La phase II du quinquennat a débuté

n.c.

Lundi 15 mars 2010

S’il ne faut pas s’attendre à de grands bouleversements dans la politique de l’UMP, les résultats du premier tour montrent les limites de la stratégie de Nicolas Sarkozy. Le chat avec Joëlle Meskens

Remy : Pensez vous que la publication d’estimations sur le site de micro-blogging Twitter a changé la donne, hier?

Oui, incontestablement, Twitter a changé la donne. Les nouvelles technologies, d’une façon générale, rendent caduque la législation française actuelle sur l’information les soirs d’élection.

Remy: Et à quoi s’attendre pour dimanche prochain alors? Un verrouillage de Twitter?

Légiférer d’ici dimanche? Il n’en est bien sûr pas question. Mais le débat se reposera à terme. Peut-être conviendra-t-il de clarifier les choses d’ici la prochaine présidentielle, en 2012... Quant aux sanctions, elles sont prévues. Mais restent à ce stade assez théoriques...

Fabrice: L’abstentionnisme a-t-il profité au FN? Ou profite-t-il au PS?

L’abstention défavorise en tout cas clairement l’UMP. Il apparaît que c’est surtout à droite que les électeurs ne sont pas allés voter. Le PS lui, a sans doute eu une meilleure mobilisation du fait du désir d’un “vote sanction” dans son électorat. Quant au FN, ce n’est sans doute pas dans ses rangs que l’on trouve les plus gros bataillons d’abstentionnisme. Le vote FN étant déjà en soi un vote de protestation.

Patrick: Si la victoire de la gauche se confirme dimanche prochain, quels changements présentez vous dans la politique de Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy a déjà lui-même en partie répondu. « Elections régionales, leçons régionales », a-t-il dit la semaine dernière dans une interview au Figaro. Et l’ UMP a relayé le message dès dimanche soir en estimant que vu le très fort taux d’abstention, on ne pouvait pas tirer de leçon nationale du scrutin. Il n’y aura donc pas de changement majeur (peut-être simplement des ajustements ministériels). En revanche, Nicolas Sarkozy devra tenir compte des résultats de l’élection dans sa façon de travailler avec sa propre majorité. Il y a des grincements de dents parmi les élus de droite...

jean claude: Plébisciter l’UMP aux Européennes et la gauche aux Régionales, peut-il être considéré comme une reconnaissance positive de la politique étrangère de l’équipe présidentielle et un rejet de sa politique intérieure?

Non je ne crois pas que l’on puisse tirer cette conclusion. L’aspect “politique étrangère” n’entre que rarement en ligne de compte dans les motivations de vote des Français, même aux présidentielles.

Gasp : Le principal vainqueur de ce scrutin, c’est l’abstentionnisme. Comment expliquez-vous que ce fait ne ravive pas le débat sur le vote obligatoire en France?

A propos du vote obligatoire, il est en effet intéressant de constater que tous les partis français se désolent de l’abstention, mais qu’aucun d’entre eux ne propose une solution “à la belge”. Voter est un droit, certes, et pas un devoir. Mais aussi, comme le dit d’ailleurs Nicolas Sarkozy, une responsabilité. Cela dit, l’abstention, lors d’une élection, est en soi un message fort et le vote obligatoire le ferait disparaître...

pensez vous: Pensez vous qu’on peut s’attendre au 2nd tour à un tournant politique majeur du quinquennat?

C’est une autre phase du quinquennat qui commence, assurément. De là à penser qu’elle donnera lieu à un “tournant majeur”, c’est une autre histoire. Nicolas Sarkozy a déjà indiqué qu’il poursuivrait ses réformes (il ménagera seulement une “pause”, durant le second semestre de 2011). Cela dit, arrêter les réformes maintenant aurait été pour lui une manière de décevoir encore plus son électorat. Beaucoup à droite auraient souhaité que le président aille plus loin encore et c’est pour cela qu’ils lui ont adressé un avertissement dimanche.

jean-claude : Pensez-vous que, pour ‘gagner’ une région, certains membres de l’UMP ne refuseraient pas de s’allier au FN? Très bonne question! Officiellement, à Paris, il n’en est absolument pas question. La droite a gardé en mémoire ce qui s’était passé aux régionales de 1998, quand elle avait été tentée de saisir la main tendue de l’extrême droite. Cela avait suscité un tollé. Au nom des valeurs, il n’en est donc absolument pas question pour l’UMP. Mais il est intéressant de noter qu’en province, et j’ai pu m’en apercevoir en Alsace, ce refus de la main tendue du FN était beaucoup moins net de la part de certains candidats de la droite.

Jean : le bon score du FN vous étonne-t-il ? l’UMP a-t-il été pris à son propre jeu en mettant sans cesse à l’agenda médiatique des thématiques chères à l’extrême droite ?

