A quand la fin de la faim ?

KIESEL,VERONIQUE

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Lundi 10 juin 2002

A quand la fin de la faim ?

VÉRONIQUE KIESEL

La FAO organise un sommet pour lutter contre la faim. Tour d'horizon.

Où en est-on sur le front de la faim ? Au cours du XXe siècle, la production agricole a augmenté plus rapidement que la population mondiale, qui a plus que doublé. Il y a donc théoriquement de quoi nourrir tout le monde. Mais la misère et le non accès aux moyens de production privent plusieurs centaines de millions de personnes de leur droit le plus vital : celui de manger. Avec des conséquences dramatiques : en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, 156 millions d'enfants souffrent de carences en protéines et 177 millions d'un retard de croissance dû à la sous-alimentation. Après l'Ethiopie et le Soudan il y a quelques années, de nouvelles grandes famines ont commencé ces dernières semaines à frapper plusieurs pays d'Afrique australe ainsi que l'Angola. En Argentine même, cet ancien paradis de la classe moyenne touché de plein fouet par la crise, des enfants vont à l'école la faim au ventre, et certains sont contraints de manger des rats...

A quoi doit servir ce sommet ? Lors du premier Sommet mondial de l'alimentation, en 1996, les chefs d'Etat présents s'étaient fixé un objectif qui, à défaut d'être humainement spectaculaire, semblait au moins réaliste : ramener le nombre de personnes souffrant de malnutrition de 800 millions à 400 millions d'ici à 2015. Pour y arriver, il aurait fallu que le nombre des affamés diminue de 22 millions chaque année. Mais il n'a baissé que de 6 millions par an. La FAO entend donc remobiliser les grands de ce monde. Elle a notamment élaboré un « Programme mondial de lutte contre la faim » qui nécessiterait 24 milliards de dollars d'investissements publics supplémentaires dans les pays pauvres. Au menu de ce programme : amélioration de la productivité agricole dans les communes rurales les plus pauvres, amélioration des infrastructures rurales et de l'accès aux marchés et de la recherche, de l'apprentissage et de l'information, mise en valeur et conservation des ressources naturelles et accès des plus démunis à la nourriture.

Au-delà des aides au développement, les pays industrialisés ne doivent-ils pas modifier leur système de subventions ?

Forcés de respecter les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les pays en développement ont abaissé leurs tarifs douaniers. Parallèlement, les programmes d'ajustement structurel qui leur ont été imposés les ont empêchés de subsidier leur agriculture. Une pratique que poursuivent les pays industrialisés. Résultat : les marchés des pays du Tiers-Monde sont envahis de produits très peu chers car subventionnés par les pays industrialisés. Face à cette concurrence injuste, les productions locales, plus chères, ne se vendent pas, mettant en danger des pans entiers de l'agriculture nationale. Les pays industrialisés devraient donc ouvrir les marchés, éviter le dumping et garantir des prix équitables pour les produits agricoles du Sud.

Les pays industrialisés ne sont pas seuls responsables de la faim dans le monde. Quel type d'action les dirigeants des pays en développement devraient-ils entreprendre ? La plupart des pays en développement n'investissent pas assez dans les zones rurales ni dans l'agriculture. Résultat : un exode rural de plus en plus massif de paysans ruinés qui viennent grossir les bidonvilles urbains. La demande en nourriture des villes augmente, que les campagnes abandonnées ne peuvent satisfaire. De plus, de nombreux pays en développement ont abandonné la production de leurs aliments de base (riz, sorgho, mil, manioc,...) au profit de produits destinés à l'exportation. Mais les cours de ces produits ne cessent de chuter, et les pays sont contraints d'importer des produits de base. Selon le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, les pays en développement doivent allouer une part suffisante de leur budget à leurs paysans pauvres, mettre en oeuvre des politiques favorisant la production agricole, et notamment la maîtrise de l'eau, stimuler les investissements privés locaux et améliorer l'accès à la terre, aux intrants, aux connaissances, aux marchés et au crédit.·