Procès infanticide : Jessica Bily acquittée
n.c.
Mercredi 17 mars 2010
La cour d’assises du Hainaut a acquitté ce mercredi Jessica Bily, jugée pour un infanticide commis à Baudour, en janvier 2008. La cour a reconnu le déni massif de grossesse de l’accusée, que les experts avaient mis en lumière durant le procès. Le jury a considéré que Jessica Bily avait agi sous la contrainte irrésistible.
Le président Jean-Francis Jonckheere, qui présidait sa cent onzième cour d’assises, a présenté ses excuses à Jessica Bily. « A travers vous, j’adresse aussi mes excuses à une autre femme comparue il y a vingt ans et qui, dans les mêmes conditions que vous, a donné la vie à un enfant. Nous n’y connaissions rien et nous n’avions rien compris. Elle a été condamnée. Vous sortez libre et j’ai confiance », a déclaré le président avec émotion. Le public a ponctué son intervention par des applaudissements.
Pour le représentant du parquet, Alain Lescrenier, la jeune femme, qui ne s’était pas rendu compte qu’elle était enceinte, avait agi sous la force d’une « contrainte irrésistible » lorsqu’elle avait étouffé son nouveau né, juste après avoir accouché dans sa salle de bain. « L’état de stress engendré par l’accouchement a engendré un état de stress incommensurable qui constitue une cause de justification », avait estimé l’avocat général, alors que la mère infanticide risquait jusqu’à 30 ans de prison.
Dans ses motivations, la cour d’assises a reconnu Jessica Bily avait agi sous la contrainte d’une « force irrépressible », un élément qui exempte l’auteur d’un crime ou d’un délit de sa responsabilité.
La notion de « déni de grossesse » a été au coeur des trois jours de ce procès qui constituait une première dans l’histoire judiciaire du pays.
Mardi, des gardiennes de la prison où Jessica Bily était incarcérée depuis que le corps du bébé avait été retrouvé dans la buanderie de sa maison, en novembre 2008, étaient venues témoigner d’un second « déni de grossesse » de la jeune femme.
En janvier 2009, trois mois après son arrivée à la prison de Mons, Jessica Bily avait en effet accouché dans sa cellule d’un second enfant, alors que ni elle, ni le personnel pénitentiaire, ni ses codétenues ne s’étaient rendu compte qu’elle était à nouveau enceinte.
A la barre, un neuropsychiatrique a également expliqué ce qu’est un déni de grossesse. « L’enfant n’est pas fantasmé, pas attendu, pas reconnu. On se débarrasse d’un déchet, pas d’un être humain », avait-t-il dit.
L’acquittée a quitté la salle d’audience en pleurs. « Je ne réalise pas. Je vais me consacrer à mes enfants », a-t-elle confié. David H., son compagnon et père du bébé étouffé et de Raphaël, né en prison, espère que le décès de son fils et le procès servent à mettre des éléments en place tant au niveau juridique que psychologique pour que des infanticides ne se reproduisent plus. « Jessica a été jugée. Le plus important maintenant c’est notre fils », a-t-il déclaré.
A 17 ans, lorsqu’elle avait appris qu’elle était enceinte, Jessica Bily avait avorté. A l’âge de 20 ans, elle a accouché d’une petite fille. L’accusée ne s’est rendu compte qu’elle était enceinte qu’à sept mois de grossesse.
En 2003, Jessica Bily, qui avait quitté son compagnon précédent, s’est mise en ménage avec David H. C’est lui qui, le 23 novembre 2008, s’était présenté à la police boraine pour signaler qu’il avait découvert, dissimulé dans un seau dans la buanderie, un nourrisson emballé dans un sac plastique.
(avec Belga et AFP)
