A peine un expert policier pour traquer les sectes

GUTIERREZ,RICARDO

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Vendredi 24 mars 2006

Politique Le rapport parlementaire sur les sectes a été adopté à l'unanimité, jeudi

Le rapport du groupe de travail parlementaire sur les sectes sonne comme un terrible réquisitoire pour les autorités publiques... Près de dix ans après la publication des conclusions de la Commission d'enquête parlementaire sur les sectes, rares sont les recommandations de l'époque qui ont été traduites en actes. Seule avancée notable : l'activation de l'Observatoire des sectes (1), qui manque cependant de moyens pour jouer pleinement son rôle.

Après un an et demi de consultations tous azimuts, le groupe de travail parlementaire sur les sectes a adopté, à l'unanimité, jeudi, son rapport final... Le document dresse l'état des lieux du paysage sectaire et détaille une dizaine de propositions d'actions pour améliorer la lutte contre les organisations sectaires nuisibles. Autant de suggestions qui montrent, en creux, les lacunes de la société face aux gourous.

Certains constats sont particulièrement affligeants... Vice-président du groupe de travail, l'ex-ministre de la justice Tony Van Parys (CD&V) relève notamment qu'« à la police fédérale, le service terrorisme et sectes compte à peine un agent spécialisé dans les organisations sectaires... C'est beaucoup trop peu ! ».

Autre signe du manque d'intérêt manifeste de l'Etat, pointé par le député Van Parys : la « Cellule administrative de coordination de la lutte contre les organisations sectaires nuisibles », qui rassemble tous les acteurs publics concernés (parquet, police, Intérieur, Sûreté, Cultes, Justice...), n'a toujours pas de président effectif, depuis le départ de Serge Brammertz à la Cour pénale internationale de La Haye, en 2003 !

Les députés du groupe de travail réclament, en choeur, plus de moyens pour sensibiliser le corps de l'Etat au risque sectaire, pour intensifier l'attention policière et judiciaire, pour créer un observatoire européen des sectes, pour mieux encadrer les pratiques thérapeutiques suspectes... Autant de revendications qui restent à évaluer (combien d'hommes, quels montants ?).

Le rapport présenté jeudi par le député André Frédéric (PS) rappelle aussi la nécessité, déjà formulée en 1997, de consolider l'arsenal législatif face aux sectes... Comme nous l'indiquions mardi, la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx (PS), présentera au Conseil des ministres du 31 mars, un avant-projet de loi qui vise à réprimer « l'abus de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse des personnes ». En clair, des dispositions qui permettront de poursuivre pénalement les gourous qui abuseraient de la vulnérabilité de leurs adeptes.

« A cet égard, nuance le député David Lavaux (CDH), il est temps de casser l'image traditionnelle de la secte aux mains d'un gourou barbu entouré de fidèles en toge blanche... La réalité des sectes, aujourd'hui, c'est plutôt le battant en costume trois pièces qui développe son emprise par le biais de formations en entreprise, de coachings et autres pratiques de développement personnel ».

Les parlementaires n'ont pas établi de liste des organisations sectaires nuisibles. Seule la Scientologie a été nommément mise en cause par le député SP.A Dylan Casaer : « J'espère, maintenant que notre rapport est publié, que les scientologues arrêteront de nous harceler pour savoir ce que nous comptons écrire ! ».

Seul élément d'appréciation objectif sur l'activité récente des sectes en Belgique : les dernières statistiques de signalement à l'Observatoire des sectes (notre infographie). En 2005, ce sont les groupes dissidents chrétiens qui ont suscité le plus d'appels (plus de 18 % de l'ensemble) au Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles.

(1) Le « Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles » (CIAOSN), 139, rue Haute, 1000 Bruxelles, tél. 02.504.91.68, site www.ciaosn.be.