A Christmas carol (Le drôle de Noël de Scrooge)

STIERS,DIDIER; MANCHE,PHILIPPE; BRADFER,FABIENNE; CROUSSE,NICOLAS

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Mercredi 9 décembre 2009

A Christmas carol (Le drôle de Noël de Scrooge)

De Robert Zemeckis, avec Jim Carrey, Colin Firth, Gary Oldman, Bob Hoskins, 120 mn.

Cette énième adaptation du récit de Charles Dickens permet au pape de la « performance capture » d’exploiter encore un peu plus sa technique en compagnie d’un acteur qui en connaît un rayon en matière de performance physique, justement. On peut ne pas aimer, mais il faut reconnaître qu’il s’agit ici d’une belle réussite visuelle, agrémentée d’une 3D accentuant la profondeur des décors plutôt que le jaillissement.

A l’origine

De Xavier Giannoli, avec François Cluzet, Emmanuelle Devos, Gérard Depardieu, 130 mn.

C’était un petit escroc qui voulait construire une autoroute au milieu de nulle part. Dans son projet fou, il embarqua des dizaines d’ouvriers, la maire des lieux, toute une région. Pour être aimé, regardé, respecté. Xavier Giannoli fait de cette histoire incroyable mais vraie une aventure épique tenue à bout de bras par un François Cluzet magistral, le visage grave, marqué par la vie. On est au milieu des hommes, dans les chantiers de jour et de nuit, dans la boue, le froid, le vent, la pluie. On est aussi au coeur de la France en crise.

Altiplano

Trois ans après avoir épousé les formes rebondies de la Mongolie, avec un premier film envoûtant sur la sainte puissance de nos originesKhadak, Jessica Woodworth et Peter Brosens prennent littéralement de la hauteur, en allant nous conter sur les sommets du Pérou une fable sur la survie d’une tribu villageoise menacée par une colonisation économique. Altiplano fait mieux que confirmer le talent singulier du tandem belgo-américain. Il en fait l’un des phares du cinéma d’auteur contemporain, les situant quelque part dans l’héritage du cinéma des Antonioni, Wenders et autres géants comme Tarkovski.

Antichrist

De Lars von Trier, avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe, 104 mn.

Excepté quelques dérives de sorcellerie mystico-fantasmagorique qui nous largue quelque peu, le film de Lars von Trier flirte souvent avec le chef-d’œuvre. Mais ce film de malade, imaginé pour sortir d’une dépression, n’est pas à mettre devant tous les yeux. Car le réalisateur danois qui sublime l’horreur absolue, entraîne le spectateur du côté de ses peurs profondes. D’emblée, ça fout la trouille. D’où rejet possible comme forme de défense !

Departures

De Yojiro Takita, 130mn.

Petit chef-d’oeuvre d’une délicatesse absolue. Qui a cartonné au Japon avant de recevoir l’Oscar du meilleur film étranger. Un des plus beaux films de l’année qui parle de la mort comme rarement on en parle au cinéma. Avec humour et amour. C’est un film pur.

2012

De Roland Emmerich, avec J. Cusack, 160 mn.

Planquer tout ! C’est la fin du monde ! En prenant comme point de départ la théorie controversée de la fin du calendrier Maya en 2012, Emmerich signe un film catastrophe assumé en bousillant la planète à grand renfort d’effets spéciaux. Si le scénario ne vaut pas tripette, le plaisir (coupable ?) est bien présent.

Ein Augenblick Freiheit (Pour un instant la liberté)

De Arash T. Riahi, avec Navíd Akhavan, Pourya Mahyari, Elika Bozorgi, Sina Saba, 110 mn.

Des émigrés clandestins se retrouvent coincés à Ankara, dans l’attente des documents qui leur permettront, ou non selon les cas, de se rendre en Europe. Leur vie s’organise, entre petits bonheurs, espoir et difficultés quotidiennes. Réalisé par un cinéaste iranien installé en Autriche, « Ein Augenblick Freiheit » évite autant le piège de la sur-dramatisation que celui du militantisme, osant même une subtile dose d’humour.

Etreintes brisées

D’Almodovar, avec Penélope Cruz, 129 mn.

