Une enseignante obtient le droit de donner cours voilée
n.c.
Vendredi 12 mars 2010
Une enseignante musulmane qui donne cours dans une école communale de Charleroi, a obtenu de la Cour d’appel de Mons de pouvoir porter le voile pendant la classe. Cet arrêt n’est facile ni pour l’école, ni pour l’enseignante, ni pour les élèves, a commenté la co-présidente d’Ecolo Sarah Turine.
Une enseignante musulmane, professeur de mathématiques et de physique dans une école communale de Charleroi, a obtenu devant la justice le droit de faire cours en portant le voile, a rapporté jeudi la radio RTBF.
En début d’année scolaire, la direction de l’école, qui dépend de la ville de Charleroi, a demandé à la jeune femme de retirer le voile qu’elle portait en classe depuis deux ans et demi, selon la chaîne publique belge. L’enseignante a refusé et porté l’affaire en justice. En première instance, le tribunal de Charleroi a donné raison à la direction, au nom d’un décret sur la « neutralité » de la Communauté française de Belgique (l’institution compétente pour l’enseignement francophone en Wallonie et à Bruxelles).
Cette décision a été cassée par la Cour d’appel de Mons (ouest), qui a estimé que le décret en question n’était valable que pour les écoles faisant partie du réseau directement géré par la Communauté française. Or, l’école où exerce l’enseignante musulmane ne fait pas partie du réseau de la Communauté française mais est une émanation de la ville de Charleroi, qui n’a pas précisé dans ses règlements qu’elle interdisait à ses enseignants le port de signes religieux, a relevé dans son jugement la Cour d’appel, citée par la RTBF. « La cour rappelle qu’il faut un texte précis pour déroger au principe de la liberté d’expression, ce que la ville de Charleroi n’a pas fait. Elle est donc condamnée à réintégrer son enseignante dans les 10 jours en l’autorisant à porter le foulard islamique », a déclaré à la radio l’avocat du professeur, Jean-Claude Derzelle.
« Dans ses attendus, la cour autorise le port de signes religieux par les enseignants, qu’il s’agisse du foulard, de la kippa ou d’une croix, du moment que l’on ne cherche pas à imposer ses opinions », a-t-il ajouté.
L’arrêt de la cour d’appel de Mons n’est facile ni pour l’école, ni pour l’enseignante, ni pour les élèves, a observé vendredi la co-présidente d’Ecolo Sarah Turine, sur les ondes de la Première (RTBF).
La décision n’est pas facile pour l’école, qui doit revenir en arrière par rapport à la logique qu’elle avait mise en place, ni pour l’enseignante qui va devoir réintégrer un contexte qui lui était hostile avec son voile, ni pour les élèves qui se demandent dans quel jeu on joue, a estimé Sarah Turine.
Elle en appelle à légiférer - notamment revoir le décret “neutralité” de la Communauté française - et se range dans le camp des partisans d’une interdiction pour les enseignants des signes traduisant une appartenance religieuse.
Les enseignants ont en effet un rôle d’autorité pour lequel l’exigence de neutralité est très importante, relève-t-elle.
(Belga)
