Accalmie entre Serbes et Kosovars

MARTIN,PASCAL

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Samedi 11 septembre 2010

Nations unies

La diplomatie est un précieux paravent. Jeudi, l’Assemblée générale des Nations unies à New York a adopté une résolution sur le Kosovo appelant Belgrade et Pristina au « dialogue ». Précision importante : le texte est le résultat d’un travail commun entre l’Union européenne et la Serbie. Divisés jusqu’ici sur la question de l’indépendance du Kosovo, les Vingt-Sept se sont retrouvés autour de cette résolution. Que dit-elle ? Le texte « se félicite de la disponibilité de l’Union européenne pour faciliter un processus de dialogue » entre la Serbie et le Kosovo. « Ce dialogue est un facteur de paix, de sécurité et de stabilité dans la région », lit-on encore. L’objectif est d’aboutir à « la réalisation de progrès sur le chemin de l’Union européenne » et à l’amélioration de la vie des populations.

Fin juillet, les Serbes avaient annoncé leur intention de concocter ce projet de résolution. Ils disaient vouloir dégager une « solution de compromis » sur le Kosovo, leur ex-province, tout en répliquant à l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ). Celle-ci avait estimé le 22 juillet que la déclaration d’indépendance du Kosovo vis-à-vis de la Serbie n’était pas contraire au droit international. Les Européens, cornaqués par la présidence belge, avaient aussitôt proposé leurs bons offices – l’opération ayant pour avantage de prendre en compte l’avis des cinq Etats membres toujours opposés à l’indépendance du Kosovo tout en œuvrant à la réduction de l’instabilité aux frontières de l’UE.

Un petit incident juste avant le vote

Vendredi, plusieurs ministres européens des Affaires étrangères réunis au Palais d’Egmont à Bruxelles se sont donc logiquement félicités de l’adoption du texte. Une phrase voulue par Belgrade et stipulant que « toute sécession unilatérale ne peut être une manière acceptable de résoudre les questions territoriales » a en outre été supprimée. La crainte était que ces mots ne conduisent à de nouvelles négociations sur le statut du Kosovo.

Mais même expurgée de l’élément litigieux, la résolution ne signifie pas que Serbes et Kosovars sont désormais les meilleurs amis du monde. L’incident qui a précédé le vote à l’ONU est révélateur à cet égard : l’assemblée s’est réunie avec deux heures de retard car au moment où la réunion devait débuter, les représentants serbes s’étaient offusqués de la présence dans le public de dirigeants du Kosovo, dont le président kosovar Fatmir Sejdiu.

Si dans les chancelleries la résolution peut être comprise comme un encouragement aux perspectives européennes de la Serbie, sur le terrain le ton n’a pas changé. Pristina a jugé la « bataille gagnée ». Belgrade a répété que ce texte ne signifiait en rien la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo. Et Milan Ivanovic, l’un des leaders de la minorité serbe du Kosovo, en a appelé à Moscou. « Les Russes savent prendre soin de leurs citoyens », a-t-il raillé.