Laissez-vous faire. Laissez-vous étreindre par cette histoire vénéneuse, trouble et troublante, émouvante et terrible qui met un film dans le film, passe de la comédie légère au drame le plus noir, nous emmène sur la terre volcanique de Lanzarote, filme un couple d’amoureux avec un romantisme absolu et nous fait rencontrer un cinéaste devenu écrivain suite à un accident de voiture qui lui coûta la vue et la femme de sa vie.

Sur ce canevas original qui emprunte autant à Hitchcock qu’à Douglas Sirk, Pedro Almodovar continue d’explorer ses propres obsessions. Et c’est magnifique.

Eyes wide open (Tu n’aimeras point)

De Haim Tabakman, 91 mn.

Premier long-métrage de fiction de Haim Tabakman, Eyes wide open est un film âpre, qui relate l’amour homosexuel d’un boucher ultraorthodoxe et marié de Jérusalem pour un bel étudiant. Le film montre avec beaucoup de sensibilité toute la complexité de cette passion qui saisit l’homme de foi, condamné par le regard social et une culpabilité intense, mais en même temps plongé dans un bain de grâce qui s’apparente peut-être à une expérience religieuse.

500 days of Summer

De Marc Webb, avec Joseph Gordon-Levitt et Zooey Deschanel, 95 mn.

C’est l’histoire d’un garçon qui rencontre une fille. Classique sauf que le réalisateur nous raconte cette rencontre du point de vue, ludique et décalé, du garçon. Il prend les choses à rebours, va et vient dans la mémoire de l’amoureux éconduit, déconstruit la chronologie et nous offre un patchwork original et drôle.

Fish tank

De Andrea Arnold, avec Katie Jarvis, 122 mn.

On pense à Ken Loach en voyant le deuxième long-métrage de sa compatriote Andrea Arnold, prix du Jury au dernier Festival de Cannes. On pense aussi au cinéma des frères Dardenne et on pourrait dire que Mia, 15 ans, ado rebelle en décrochage scolaire, est la petite sœur de Rosetta. Andrea Arnold s’écarte des clichés pour raconter la galère te la moriosité des banlieues anglaises mais aussi dans son approche subtile de l’âge ingrat. La jeune actrice, Katie Jarvis, est détonante. Révélation.

Inglourious basterds

De Quentin Tarantino, avec Christoph Waltz, Brad Pitt, Diane Kruger, Mélanie Laurent, 148 mn.

Il était une fois l’Allemagne nazie… Le nouveau Tarantino n’est pas tout à fait un film de guerre. C’est un conte cruel mettant en scène, dans la France occupée, une bande de « basterds, une héroïne juive par qui la vengeance arrive, une actrice allemande jouant double jeu et un méchant de catégorie supérieure. Même si on a l’impression que le géant accouche d’une souris après une scène d’intro de dix minutes grandioses, on ne s’embête pas à cette comédie faisant feu de tout bois et explosant la réalité historique.

La domination masculine

De Patric Jean, 103 mn.

Comment notre société perpétue-t-elle l’inégalité de traitement entre l’homme et la femme ? Quelles conséquences celle-ci a-t-elle ? Peut-on lutter pour corriger cette situation ? Voilà quelques-unes des questions légitimes auxquelles s’attaque un documentaire qui ne fait pas de concessions. Débutant sur un ton pour le moins comique, il gagne en impact par la progressive intensité dramatique des interviews recueillies. Il aurait cependant gagné en efficacité en n’accumulant pas autant les exemples destinés à soutenir le propos.

La merditude des choses

De Felix van Groeningen avec Valentijn Dhaenens, Kenneth Vanbaeden, 108 mn.

Un écrivain mal dans sa peau revient sur son passé. Et sur une enfance houleuse, ballottée entre les ivresses de ses oncles, la violence de son père et le coeur d’une éducation populaire. Un excellent film flamand, emmené par une galerie de portraits saisissants, qui font froid dans le dos et tout à la fois émeuvent.

La sainte victoire De François Favrat, avec Clovis Cornillac, Christian Clavier, Sami Bouajila, Vimala Pons, 105 mn.