Ce sont en effet des questions très pertinentes. Dès l’élection présidentielle de 2007, nous avions mis l’accent sur le danger qu’il y avait de la part de Nicolas Sarkozy à investir le terrain de l’extrême droite. Cela nous avait d’ailleurs valu à l’époque beaucoup de réactions! Aujourd’hui, ces questions se reposent avec la même acuité. La droite a-t-elle fait remonter le FN avec son débat sur l’identité nationale? Cela a pu jouer, certains préférant toujours sur ces thématiques “l’original à la copie”. Et je partage votre avis ou vos doutes sur le fait qu’un Le Pen qui restera toujours dans l’opposition et dont les outrances le maintiendront toujours à distance, est peut-être en fin de compte moins dangereux

Fahmi : qui des deux dames du PS a savoir Aubry et Royal sort renforce du scrutin pour ce positionne en 2012 ?

Martine Aubry sort la plus renforcée. Car le PS dans son ensemble atteint des scores historiquement hauts. Ségolène Royal a fait un très bon score en Poitou Charentes (39% dès le premier tour), mais sa performance est en quelque sorte “diluée” dans le score national du PS. Or, elle avait besoin de se démarquer pour revenir dans le jeu des “présidentiables” dans la perspective de 2012.

Croco. l’abstention record, c’est quand même le fait majeur de ce 1er tour. La France a-t-elle perdu la foi en la démocratie ?

A propos de l’abstention: je partage votre avis. C’est pour moi le fait majeur de cette élection. Il traduit un désarroi profond des Français vis-à-vis de la politique. Dans un sondage très intéressant publié ce matin par le journal “Le Parisien”, 30% des Français indiquent qu’ils ne croient pas que la politique peut changer leur quotidien. La crise est passée par là. Et ce n’est pas seulement une crise économique mais aussi politique.

fahmi: Ce résultat sonne t-il la fin de la politique d’ouverture voulu par le président ? car électoralement il n’a rien apportévoir démobilisé l’électorat de droite.

Oui, en effet. La stratégie de Nicolas Sarkozy (l’union de toutes les droites dès le premier tour) montre ses limites. Cela lui avait permis de gagner à la présidentielle de 2007 en créant une dynamique dès le premier tour (Sarkozy était arrivé en tête avec 31%). Mais cette fois la donne a changé: l’UMP n’arrivant plus en tête, elle se prive totalement de réserves de voix au second tour.

croco : la stratégie de l’hyperprésident a-t-elle fini pas lasser, achever les espoirs de Français déjà “fatigués psychiquement” ?

La stratégie de l’hyperprésident a-t-elle fini par lasser les Français, les achever alors qu’ils sont déjà “psychiquement fatigués”, comme disait le médiateur de la république? En tout cas, ce qui est sûr, c’est que Nicolas Sarkozy avait incarné pour la droite un très gros symbole de changement. Son slogan était d’ailleurs la “rupture”. Il s’était aussi posé en “président du pouvoir d’achat”. Les déceptions dans son propre camp sont à la hauteur des attentes qu’il avait incarnées. Au-delà de la droite, on peut dire aussi que la société française est traversée par un grand désarroi, même si l’Hexagone résiste moins mal que d’autres pays à la crise.

jano16 : un autre résultat marquant de la soirée d’hier, c’est la bonne tenue des écologistes. comment l’expliquez-vous ?

A propos des écologistes, en effet. Le moins que l’on puisse dire est que cette formation a connu une progression en dents de scie en France ces dernières années. Après avoir participé au pouvoir (la gauche plurielle de Lionel Jospin, de 1997 à 2002), elle a connu une traversée du désert (une débâcle pour la candidature de Dominique Voynet à la dernière présidentielle). Ce parti, longtemps traversé par des querelles internes, semble avoir trouvé un nouveau leadership efficace en la personne de Cécile Dufflot. Sans parler du “parrainage” de Daniel Cohn-Bendit. Le succès de l’écologie politique s’explique aussi par l’ancrage de la thématique du développement durable dans la société elle-même

André: Le score d’Europe Ecologie me semble surtout boosté par la personnalité de Cohn- Bendit. Il est vrai que c’est un vrai plaisir de voir son insolence jamais vulgaire(contrairement à d’autres...) sur les plateaux des débats télévisés.

Je partage entièrement votre avis. On peut être - ou ne pas être- d’accord avec Daniel Cohn Bendit, force est de reconnaître qu’il incarne quelque chose de vivifiant dans la classe politique. D’autant qu’il n’hésite pas à briser ni la langue de bois ni les tabous (il fut l’un des premiers par exemple à plaider pour une alliance de la gauche avec le centre) (mais cette dernière question des alliances avec le MoDem est évidemment beaucoup moins prégnante depuis hier soir...)

rachel: Sarkozy n’a pas su rassurer les Français dans pleins de domaines en ces périodes électorales et c’est là le problème. On n’a pas le droit de laisser filer des élections si précieuses. La droite ne marche que pour les élections présidentielles et non pour les autres . Encore exception française???

La droite ne marche que pour des présidentielles? Je ne pense pas. Certains ténors de l’UMP ont fait beaucoup de déplacements sur le terrain lors de cette campagne. Et que dire de François Fillon, qui a tenu une quinzaine de meetings. Mais les électeurs ne jugent pas que sur une campagne. D’autres éléments forgent leur vote, comme la perception d’un bilan par exemple.

Pas de résultats.