A BOUT PORTANT

MATTHEIEM,NATHALIE

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Samedi 14 janvier 1989

A BOUT PORTANT...

... Francis

Bonnet

Préfet d'athénée, à propos du partage

de l'Education entre P.S. et P.S.C.

- Vous êtes préfet d'un athénée, comment réagissez-vous au partage des compétences entre les deux ministres de l'Education à la Communauté française, tel qu'il a été annoncé ce vendredi?

- Le gâteau est partagé de façon à ce que chacun ne puisse travailler sans l'autre. Mais ce qui m'intéresse d'abord, c'est la pédagogie: il me paraît mauvais de créer des étages, en séparant le fondamental et le secondaire. Par exemple, pour l'inspection, on va créer des postes, lancer des directives différentes.

Dans les écoles qui étaient «de l'Etat», beaucoup de personnes risquent de dépendre de deux ministères, après parfois avoir déjà connu des difficultés lorsque, précédemment, ils dépendaient de deux administrations différentes... Et la coordination avec l'enseignement spécial, pour le secondaire, me paraît compliquée...

- Allez-vous connaître ce genre de situation dans votre établissement?

- Nous avons une section d'humanités artistiques, dont les activités sont coordonnées entre le secondaire et l'Académie. Comment cela va-t-il se passer? Les Centres psycho-médico-sociaux travaillent eux aussi beaucoup avec les écoles secondaires; là encore, on peut se demander comment cela va fonctionner.

- Vous êtes donc inquiet, dans l'immédiat?

- Osons le dire, cela me paraît insensé. Un moment, on avait parlé d'un partage entre deux ministres selon les réseaux; on a choisi plutôt les niveaux. Ça ne tient pas compte de la pédagogie.

- Vous auriez préféré une division entre l'obligation scolaire et «le reste», comme le plaidaient certains?

- Cela aurait sans doute été plus cohérent d'un point de vue pédagogique. On aurait pu imaginer un «paquet» avec les constructions, la recherche, l'université, la promotion sociale. Dans la situation actuelle, on peut se demander jusqu'à quel point le partage a été fait en fonction du budget...

- Il ne vous aurait pas paru dangereux de concentrer tout le budget et les compétences dans les mains d'un seul homme?

- Pas forcément. Il suffit de bien s'entourer. Et on sait que les cabinets sont pléthoriques. On sait peut-être moins qu'il y a des gens remarquables à l'administration, aussi. Cette solution d'un ministre aurait permis d'avoir une vue d'ensemble.

Quelle que soit la «couleur» du ministre, je crains que les questions de philosophie ne l'emportent, qu'elles n'étouffent rapidement la pédagogie. Et je redoute une guerre des circulaires comme celle qu'on a connue il y a quelques années, entre le ministre Bertouille qui était national et Urbain qui était communautaire. C'était puéril, cela concernait les activités para-scolaires, mais cela a duré...

- Les ministres ne sont-ils pas cependant condamnés à s'entendre, au sein d'un même Exécutif?

- Sans doute. Mais je ne peux m'empêcher d'imaginer la situation d'une école secondaire qui recevra une circulaire concernant les transports, et qui s'adressera à une adminstration, puis se fera renvoyer d'un département à l'autre, d'un ministre à l'autre: c'est un risque. Les administrations communales rencontreront le même genre de vicissitudes.

Il faudra voir à l'usage. Mais je suis un fervent partisan de l'autonomie des établissements scolaires et cela, vu la tournure des événements, ce ne sera pas pour tout de suite...

Propos recueillis par

NATHALIE MATTHEIEM.