Après avoir contribué au succès électoral d’un maire idéaliste dont il est devenu l’ami, un jeune architecte avide de réussite se retrouve mêlé avec celui-ci à un scandale politico-industriel. Un sujet dans l’air du temps subtilement mêlé à des thèmes plus intemporels, des acteurs qui jouent juste : que demander de plus à un film ?

Le concert

De Radu Mihaileanu, avec Mélanie Luarent, Miou-Miou, François Berléand, Aleskei Guskov, Dimitri Nazarov, 122 mn.

C’est l’histoire insensée d’un pari fou fait par amour de la musique. La revanche incroyable d’un ancien chef d’orchestre du Bolchoï déchu par le pouvoir communiste. la nouvelle fable de Radu Mihaileanu est fougueuse, exubérante, colorée, grand guignol, dépoée à l’humour juif et slave. Avec un point d’orgue dans l’émotion : douze minutes en continu avec un concerto de Tchaïchovski sur la scène du Châtelet à Paris.

Le dernier pour la route

De Philippe Godeau, avecFrançois Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz, 107 mn.

Le producteur de Toto le héros et Mr Nobody passe pour la première fois derrière la caméra. Cela donne un film sensible, pudique, poignant, pris à bras-le-corps par François Cluzet, impressionnant de véracité dans la peau d’un patron d’agence de presse qui décide d’en finir avec l’alcool et rejoint un centre de cure. (F.B.)

Le petit chat curieux (Komaneko)

De Tsuneo Goda, 60 mn.

Pourquoi ne pas donner du grand art aux tout-petits ? Avec cinq courts métrages qui en font un long. Avec comme héros, un chaton inventif et curieux. Voici un film d’éveil, animation artisanale japonaise plein d’humeurs, de couleurs et de douceur.

Le ruban blanc (Das weisse band)

De Michael Haneke, 145 mn.

En s’introduisant dans une société sclérosée -un petit village du nord de l’Allemagne protestante à la veille de la première Guerre mondiale –, Michael Haneke montre comment un idéal est perverti dès qu’on l’érige en absolu. Sa démonstration est implacable et a une résonance immense face à tous les radicalismes du monde puisqu’il décrit, dans un noir et blanc sublime, l’enfance du mal. Une Palme d’or 2009 qui fait sens.

Les barons

De Nabil Ben Yadir, avec Nader Boussandel, Fellag, Mounir Ait hamiou, 111 mn.

Une comédie sur les quartiers populaires, l’anti- « Haine » en somme, à travers l’ghistoire de trois glandeurs molenbeekois, des « barons » qui vient hors du système, se demandent ce qu’ils vont manger ce jour et ce qu’ils feront demain, voient la vie sous une forme poétique et agissent au ralenti. Le film n’épargne personne. Nabil et son équipe se sont éclatés, nous aussi.

Les herbes folles

D’Alain resnais, avec André Dussollier, Sabine Azéma, Anne Consigny, 96 mn.

Voici un bonheur de cinéma intelligent, plein de vitalité, d’une invention permanente et sans snobisme. Un thriller amoureux espiègle, incongru, romanesque, adapatation fidèle et facétieuse de L’incident, de Christian Gailly.

A 87 ans, Alain Resnais s’adonne avec délice à l’art de la variation sur des standards.

Love happens

De Brandon Camp, avec Aaron Eckhart et Jennifer Aniston, 109 mn.

Comédie romantique sur fond de deuil. Mieux vaut en rire, donc…

Mademoiselle Chambon

De Stéphane Brizé, avec Aure Atika, Vincent Lindon, 95 mn.

Stéphane Brizé adapte Eric Holder tout en finesse avec un duo harmonieux, Sandrine Kiberlain, belle et aérienne, et Vincent Lindon, terrien et droit, dans une histoire sentimentale délicate comme un accord de violon. Sans jamais forcer le trait, en jouant sur le presque rien qui dit presque tout. Pas à la mode Mademoiselle Chambon ! Du moins pas dans le courant actuel et ça fait un bien fou !

Micmacs à tire-larigot

De Jean-Pierre Jeunet, avec Dany Boon, 104 mn.

