A JUMET,ON PRIE SAINTE-RITA DANS UNE DEMEURE SYMBOLIQUE DE LA PUISSANCE LE CHATEAU QUI EST DEVENU UNE EGLISE

GHESQUIERE,DENIS

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Samedi 6 août 1994

A Jumet, on prie Sainte-Rita dans une demeure symbolique de la puissance verrière...

Le château qui est devenu une église

C'est bien simple: en moins de dix ans, j'en ai perdu une douzaine. La drogue, souvent. Trois se sont pendus... En écoutant l'abbé Remy évoquer le triste destin de certains de «ses» jeunes, on se surprend à penser que jadis, cette belle salle à manger, avec ses lambris, ses meubles anciens, sa cheminée en bois sculpté, ses scènes de chasse en tapisseries murales, devait résonner de conversations moins affligeantes. La tablée devait parler musique, opéra, politique ou affaires. Religion, sans doute, si un clerc était au nombre des invités. La cuisinière était félicitée pour un dessert très réussi. Les grands crus se dégustaient dans des verres forcément beaux: tout ce luxe était le fruit d'une industrie verrière en plein essor.

Nous sommes à Jumet, au «château Mondron», qui fut une des plus belles demeures de la région. Il se dit qu'à cet endroit, le nommé Roch de Colnet, surnommé «Monsieur de Longbois», avait fondé la première verrerie du lieudit Hamendes. Il était de la lignée de ce Jehan Colinet, anobli par Charles le Téméraire, qui avait créé une fabrique de verre creux à Leernes, dès 1438.

Il faut évoquer une autre famille prestigieuse. Valentin Lambert était au siècle dernier un industriel influent et respecté, ami des frères Solvay, administrateur de nombreux charbonnages. En 1881, il s'était fait construire cette grande demeure, sur le site de l'ancienne verrerie de Colnet. Ironie de l'histoire, il décéda trois semaines avant les grandes émeutes ouvrières de 1886, dont un des moments forts fut l'incendie des verreries Baudoux, toutes proches.

Le château portera le nom - et, en plusieurs endroits, les initiales - de son gendre, Léon Mondron. Un retour aux sources; Mondron est un patron verrier d'envergure, fondateur, en 1872, des «Verreries de l'ancre réunies», ou «Verreries Mondron-Lambert». Il sera aussi bourgmestre de Jumet, et mourra en 1912. A sa mémoire, sa veuve, Valentine Lambert, fait aménager une chapelle, dans un état de conservation satisfaisant aujourd'hui.

Cette touche de sacré n'était qu'un premier pas. En 1929, Mme Léon Mondron rejoint son regretté dans un monde plus juste, après un veuvage où, dit-on, elle fit montre de qualités de coeur rares envers les maheureux et les déshérités.

La chronique retint que, le jour de ses funérailles, des balais avaient été distribués dans les maisons avoisinantes pour brosser la neige sur le passage du cortège funèbre. La châtelaine avait émis le voeu d'être enterrée au château, ce qui amena ses enfants à faire édifier une véritable église, attenante à la bâtisse. L'église «Saint-Lambert», du nom de la famille fondatrice, fut consacrée en 1931, en présence de Mgr Rasneur, évêque de Tournai.

Le site était déjà un exemple remarquable des grandes demeures patronales érigées en grand nombre, à l'époque de prospérité qu'apporta la révolution industrielle en pays noir.

C'est, aussi, une curiosité: le château devenu église et même paroisse de Jumet-Hamendes, où l'on, pratique la dévotion à Sainte-Rita. Troisième curé du lieu, en fonction depuis 1971, l'abbé Remy en a fait un foyer d'activités pastorales classiques (patros, guides, scouts,...) mais aussi d'hospitalité pour ces brebis perdues qu'on appelle, de nos jours, les «jeunes en difficulté».

DENIS GHESQUIÈRE