Affaire de foulards : il est urgent de dialoguer

n.c.

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Vendredi 26 août 2005

carte blanche

Le Collectif d'associations opposées à l'interdiction du port du foulard à l'école - Coife, lance un appel au dialogue entre toutes les parties concernées suite à la décision des directions des Athénées de Gilly et Vauban (Charleroi) de modifier leur règlement d'ordre intérieur en vue d'interdire le port du foulard islamique dès la rentrée scolaire.

La justice, qui avait été saisie en référé par un comité de parents, vient de se dessaisir de l'affaire au prétexte qu'il n'y aurait pas d'« urgence ». En effet, la ministre-présidente de la Communauté française, Marie Arena, a effectivement encore 48 heures pour statuer sur le nouveau règlement que lui a soumis l'Athénée de Gilly !... (Celui de Vauban ne lui serait jamais parvenu.) Pour la juge, ces règlements seraient donc à ce jour virtuellement inexistants... On se demande pourquoi la juge n'a dès lors pas attendu quelques jours de plus pour rendre son ordonnance. D'autant qu'entre-temps, des parents ont fait constater par huissier que les deux directions d'école refusent de réinscrire leurs filles si celles-ci ne signent pas le « futur » nouveau règlement. De toute évidence, le but est de ne pas devoir traiter le fond de l'affaire, tel que le demandait l'avocat des jeunes filles : un règlement d'ordre intérieur d'une école peut-il restreindre une liberté individuelle fondamentale, le droit à exprimer son appartenance religieuse ou philosophique ?

En l'absence d'incident suffisant pour le justifier, il est probable que la justice doive donner raison aux jeunes musulmanes. Mais lors des plaidoiries l'avocat de la Communauté française avait ouvertement mis la pression sur la juge en lui signifiant les conséquences que pourrait avoir son jugement sur la plupart des règlements des écoles du pays. Car nous savons que les décisions d'interdire le port du foulard dans nos écoles sont rarement motivées par un besoin réel de maintien de l'ordre, ou de la morale, ou pour protéger les libertés d'autrui (quels incidents pourraient raisonnablement le justifier ?). Il s'agit plutôt de réactions contre une différence culturelle et religieuse, que l'on juge arbitrairement envahissante. Par ces restrictions, les directions d'écoles font preuve d'une absence de dialogue et d'ouverture envers leur public scolaire, parfois dans le but inavouable de limiter l'accès de leurs établissements à certaines populations... En l'absence de toute concertation, on pourrait difficilement défendre l'idée que ces mesures visent un quelconque projet à vertu pédagogique à l'égard des jeunes musulmanes, tant que le seul message qui transparaît est celui de l'exclusion !

Dès lors que des directions d'écoles abandonnent la voie du dialogue avec les parents et les élèves de leur établissement, il est de la responsabilité du pouvoir organisateur, en l'occurrence ici la Communauté française, d'agir... de toute urgence ! Il reste moins de deux jours à la ministre Marie Arena pour se prononcer sur ces règlements litigieux. Espérons que nous n'assisterons pas une fois encore à une politique d'échappatoire et de rupture. Il faut au contraire aider ces familles et leurs écoles à rétablir des relations de confiance et de respect mutuel. Sans cela, ces établissements scolaires ne pourront plus remplir leur mission éducative qui consiste à assurer à tous et à toutes le droit à l'instruction et à l'éducation, à favoriser la rencontre et l'ouverture à l'autre, la discussion, l'esprit critique et le doute, en même temps que le droit de choisir sa vie, en pleine connaissance de cause.

Dans les couloirs du palais de justice de Charleroi hier matin, la mère d'une jeune fille de l'Athénée de Gilly refusait la solution qui consisterait à créer des écoles musulmanes pour répondre à cette politique d'exclusion : « je ne veux pas d'école musulmane, je veux une école mosaïque pour ma fille où chacun rencontre l'autre, musulman, juif ou autre ».

Soutiendrons-nous ce voeu ?

Le Coife est une plate-forme réunissant une cinquantaine d'associations de citoyens de diverses tendances philosophiques et confessionnelles : Al Marifa, Bled de Kur'ghem, Bouillon de cultures, CBAI (Centre Bruxellois d'action interculturelle), Centre Avec, Cercle des étudiants arabo-européens de l'U.L.B., CGé (ChanGements pour l'égalité), Cirap (Centre d'information, recherches et archives des politiques belges), Cire (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), CNAPD (Coordination nationale d'action pour la paix et la démocratie), Collectif de sensibilisation à la citoyenneté, Collectif solidarité contre l'exclusion, Comité de concertation, Commission des femmes maghrébines du conseil des femmes francophones de Belgique, Cracpe (Collectif de résistance aux centres pour étrangers), De Dans « Ruh » Gent VZW, Démocratie plus, Ecole sans racisme, Espérances des peuples, Fédération des mosquées, Fondation Leon Lesoil, Gaffi ASBL, High spirit ASBL, Inana ASBL, Le Figuier, Les Femmes de l'ombre, Les Femmes pour la paix, Les films de Nour, Marche à suivre, Media femmes internationales, Médiane femmes musulmanes de Belgique, Médiation scolaire musulmane, Mrax (Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie), Pièces à conviction, Point d'appui, Rafiki club ASBL, Saïda ASBL, Service social de solidarité socialiste, Socialisme sans

frontières, Stics ASBL, Splendeurs du monde, Une Maison en plus, Union des femmes libres pour l'égalité des droits, Union des femmes musulmanes de Belgique, UPJB (Union des progressistes juifs de Belgique), Vie féminine, VOK.(http://www.mrax.be - http://www.liberte-foulard.be)

Le Coife

Collectif d'associations opposées

à l'interdiction du port du foulard à l'école