a été confirmé ni authentifié par Mark Zuckerberg ou par Facebook.

Thefacebook.com lancé le 4 février 2004

En parcourant cette enquête, on découvre qu’en novembre 2003, Mark Zuckerberg est bien contacté par les trois étudiants, Cameron et Tyler Winklevoss et Divya Narendra, dans le but de réaliser un site similaire à Facebook nommé « Harvard Connection ». La rencontre se fait dans un hall. Les trois comparses lui expliquent leur projet et conviennent d’un accord.

Les tchats que Mark Zuckerberg entretient avec des amis proches montrent immédiatement sa volonté de mener en bateau les trois seniors. Parallèlement au projet « HarvardConnection », il poursuit en priorité son projet « Facebook ». Il se met directement au travail mais leur aurait menti quant à l’avancement de ses propres plans.

Pour ne pas éveiller les soupçons, Mark Zuckerberg se serait caché derrière des excuses. Il leur dit qu’il est trop occupé par des projets personnels et des travaux scolaires. En réalité, il aurait essayé de gagner du temps pour lancer son propre site avant le leur. La seule question que se pose Zuckerberg à ce moment-là aurait été de savoir s’il devait leur avouer ou non qu’il quittait le projet « HarvardConnection » avant de lancer « Facebook ». Il n’en a rien fait.

Tout va ensuite très vite. Le 4 février 2004, « thefacebook.com » est ouvert aux étudiants de Harvard. Le 10 février, Cameron Winklevoss envoie une lettre à Mark Zuckerberg en l’accusant d’avoir violé leur accord et volé leur idée. En mai 2004, après avoir fait appel à d’autres développeurs, les trois étudiants mettent en ligne leur site HarvardConnection sous le nom ConnectU, un réseau social regroupant quinze écoles. Et enfin, en septembre 2004, Harvard Connection intente un procès à Mark Zuckerberg et à Facebook pour avoir volé leur idée et violé leur accord.

Le différend se règle au tribunal. Facebook est poursuivi pour vol et fraude. Après une bataille juridique longue de plusieurs années, les deux parties arrivent à un accord à l’amiable en 2009, exigeant toutefois que ces chiffres restent confidentiels. Le public doit alors se contenter du compte rendu du tribunal, disponible en ligne sous format pdf. Mais une bourde d’un greffier a dévoilé les chiffres, comme le rapporte le Figaro en février 2009. Selon ce document rendu public, Facebook s’est engagé à verser à 20 millions de dollars en cash et 1,25 million de titres pour un montant de 11 millions à ConnectU.

Ce que conclut cette enquête

Après avoir expliqué et détaillé cette saga en long et en large, l’enquête publiée par businessinsider en arrive aux conclusions suivantes :

Premièrement, il n’y a pas de trace évidente d’un contrat formel entre Mark Zuckerberg et les trois penseurs du projet HarvardConnection.

Deuxièmement, les e-mails et messages instantanés que Zuckerberg échangeaient avec ses amis proches à ce sujet s’apparentent à des « dorm-room-chit-chat » (des discussions de dortoir), comme précédemment établi par un juge du Massachusetts et ne constituent pas non plus une forme de contrat.

Troisièmement, Mark Zuckerberg aurait dès le début fait la part des choses entre les deux projets, qu’il considérait comme concurrents. Si Zuckerberg apparaît avoir volontairement ralenti ensuite le projet des trois étudiants de Harvard au détriment du sien, cela aurait été dans le but de lui garantir un meilleur lancement.

Enfin, toujours selon les conclusions de cette enquête de businessinsider.com, le différend entre le concepteur de Facebook et les créateurs de HarvardConnection ne porterait que sur deux mois et ne justifierait pas la somme versée par Zuckerberg lors de leur arrangement à l’ambiable. Selon businessinsider, il s’agit d’une énorme somme d’argent pour deux mois de dispute si l’on considère les six ans qui ont suivi et qui ont permis à Zuckerberg de faire de Facebook l’entreprise massive et globale telle que nous la connaissons aujourd’hui.

A noter que l’enquête de businessinsider n’est pas la première enquête du genre. « La revanche d’un solitaire – La véritable histoire du fondateur de FACEBOOK » de Ben Mezrich a déjà contribué à égratigner la réputation du jeune prodige de Harvard et plus jeune milliardaire de tous les temps.

Bastien Pellegrin (St.)

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