A bout portant «L'Etat belge n'assurait pas la gestion de la Sabena»

DEMONTY,BERNARD

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Vendredi 9 novembre 2001

A bout portant «L'Etat belge n'assurait pas la gestion de la Sabena»

En tant que ministre de l'Emploi, socialiste, que vous inspire la faillite d'une compagnie nationale, qui provoque la perte de 5.100 emplois au moins?

La Sabena n'est pas une entreprise publique, c'est une entreprise privée.

L'Etat y détient malgré tout une participation majoritaire (50,5%)?

C'est vrai mais savez-vous pourquoi l'Etat belge a gardé une participation majoritaire? Afin de conserver les droits de trafic de la Sabena. Le but n'était donc pas que l'Etat belge assure la gestion de la Sabena. La volonté, c'était de donner la gestion au partenaire Swissair tout en conservant les droits de trafic de la Sabena. L'idée n'était donc pas de maintenir une gestion publique.

L'Etat nommait pourtant les administrateurs, sur base de critères politiques?

Monsieur Chaffart, président du conseil d'administration de la Sabena est typiquement un homme du secteur privé. Ce n'est pas une nomination politique.

De même, Pierre Godfroid, ancien administrateur délégué de la Sabena était également un homme du privé. Et il y en a d'autres dans le conseil d'administration de la Sabena.

La faillite de la Sabena permettra-t-elle de tirer des enseignements pour les entreprises publiques que sont la SNCB ou encore la Poste, dont les marchés s'ouvrent à la concurrence?

Je pense que l'on ne peut pas comparer la situation de la Sabena avec celle de la Poste ou de la SNCB. Parce que, je le répète, la Sabena n'était pas une entreprise publique. Sa gestion n'était donc pas publique. Et quand j'entends Herman De Croo dire que la Poste ou la SNCB auront des problèmes parce qu'elles sont minées par la gréviculture, je trouve cela un peu simpliste.

Le Premier ministre a déclaré mercredi soir que la nouvelle compagnie devrait fonctionner correctement parce qu'elle serait totalement privée. Votre sentiment?

Mon sentiment, c'est que Lernout & Hauspie aussi était une entreprise privée. Un autre exemple d'entreprise privée, c'est Swissair...

«La Sabena n'était pas

une entreprise publique.

On ne peut donc

la comparer avec la Poste

ou la SNCB»

Le plan social que vous avez présenté table sur le départ de 5.100 personnes. Cela suppose la réussite du projet de nouvelle Sabena et une reprise des activités des filiales. N'est-ce pas un peu optimiste?

C'est un scénario optimiste, mais je crois que c'est le plus probable. Nous avons un engagement d'investisseurs privés et la nouvelle compagnie devrait voler. Et je pense que nous avons de bons arguments pour défendre le dossier devant la Commission européenne.

Le gouvernement pourra-t-il financer le plan social si le nombre de pertes d'emplois est beaucoup plus élevé?

Absolument. Si la nouvelle compagnie ne voit pas le jour, ce que je n'imagine pas, le gouvernement offrira les conditions du plan social à tous les travailleurs. Nous avons les moyens de le financer, quel que soit, en définitive, le nombre de départs.

Concernant le financement du plan, le fonds de fermeture va intervenir et la contribution des entreprises privées va être relevée. Tony Vandeputte, administrateur délégué de la FEB, exige en échange une baisse des charges sociales. Est-ce envisageable?

Une baisse des charges sociales n'est pas à l'ordre du jour.

Propos recueillis par

BERNARD DEMONTY

Laurette

Onkelinx

Vice-Première ministre, ministre de l'Emploi