On ne peut pas faire l’Europe à moitié
THOMAS,PIERRE-HENRI
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Vendredi 26 mars 2010
Car jusqu’à présent, que demande-t-on à un pays qui entre dans la zone euro ?
De ne pas dépasser une certaine proportion d’endettement et de déficit et de ne pas laisser déraper l’inflation. C’est d’ailleurs sur cette base que pendant longtemps l’Espagne a été portée aux nues : voilà un pays qui croissait et qui maîtrisait son déficit. Mais l’Europe semblait fermer les yeux sur le fait que la croissance espagnole reposait sur des bases malsaines : essentiellement sur l’emballement de son secteur immobilier, et sur un endettement excessif des ménages et des entreprises.
Cet aveuglement était d’ailleurs le fruit d’une exigence allemande : la gouvernance économique de l’Europe devait se résumer à la mise en place d’un mécanisme permettant de s’assurer que tous les pays de la zone euro maîtrisaient leur budget. On voit aujourd’hui que ce n’est pas suffisant.
Car il existe en Europe, comme aux Etats-Unis, des régions qui ont des profils économiques très différents : la région de Detroit, sinistrée par l’effondrement de l’industrie automobile, n’est pas New York ou Los Angeles. Tout comme Lisbonne n’est pas Berlin, Dublin ou Helsinki. Pourtant, les disparités américaines ne menacent pas le dollar. Car les Etats-Unis sont un pays fédéral : les travailleurs et les capitaux sont très mobiles, et viennent compenser certains déséquilibres régionaux.
Mais ce n’est pas tout : lorsque le déséquilibre persiste, certains Etats fédéraux, l’Allemagne par exemple, instaurent un mécanisme de compensation, via lequel une partie de la fiscalité des Länder plus riches va alimenter les investissements dans des Länder les plus pauvres. Rien n’interdirait l’Union européenne de procéder de la sorte, en se voyant évidemment dotée de moyens supplémentaires. Il est temps aujourd’hui de penser à une Europe fédérale, économiquement parlant.