Du pur Jeunet, entre Delicatessen et Amélie Poulain. Avec des tronches, des couleurs chaudes, des focales courtes, des dialogues à la Prévert, un monde réinventé, un goût d’enfance, des moments de pure poésie, de l’humour et l’histoire d’un petit Poucet, épaulé par une bande de truculents chiffonniers, face aux monstres de l’armement.

My queen Karo

De Dorothée van den Berghe, avec Déborah François, Matthias Schoenaerts, Anna Franziska, 100 mn.

La vie en communauté dans les seventies vue à travers les yeux d’une gamine de dix ans. C’est fait avec dérision, poésie, vécu personnel, émotion et caméra à hauteur d’enfant

My sister keeper

De Nick Cassavetes, avec Cameron Diaz, Abigail Breslin, Sofia Vassilieva, 107 mn.

Sortez vos mouchoirs, voire votre boîte de mouchoirs ! Car Nick Cassavetes a l’art pour faire pleure r dans les chaumières modernes. Avec un cinéma à fleur de peau, qui s’arme de grands sentiments et de bon pathos pour adapter le best-seller de Jodi Picoult, l’histoire d’une gamine qui prend un avocat afin de disposer enfin de son corps comme elle l’entend et non plus comme l’ont conçue ses parents dans le seul but d’avoir quelqu’un de génétiquement compatible pour leur fille aînée cancéreuse. Avec des actrices fortes mais aussi violons et trémolos.

Non ma fille, tu n’iras pas danser

De Christophe Honoré, avec Chiara mastroianni, Marie-Christine Barrault, Marina Foïs, Jean-Marc Barr, 105 mn.

Film souriant et désenchanté qui s’offre d’abord comme une chronique familiale contemporaine avant de plonger le spectateur dans un conte breton contemplatif et finir en portrait de femme moderne. Tout ça pour parler de la violence faite aux femmes mais aussi de la Bog génération, c’est-à-dire des quadras d’aujourd’hui. Avec, au centre de tout, une singulière et superbe Chiara Mastroianni.

The informant

De Steven Soderbergh, avec Matt Damon, 107 mn.

Comédie noire à tiroirs, inspirée du best-seller de Kurt Eichenwald et qui raconte les aventures incroyables du golden boy Mark Whitacre, cadre supérieur chez un géant de l’agroalimentaire qui servit d’informateur au FBI. Soderbergh met une nouvelle fois en cause l’industrie. Pour l’occasion, Matt Damon a pris 15 kilos.

The limits of control

De Jim Jarmusch, avec Isaach De Bankolé, Jean-François Stévenin, Bill Murray, Tilda Swinton, 116 mn.

La drôle d’errance d’un drôle de type en Espagne qui fait de drôles de rencontres. Sans doute le film le plus expérimental du réalisateur de Dead Man qui s’est trop concentré sur l’image au point d’en oublier son scénario, s’il y en eut un…

Thérapies de couple

De Peter Billingsley, avec Malin Akerman, Jason Bateman, Vince Vaughn, Jon Favreau, 113 mn.

Pour sauver son mariage, un couple emmène des amis sur une île paradisiaque où sévit un gourou supposé être capable de resserrer les liens qui unissent les uns et les autres.

Un prophète

De Jacques Audiard, avec Niels Arestrup, Tahar Rahilm, 150 mn.

Deux heures trente d’une intensité remarquable. Au centre du film, une petite frappe de 19 ans, analphabète, sans famille, sans amis, sans histoire. Qui va apprendre comment travailler « pour sa gueule » en utilisant son intelligence, faute de puissance. Un film de genre magistral.

Up (Là-haut)

De Pete Docter et Bob Peterson, 96 mn.

Courez, volez, voguez vers le nouveau Disney-Pixar. Non pas parce que ce film d’animation, dixième du fameux label, est entièrement en 3 D même si c’est une valeur ajoutée, mais parce que c’est avant tout une histoire magnifique, bouleversante.

Whatever works De Woody Allen, avec Larry David, Patricia Clarkson, Evan Rachel Wood, 92 mn.

Le quarantième Woody Allen voit le grand cinéaste juif-américain renouer avec sa ville de New York.