A la conquête de l’Europe

COUVREUR,DANIEL

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Mercredi 25 mars 2009

Exposition Vingt ans de mangas à Bruxelles

Le Centre belge de la bande dessinée s’ouvre pour la première fois à la pop culture des mangas nippons.

C’étaient les années Club Dorothée et Récré A2. La France ouvrait des yeux horrifiés devant les premiers dessins animés japonais dont le graphisme rapide et l’action souvent violente fascinaient leurs enfants. Le malentendu était né : l’étiquette de héros bâclés sans moralité allait coller aux héros nippons et à leurs modèles tirés des mangas. Des exemplaires de la série Dragon Ball seraient même saisis par la justice chez Glénat Belgique en 1997.

Vingt ans plus tard, le Centre belge de la bande dessinée a décidé de laver l’injustice en confiant à Paul Herman, découvreur belge de la culture manga pour les éditions Glénat, une exposition sur la pop culture japonaise.

Les mangas ont bouleversé la vision, les thèmes, le sens de lecture, le rythme de création, le format des bandes dessinées dans le monde. En 1989, quand Glénat a publié Akira, le premier manga culte en Europe, nul n’imaginait le tsunami éditorial qui allait suivre : en 2009, une BD sur trois vendue en français est un manga.

Figurines et poupées rares

« C’est vraiment l’expo que nous devions faire, résume Jean Auquier du CBBD. Aujourd’hui, les classiques franco-belges font bâiller les jeunes. Alors que devant les 26 vitrines de “20 ans de mangas”, ils remarquent la plus petite erreur de légende ! »

Paul Herman a choisi de ne pas assommer les visiteurs d’originaux et de privilégier la mise en scène de la pop culture des mangas à travers des figurines et des magazines d’époque : « Les Japonais n’ont pas comme les Européens ce culte de l’original. Nous présentons quelques planches remarquables de Tezuka le Hergé nippon, de Hideshi Hiro, le pape du manga d’horreur, de Naoki Urasawa, le créateur de 20th Century Boys ou de Jiro Taniguchi, le plus européen des mangakas. Mais pour faire vivre les personnages, il y a aussi des figurines rares d’Astro Boy, de Tokyo Tribe, de Non Non Bâ, une très vieille poupée de Lady Oscar ou le bateau pirate de One Piece. »

Pour approfondir cette révolution culturelle, Paul Herman publie un livre à double sens sur les échanges graphiques entre l’Europe et le Japon depuis le XVIe siècle. Europe Japon, c’est le titre de cette bible, fait tomber les clichés de l’intérieur. Paul Herman secoue les stéréotypes de l’illustration, en sens de lecture européen ou japonais, selon le point de vue adopté : « Il est grand temps de tourner la page de l’incompréhension mutuelle et de décloisonner les publics de la bande dessinée. »

– « 20 ans de Manga en Europe », CBBD, jusqu’au 7 juin, 20, rue des Sables, 1000 Bruxelles. Tous les jours (sauf lundi), 10 à 18h. Infos : www.cbbd.be, 02-219.19.80.

Europe Japon, Paul Herman, Glénat, 240 p., 35 euros.