Charleroi manque de toits

ALBIN,DIDIER

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Mardi 16 mars 2010

Logement Squat d’un immeuble de la Carolorégienne

Constituée de militants pour le droit au logement (DAL), de victimes d’expulsions, SDF et autres précaires, la caravane des mal logés a fait étape à Charleroi. Ses membres ont investi et squatté un immeuble à appartements de la Carolorégienne, déclaré insalubre et inoccupé depuis juin 2009. « Une action pour dénoncer le manque de toits en Wallonie où plus de 35.000 familles sont en demande », selon David Praile de l’ASBL Solidarités Nouvelles.

La caravane prend ce matin la direction de Bruxelles pour y interpeller le parlement européen. « Mercredi, avec des amis du Portugal, d’Allemagne, d’Espagne, nous répéterons que ça suffit d’expulser des familles qui ne peuvent être relogées. Qu’il faut avoir l’ambition de construire massivement du logement social pour répondre aux besoins d’une population grandissante et de stopper les programmes de valorisation immobilière du patrimoine public locatif. Que la Wallonie et la France doivent appliquer les réquisitions d’immeubles. On se trouve ici confrontés aux mêmes situations qu’à Lille ou en région parisienne, dénonce Daniel. Le bâtiment qui a été squatté présente une structure saine mais a été déclaré insalubre. Il est donc rendu indisponible pour le marché locatif. Et inaccessible à des familles qui en ont grand besoin alors qu’il pourrait être remis en état rapidement et à très peu de frais. C’est ce scandale que nous dénonçons ! » De fait. Sept familles sont hébergées depuis des mois au centre le Triangle, un centre de transit.

« Les loyers sont trop chers dans le privé et les sociétés d’habitations sociales n’ont rien à nous offrir » explique François, père de trois enfants. Il a fait des demandes jusqu’en région liégeoise. Mais pour une famille de cinq, il n’y a rien. « Je suis au Triangle depuis 14 mois » dit Patrice. « Aucun logement ne peut accueillir notre famille nombreuse. » Sébastien est dans le même cas. Comme Pascal et Muriel.

« Il suffit d’un peu de moyens »

La Carolo compte 200 logements vides. « Certains ont été déclarés insalubres, d’autres sont en rénovation dans le cadre du plan exceptionnel d’investissement ou de contrats stock, observe le président Michel Russo. Mais dans un cas sur trois, les biens sont détériorés par les anciens locataires. Il faut des mois pour les remettre en état. »

Le bâtiment squatté ne présente pas de grand danger, selon les militants du DAL. « La meilleure preuve en est que l’inspection des pompiers en a autorisé l’occupation. Il suffit de volonté politique et d’un peu de moyens pour y remettre 16 familles », dit Benoît Hossay de Solidarités Nouvelles. « Une rénovation est programmée. Mais il faudra encore attendre six mois », rétorque Russo. Pour Solidarités Nouvelles, « Charleroi a changé de politique : la Ville chasse les pauvres pour leur substituer de nouveaux habitants à revenus moyens. »

« La chasse aux pauvres »

entretien

Figure de proue de Solidarités Nouvelles, Paul Trigalet dénonce une politique de chasse aux pauvres.

Charleroi, capitale sociale de la Wallonie, échappe-t-elle à ce constat que vous dressez ?

Malheureusement non. Comme ailleurs, les arrêtés d’insalubrité et de fermeture y sont mis en œuvre sans solution de relogement pour l’ensemble des victimes d’expulsions. Le logement social y est inadapté à l’accueil de familles nombreuses. On veut substituer aux pauvres de nouveaux habitants plus rentables et la politique du logement favorise la construction de logements moyens plutôt que de combler le déficit de logements sociaux.

Longtemps, on a laissé entendre que la Ville favorisait le maintient des précaires pour garder son niveau de 200.000 habitants. Ce n’est plus le cas ?

C’est dépassé ! Charleroi met le paquet pour attirer de nouveaux citoyens. La Ville mise notamment sur les Bruxellois et veut qu’ils investissent. Le nombre de mal logés et SDF augmente.

Combien sont-ils en 2010 ?

Le chiffre noir est inconnu. Le rapport du relais social fait état de 184 SDF recensés, mais nos travailleurs estiment que leur nombre est deux à trois fois plus élevé. Ils seraient donc 5 à 600 à ne pas disposer de toit dans notre ville. Un substitut m’a dit qu’ils étaient reconduits dans les communes périphériques, notamment à Châtelet.

« Des législations imposées »

entretien

Echevin du Logement de Charleroi, Eric Massin (PS) comprend l’action menée par les militants du droit au logement.

La Ville de Charleroi mène-t-elle une chasse aux pauvres comme l’en accuse l’association Solidarités Nouvelles de Paul Trigalet ?

Cela m’étonne de sa part car il est vice-président de l’agence immobilière sociale que je préside et qui mène des actions d’avant-garde pour mettre des biens à la disposition des précaires. On ne peut nous reprocher d’appliquer des législations adoptées par la Région wallonne et qui sont imposées aux villes : quand un bâtiment n’est pas conforme aux prescrits, il est déclaré inhabitable ou fait l’objet d’un arrêté de fermeture du bourgmestre.

Mais il faut quand même des solutions de relogement ?

Nous travaillons à cela et les acteurs du secteur ne peuvent pas prétendre le contraire. Une convention cadre est en cours de finalisation entre le CPAS et les sociétés de logement pour suspendre les expulsions dans des situations de contentieux locatif. Quand un arrêté d’inhabitabilité est pris, des démarches sont menées tous azimuts.

Le logement moyen est quand même une priorité de la Ville ?

Oui, car il faut garantir une mixité sociale à Charleroi. Mais le refinancement des sociétés d’habitations sociales en déficit comme la Carolo ou le Foyer Marcinellois, c’est l’affaire du ministre Ecolo du Logement.

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