A la corrida Sabena, le taureau de Vilvorde résiste
DEMONTY,BERNARD
Page 12
Jeudi 17 octobre 2002
A la corrida Sabena, le taureau de Vilvorde résiste
BERNARD DEMONTY
Monsieur Dehaene, avez-vous déclaré, en 1991 : « En Europe ne survivront à terme que deux ou trois grandes compagnies. La Sabena n'en sera pas. Il vaudrait mieux qu'elle disparaisse » ?
Silence dans l'assemblée, qui s'attend à de plates dénégations. Réponse de l'ancien Premier ministre, impassible : Monsieur le Commissaire, j'ai bien dit cela. Et je ne retire pas un mot parce que je le pense toujours. La Sabena devait disparaître pour s'intégrer dans un grand groupe.
Le taureau de Vilvorde, ministre des Communications de 1988 à 1992 et Premier ministre de 1992 à 1999 n'a pas failli à son sobriquet, mercredi, devant la commission d'enquête Sabena, qui a pris, à plusieurs reprises, des allures de corrida.
L'animal politique a chargé. Notamment lorsqu'un parlementaire lui a reproché de ne pas avoir compris, en 1995, que Swissair allait subir de grosses difficultés financières, alors qu'un article (isolé) publié dans un journal suisse le laissait entendre. La lecture quotidienne de la presse suisse ne faisait pas partie de mes attributions, a répondu Dehaene.
Le commissaire insiste. La bête de scène mugit : Monsieur le Commissaire je n'ai rien d'autre à vous dire. Il relève de votre liberté d'écrire dans votre rapport que Jean-Luc Dehaene est responsable de la faillite de la Sabena parce qu'il n'a pas lu la presse suisse tous les matins.
L'imposant maïeur de Vilvorde ne s'est pas contenté de ces sveltes considérations. Il a également plaidé que Swissair présentait tous les traits du partenaire idéal pour la Sabena.
Il a aussi offert une réflexion sur le mode de gestion des entreprises publiques belges. Je plaide coupable du fait que nous avons sous-estimé la vitesse à laquelle l'Union européenne allait imposer la libéralisation. Nos entreprises ont tardé à se moderniser et nous n'avons eu d'autre choix que de les adosser à des partenaires étrangers. Il faut dire que la culture parastatale avait duré trop longtemps. Cette situation a contribué à la chute de la Sabena. Elle vaut encore pour la SNCB, qui dispose des meilleurs ingénieurs, mais dont la philosophie semble être : « Nous sommes un service public, soyez contents d'avoir des trains. »
Le taureau a parlé.·
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