Le sarkozysme a perdu sa boussole

MESKENS,JOELLE

Lundi 22 mars 2010

Régionales Une claque régionale, même cinglante, n’équivaut pas à une dissolution ratée de l’Assemblée nationale. Mais rien ne sera plus comme avant pour la droite de Nicolas Sarkozy. Par Joëlle Meskens

Bien sûr, le pouvoir ne vient pas brutalement de changer de camp. Une claque régionale, même cinglante, n’équivaut pas à une dissolution ratée de l’Assemblée nationale. Nicolas Sarkozy reste le maître du jeu politique national. Rien, pourtant, ne sera plus comme avant.

Quand bien même elle a pu « sauver l’Alsace », cette défaite de la droite va au-delà de la seule sanction presque traditionnelle du pouvoir lors d’élections intermédiaires. C’est sa boussole que le sarkozysme vient de perdre.

Sur le plan idéologique, d’abord. En 2007, le président avait été élu sur le programme d’une droite décomplexée. Il mettait l’accent sur le pouvoir d’achat, la sécurité, et le contrôle de l’immigration. Toutes ces cartes sont désormais brouillées. La promesse du « travailler plus pour gagner plus » a été ensevelie par la crise. La délinquance n’a pas été enrayée et à force de prétendre avec trop de zèle le contraire ces derniers jours, le premier ministre François Fillon a même été surpris en flagrant délit d’instrumentalisation de ce thème en annonçant la mort d’un policier pourtant bien vivant. Quant à l’immigration et à l’identité nationale, le débat qui devait empêcher le FN de relever la tête a eu l’effet inverse à celui escompté, même si la résurgence de l’extrême droite s’explique aussi par des facteurs sociaux.

Sur le plan du style, ensuite. S’il était bien une qualité que personne ne contestait à ce président hyper-actif, c’était son volontarisme. Mais après une première partie de mandat passée à réformer à tout va, que penser de celui qui veut désormais laisser aux élus la possibilité de « délégiférer » à l’issue de sa mission ?

Sur le plan stratégique, enfin. La majorité que Nicolas Sarkozy avait mis tant d’efforts à unifier est bardée de doutes. Elle n’insuffle plus de dynamique et se fait doubler par une nouvelle alliance de gauche qui, avec les verts en partenaire privilégié, se veut résolument moderne.

Alors que la crise a plongé les Français dans un profond désarroi, c’est d’un président rassembleur qu’ils auraient besoin. Un président qui saurait les rassurer en leur montrant le bout du tunnel. Mais l’Elysée donne désormais l’impression de ne plus savoir lui-même où il va.

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