Carla Bruni couche et Twitter s’échauffe

DURAND,GIL

Mercredi 10 mars 2010

Une blague de potache lancée sur le site Twitter devient une « information » très contagieuse sur le web. Le relais fait à demi-mots par quelques journalistes a apporté une certaine crédibilité à la rumeur. 3 questions à Alain Berenboom

Quand le journaliste s’arrête-t-il d’être journaliste ? À l’origine de cette question, une anecdote. En fait, une rumeur : l’épouse du président français, Carla Bruni « couche » (sic) avec Benjamin Biolay, chanteur récemment sacré aux Victoires de la Musique.

Une blague de potache sous des airs de scoop, balancée en 50 signes sur le réseau social Twitter par @emanu124, un internaute (presque) lambda, 325 followers (abonnés), autant dire pas grand-chose. Le jeu de mot « #Sarkocu » (re-sic), recueille un certain succès mais la boutade ne dépasse pas le cercle restreint des initiés à Twitter.

Bref, une galéjade qu’on aurait pu narrer à son voisin, accoudé à un bar ou affalé dans son divan. A un détail près : Twitter est un réseau public. « On peut considérer que la volonté de la personne qui s’exprime est de communiquer à un public indéterminé, confirme Quentin Van Enis, chercheur au Centre de Recherches Informatiques et Droit à Namur. On n’est plus dans le cadre d’une conversation privée. » Et l’affaire prend une toute autre ampleur lorsque des journalistes commentent à leur tour la rumeur. Malgré un ton ironique, avec plusieurs milliers de followers, l’influence de ces journalistes tweetophiles est bien plus percutante. A tel point que plusieurs blogs reprennent ce qui est devenu « l’information » – avant de l’effacer dans certains cas. Une rumeur, on vous disait.

Résumons : en l’espace de quelques heures, une balourdise, relayée à demi-mots par des journalistes sur un site de microblogging, nourrit les imaginations les plus débridées. « Alors, Bruni et Biolay, ensemble finalement ? » peut-on lire sur Twitter. À qui la faute ? « Une information est plus crédible lorsque c’est un journaliste qui l’écrit, même un tweet », explique Alain Berenboom, avocat spécialiste des médias. « A priori et sauf cas exceptionnels, les journalistes peuvent être poursuivis en responsabilité civile alors qu’un internaute lambda qui tiendrait le même discours ne le serait pas », précise-t-il. Difficile pour un journaliste de s’exprimer à titre personnel. « La publication, par un journaliste – même à titre privé – d’un tweet ou d’un message sur un espace numérique public est donc assimilable à un papier publié dans son média, tranche l’avocat. Dès que ses messages sont considérés comme informatifs, publiquement, le journaliste doit prendre davantage de précautions car la confusion est toujours présente. »

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