Actualités des Arts

CASO,PAUL

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Samedi 9 décembre 1989

Actualités des Arts: Sébastien sous les flèches

En attendant les salons d'ensemble de fin d'année où l'on trouvera sans doute le cadeau idéal, il nous faut dire un mot de l'important hommage rendu à Armand Rassenfosse (1862-1934), l'ami de Rops, qui eut une prédilection pour la femme et... la peinture à la cire. Ce maître, un moment en veilleuse, réapparaît en force à la galerie J. Bastien (rue de la Madeleine, 61) dans toute l'étendue de ses dons: distinction, raffinement, esprit d'époque, bref une inoubliable présence qui justifie pleinement l'admiration dont on entoure aujourd'hui ses oeuvres.

A deux pas de cette exposition du souvenir, l'artiste français Denyse Franck expose à la galerie Horizons (également rue de la Madeleine) une suite de tableaux inspirés en particulier par le carnaval de Venise, vieux thème d'exaltation qui n'a cessé de stimuler l'inspiration des peintres européens. Ce n'est pas seulement l'aspect anecdotique qui retient, mais la philosophie épicurienne de la fête et le symbole du masque qui permet de tout faire sous le couvert d'un visage anonyme.

Denyse Franck est, comme il convient, lyrique, mais elle maîtrise la surface de la composition, l'ordonne selon sa logique, et y fait jaillir des rythmes et des tons chaleureux. Ajoutons que le peintre a fait l'objet d'une cordiale biographie de Stéphane Rey, réalisée par «Les Editeurs d'art associés» et préfacée par Pierre Assouline qui célèbre «une artiste qui a l'oeil pictural comme d'autres l'oreille musicale».

Au Centre Rops (rue Brialmont, 9), saint Sébastien tient la vedette. Une quarantaine d'artistes nous font voir leur Sébastien qui n'était pas un militaire comme les autres. Il consola les victimes de la persécution, en leur promettant la vie éternelle. Il énerva surtout l'empereur Dioclétien qui livra le pieux officier à ses propres archers.

Et voici Sébastien transformé en pelote d'épingles. De Memling à Delacroix, les peintres s'en émurent. Recueilli criblé de flèches et bâtonné à mort, le pauvre garçon fut enseveli au lieu dit «At cata cumbas». Nul doute que le courageux officier n'était pas sans ambiguïté, et que sa beauté, comme celle de Narcisse, bénéficia du culte des deux sexes.

Mais, au Centre Rops, il y a tous les Sébastien que l'on peut imaginer, même le saint. Il y est mis à toutes les sauces. Celui de la foi rédemptrice n'est pas nécessairement le plus tragique. Prisonnier de ses flèches, le bel officier n'en finit pas, aux cimaises, de mourir de solitude...

PAUL CASO.