A FORTE CONCENTRATION, CE GAZ N'EST PAS SANS RISQUE POUR LA SANTE UN VENT FAIBLE, UN BEAU SOLEIL... ET L'OZONE

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE

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Jeudi 30 juillet 1992

À forte concentration, ce gaz n'est pas sans risque pour la santé

Un vent faible, un beau soleil... et l'ozone

Il n'y a pas que la stratosphère à en tenir une couche: l'ozone zone aussi dans la ville, comme un polluant de seconde zone.

L'odeur piquante de l'ozone. Vous avez déjà dû lire cela dans un roman, genre «Les Hauts de Hurlevent». Quand les passions sont exacerbées, quand l'orage tonne et que la foudre tombe, dans l'atmosphère alors se distillent des effluves qui prennent à la gorge. C'est l'ozone, qui est comme le symbole de l'âcreté des sentiments.

L'ozone n'est cependant pas que le ressort dramatique de romans palpitants, c'est d'abord un élément naturel. Formule chimique: O3. Un atome de plus que l'oxygène qui, lui, fait O2.

Cet ozone est présent dans l'air. À très haute altitude: que celui qui n'a jamais entendu parler de la couche d'ozone appelle tout de suite Greenpeace! Cette couche forme un cocon qui entoure la Terre, à une hauteur de 10 à 50 km, et empêche la partie nocive des rayons ultraviolets du soleil de nous brûler.

Mais il y a aussi de l'ozone dans l'air que nous respirons. Tant mieux: les rayons ultraviolets n'ont qu'à bien se tenir. Fausse déduction. Dans notre air, il est en concentration bien plus faible que tout là-haut: il n'arrête donc plus rien. Mais il est parfois en concentration assez forte que pour nous embêter: l'ozone n'est pas sans risque pour la santé.

Attention, on va faire un peu de science. L'ozone se forme naturellement à partir de l'oxygène sous l'influence des rayons du soleil, qui décomposent des molécules d'O2 et recomposent des molécules d'03. Mais, près du sol, l'existence de NO2, le dioxyde d'azote, ça aide à créer des petits O3. Et le NO2, lui, est un polluant venu tout droit des véhicules automobiles. Vous avez compris, plus il y a de NO2 dans l'air, plus il y a d'O3. L'ozone est un polluant secondaire qui se forme par la réaction d'autres polluants sous l'action indispensable du soleil.

Conclusion de ce petit excursus physico-chimique: un temps ensoleillé, avec vent faible est idéal pour la formation de l'ozone.

Attention à l'ozone quand vous êtes dans un embouteillage en plein soleil, alors? Non! L'ozone se forme lentement et pas au ras du sol. Et, paradoxalement, on constate que sa concentration est plus élevée en zone rurale qu'en zone urbaine. Étrange? Eh bien non! Parce que dans les artères à forte circulation automobile, l'ozone se redécompose, ce qui ne se fait pas ailleurs.

Faut-il avoir peur de l'ozone?

Un étude néerlandaise citée par l'Institut bruxellois pour la gestion de l'environnement dans sa brochure «La pollution par l'ozone à Bruxelles» (1), décrit les risques d'exposition à des concentrations importantes (des valeurs horaires de 240 à 400 microgrammes/m3): troubles respiratoires et symptômes tels que gorge sèche, douleurs à la poitrine, toux, oppression, asthme, irritation des yeux et du nez, maux de tête, malaises, nausées, vertiges; diminution de la fonction pulmonaire, augmentation de la sensibilité des voies respiratoires.

N'ayez pas peur. Hier, la concentration d'ozone était de 40 microgrammes par m3. Loin du seuil d'avertissement fixé à 180. Même si un maximum semi-horaire de 127 a été enregistré à Uccle à 14 h 30.

Non, les troubles n'apparaissent que lors de forte concentration, de l'inhalation de grandes doses, d'une longue exposition et d'une respiration rapide. Les personnes qui travaillent à l'extérieur en produisant des efforts physiques considérables, comme les ouvriers du bâtiment ou les sportifs, peuvent donc être plus touchés. Conseil: en cas de pollution par l'ozone, restez chez vous (la pollution par l'ozone y est moitié moindre) ou ne faites pas d'effort.

Oui mais. Il fait beau depuis plusieurs jours et je sens tout à coup comme une odeur qui me pique le nez. Au secours? Restez calme! L'odeur piquante de l'ozone existe, ce n'est pas une invention d'écrivain, mais elle n'est caractéristique qu'en labo, en lieu fermé. En ville, elle est totalement imperceptible.

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

IBGE: 149, avenue Louise, bte 18, 1050 Bruxelles; tél. 02/538.99.22. L'IBGE et l'Institut d'hygiène et d'épidémiologie ont mis en place un système d'information sur la qualité de l'air en région bruxelloise, qui vous renseigne au 02/642.52.10.