Aernoudt et Deprez lavent leur linge sale en public

VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE

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Mercredi 25 février 2009

La politique n’est pas un univers tendre. La nonarrivée de LiDé au sein du MR à peine actée, deux acteurs du psychodrame, le président du MCC Gérard Deprez et le leader de LiDé Rudy Aernoudt, qui l’aurait éjecté de la 3e place sur la liste européenne, lavent déjà leur linge sale en public.

Version Aernoudt. La colère de Gérard Deprez est feinte, assène-t-il. Celui-ci lui aurait en effet assuré de son soutien « à 100 % ». Mieux : il aurait proposé au leader de LiDé une place… au MCC.

Version Deprez. Il a rencontré Rudy Aernoudt à deux reprises « pour échanger des idées ». Sans plus. Précision : il savait depuis… décembre qu’il ne serait que suppléant sur la liste européenne.

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Aernoudt avait sa place depuis décembre

Politique Le patron de LiDé règle ses comptes avec Deprez

La tempête Aernoudt sur le MR est retombée. Le fondateur de LiDé va former ses propres listes aux élections régionales, une francophone et une néerlandophone à Bruxelles. Mais quelques bourrasques continuent à secouer le monde libéral. Rudy Aernoudt règle ses comptes dans les médias. Il dénonce le chantage du FDF mais s’en prend aussi au président du MCC, Gérard Deprez, qu’il accuse de duplicité. Aernoudt affirme que Deprez lui aurait assuré son soutien « à 100 % ». Mieux encore : le président du MCC l’aurait invité à rejoindre sa formation !

Contacté, Gérard Deprez s’étrangle d’indignation. Il a bien rencontré Aernoudt à deux reprises en décembre et le 6 février. Aernoudt a aussi participé à une assemblée du MCC « dans le but d’échanger des idées ». Mais pas question pour autant de l’intégrer au Mouvement. La première rencontre était plutôt exploratoire : « Je voulais savoir ce qui se passait entre lui et le MR », explique Gérard Deprez.

Marc Van Campenhoudt, l’ancien président du CA de la RTBF, qui se définit comme « membre du Conseil du MR qui ne fonctionne pas » (sic), a été témoin de ces deux rencontres. Il confirme les propos de Gérard Deprez : « On a parlé des différentes options possibles pour Rudy Aernoudt. C’est lui qui a dit : “Si on faisait un bout de chemin ensemble ?” Gérard Deprez est resté évasif. Aernoudt assurait que seul le combat d’idées l’intéressait mais il est clair aujourd’hui qu’il voulait surtout un mandat. »

Les conditions de désignation d’Aernoudt au sein du parti témoignent aussi de l’ampleur de la mésentente entre le président du MR Didier Reynders et son vice-président MCC. Depuis le mois de décembre déjà, Gérard Deprez savait qu’il n’aurait pas la troisième place sur la liste européenne du MR mais la première suppléance. Mais il ne l’a pas appris par Reynders ! Cela dit, ajoute Marc Van Campenhoudt, « ce n’était pas une catastrophe pour Gérard Deprez ». L’éligibilité de la troisième place sur la liste n’est pas totalement assurée si Ecolo devait faire les bons résultats escomptés.

Ce n’est donc pas le fait de se retrouver premier suppléant qui a choqué Gérard Deprez. C’est plutôt la manière dont tout cela s’est décidé. « Reynders a agi tout seul, sans concertation. La désignation d’Aernoudt était anti-statutaire. Le président du MR oublie qu’il y a un bureau pour prendre ce genre de décision », accuse Marc Van Campenhoudt.

« Reynders décide tout seul »

Tant au FDF qu’au MCC, d’autres partagent le constat d’un manque de débat et de démocratie au sein du parti : « Le Conseil du parti s’est réuni cinq fois depuis les élections législatives de 2007. » Et l’ampleur des réactions au cas Aernoudt est symptomatique de ce malaise.

Dans les prochains jours, le MR devrait présenter enfin sa liste pour les élections européennes. Gérard Deprez y figurera-t-il ? « Je ne sais pas. Je réfléchis encore », dit-il. Officiellement, le communiqué annonçant son retrait est toujours valide. Les prévisions météo pour le MR restent incertaines.