Rossel se chauffe au chicon
CHALKLIN,MICHAEL
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Mercredi 10 mars 2010
Nivelles Forcerie et imprimerie font bon ménage via GreenWatt
Le chicon, une spécialité belge. Joost De Paepe cultive des chicons à Nivelles depuis 26 ans. À l’instar de Rossel, l’homme a la fibre verte. En 2006, il reçut ainsi un prix pour une agriculture raisonnée, la culture de chicons hors sol. « Mais c’était pour moi un gouffre financier. » Ce type de culture telle que développée à Nivelles consomme 9.000 m3 par an dont un tiers est recyclé. « Avec GreenWatt, on allie économie et écologie. »
Cette société de Tourinnes-Saint-Lambert (Walhain) est issue d’une spin-off de l’unité de génie biologique du professeur Patrick Gerin (UCL), à la recherche d’une solution rentable, durable et sans nuisance au traitement des déchets organiques ainsi qu’au besoin croissant en énergie renouvelable. On était alors en 2004. De 2005 à 2008, la Ferme de l’Hosté à Wavre accueillit une installation pilote de la technologie à deux étapes développée par GreenWatt, soit la liquéfaction des déchets solides et la biométhanisation.
Celle-ci est un phénomène naturel, la dégradation de végétaux, d’abord en liqueur acide comme ce que devient une salade oubliée au fond du frigo. Cette liqueur est ensuite transformée par d’autres bactéries en biogaz, lequel peut contenir entre 50 et 60 % de méthane.
La technologie de GreenWatt domestique ce processus. Les résidus sont transformés en biogaz, brûlé dans une installation de cogénération qui produit électricité et eau chaude. L’exploitant qu’est Joost De Paepe en tire un triple bénéfice : une image verte (renforcée), une solution durable pour ses déchets et un bénéfice économique. La forcerie Joluwa produit cinq jours par semaine et cinquante semaines par an de 14 à 17 tonnes d’endives et donc de 14 à 17 tonnes de racines. Une tonne de racines génère 60 m3 de biogaz. On économise ainsi 35 litres de mazout. Et sur une année, on évite le dégagement de 440 tonnes de CO2.
L’énergie revendue à Rossel et qui lui parvient par un double circuit d’eau chaude représente de 5 à 10 % du chiffre d’affaires du producteur.
GreenWatt est en plein développement. La société travaille ainsi pour 2010 sur quatre projets en Belgique et en France. Il est question de chicons, de carottes, de pommes de terre et de melons.
« Rendre nos journaux les plus verts possible »
Le groupe Rossel, qui édite notamment Le Soir, les quotidiens de Sud Presse et l’hebdomadaire gratuit Le Vlan, a la fibre verte et cela ne date pas d’hier. Comme l’a précisé son administrateur délégué, Bernard Marchant, le groupe réfléchit depuis 2005, année de la mise en service de l’imprimerie aux Portes de l’Europe à Nivelles, à la manière de « rendre nos journaux les plus verts possible ». L’enjeu se mesure à l’aune des cinq millions de journaux imprimés chaque jour sur le site.
L’installation de biométhanisation et de cogénération n’est pas la première solution appliquée à Rossel Printing. L’imprimerie consomme quelque 30.000 tonnes de papier par an. Son directeur général, Jean-Pierre Miranda, parle de 50 % de papier recyclé. À cela s’ajoutent l’imprimerie à froid – à l’inverse des magazines dont la matière première est chauffée –, une encre biologique et la récupération de l’eau qui ne va donc pas à l’égout. « Les éoliennes sont revenues plusieurs fois sur la table », a dit Bernard Marchant. Rossel n’a pas abandonné l’idée, d’autant plus que le site, situé sur un territoire venteux, est « très propice. » L’énergie photovoltaïque, elle, n’apporte pas de solution industrielle.
Par la biomasse, l’apport énergétique est de 300 mégawatts thermiques. L’investissement de Rossel est de 35.000 euros et le groupe devrait récupérer sa mise d’ici quatre ans. « Avec une saison normale, conclut Pascal Birecki, on devrait pouvoir se passer de nos deux chaudières à partir du mois de mai. »
