Alcool et sexe, les excès de Jacques Mercier

CAUWE,LUCIE

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Vendredi 28 mai 2010

C’est un homme qui ne dit jamais son âge qui se confesse tout au long du nouveau roman de Jacques Mercier, « Monsieur Dictionnaire » sur les ondes de nos radio et télévision. Des Excès, titre du livre, ce mari, ou ancien mari, ou nouveau mari, en a commis. Des centaines, des milliers. Dus à son addiction à l’alcool et aux femmes.

Ayant aujourd’hui rencontré le grand amour, le narrateur anonyme tente une grande opération de nettoyage de lui-même. Aventures, soûleries, tricheries, mensonges et, entre tout cela, un mariage et des enfants, il raconte tout. Un passé peu glorieux mais inchangeable qui pousse la porte du présent, qui est rappelé, pris en compte, considéré et souvent « justifié ». Qui est partagé aussi avec le lecteur, interpellé d’un « tu » régulier.

Auteur d’une quarantaine d’ouvrages (art de vivre, patrimoine, langue française, livres de fiction et poésie), l’ex-animateur RTBF propose ici un cheminement vers le bonheur passé par les excès. Difficile de ne pas penser qu’il n’y a pas d’éléments autobiographiques dans ces pages néanmoins jamais voyeuses.

D’autant que le roman est composé de deux types de chapitres en alternance. D’abord, des prises de conscience, des réflexions, sur un aspect ou un autre de la vie écoulée, depuis l’enfance ; des interrogations et des propositions d’explications. Ensuite, des souvenirs de scènes vécues, banales, impressionnantes, sinistres comme des scènes de ménage ou cocasses comme le cadeau d’un slip, qui arrivent indépendamment de la chronologie, mais toujours en lien avec le texte qui précède ou qui suit. La théorie et l’exemple en quelque sorte.

L’examen balaie l’éducation stricte et silencieuse qui rend les choses tues ou cachées d’autant plus attirantes, l’alcool pour enlever la timidité et parce que c’est dans la culture, l’appétit insatiable, la boulimie en fait, l’assuétude, aux femmes, à toutes les femmes, y compris celles qui exercent le plus vieux métier du monde et les amies de l’épouse : séances à l’hôtel, dans une voiture ou dans l’appartement loué par un autre. « Des amours passagères et approximatives » mais qui sont dédouanées (j’étais gentil avec elle, je l’aimais vraiment, j’ai eu honte, j’ai avoué, j’ai pris la résolution de, etc.). Ce qui retire beaucoup de force à la confession et également au roman.

Ce dernier se termine en rose, quand surgit le coup de foudre rendant sa place à l’amour. « Les anges ont balisé ma route jusqu’à la femme de ma vie », écrit Jacques Mercier. Une belle déclaration d’amour mais fallait-il en faire un roman ?