ALORS QUE SYNDICATS ET DIRECTIONS DENONCENT SANCTIONS "AVEUGLES"...,PERLEE, TOURNANTE OU TOTALE, LA GREVE, TOUJOURS LA GREVE

BOUILLON,PIERRE; DEWEZ,ALAIN

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Vendredi 1er mars 1996

Alors que syndicats et directions dénoncent les sanctions «aveugles» à l'endroit des enseignants

Perlée, tournante ou totale, la grève, toujours la grève

Au lendemain de l'imposante manifestation tri-communautaire, le train-train a repris ses droits du côté francophone.

Beaucoup d'écoles ont poursuivi la grève, jeudi, honorant ainsi la consigne du front commun qui a appelé à «poursuivre les actions syndicales en cours jusqu'au 8 mars au moins».

Dans un certain nombre d'écoles secondaires, ces actions (dont les modalités sont laissées à la créativité locale) consisteront en une grève tournante (1/4 des enseignants en grève, les autres donnant cours, par exemple).

Rappelons que le front commun a aussi décrété une grève générale pour le 5 mars. Et qu'il se réunira le 6 pour programmer de nouvelles actions si l'encéphalogramme politique est toujours à l'horizontale.

C'est toujours le cas pour l'heure. Et on ne prédit aucun soubresaut à court terme. Ni politique. Ni syndical. On sait que la CEMNL (CSC-secondaire) médite des contre-propositions au plan Onkelinx. Mais cela prendra du temps. On parle d'une semaine au moins. Dans la meilleure hypothèse. Car le syndicat aimerait d'abord vérifier si la ministre est effectivement prête à rediscuter son plan. Dire que le syndicat n'en est pas complètement persuadé permettrait de concourir sans gloire à la foire annuelle aux euphémismes.

Dès lors, les pronostics galopent dans les salles des profs comme dans certains syndicats, pour faire état de perturbations jusqu'à Pâques.

On serait donc bel et bien engagé dans une guerre d'usure.

C'est dire toute l'importance du débat de l'heure sur les ponctions salariales opérées par le cabinet Onkelinx sur la solde de 3.000 enseignants, pour faits de grève au début février.

Ponctions que les vérificateurs de la ministre ont décrétées de façon manifestement aveugle («Le Soir» de jeudi), puisqu'elles touchent, outre de véritables grévistes, des agents en congé de maladie, en voyage scolaire, en mission à l'étranger ou - le bêtisier n'est pas clos - des professeurs dont l'horaire ne justifiait pas la présence à l'école le jour de la vérification.

Depuis mercredi, c'est-à-dire depuis que les enseignants visés ont été officiellement avertis des pénalités (pouvant grimper jusqu'à 20 % du salaire), les exemples s'empilent pour démontrer que les vérificateurs d'Onkelinx ont fait preuve de ce que certains profs appellent désormais les « discriminations... répressives».

Parmi d'autres absurdités, l'athénée de Virton signale que tous ses enseignants (dont certains ont travaillé) vont faire le sacrifice de trois jours de traitement (les 13, 14 et 15 février) alors que le vérificateur, disent-ils, ne se serait présenté... qu'une fois, le 15 février.

L'athénée Ch. Janssens, à Ixelles, indique que des profs, dont l'horaire ne justifiait la présence que l'après-midi, sont dans la cible parce que le vérificateur s'est présenté... le matin.

Ce vendredi, à Namur, et afin de chercher une parade, Ch. De Coninck, président de la Feadi (directions du secondaire libre) réunit les directeurs des 22 écoles victimes du coup de sonde vérificateur du début février.

Le front commun, lui, s'indigne. Qu'on ne reçoive pas son salaire quand on est en grève, c'est la règle. Que le pouvoir patronal auquel on s'oppose tente de casser le mouvement, c'est une pratique permanente. Mais que l'intimidation grossière soit la pratique, ce n'est pas plus admissible que la fraude. La punition collective consistant à retirer la rémunération à tout le personnel d'un établissement parce qu'il n'a pas fonctionné du fait de l'absence des élèves est manifestement abusive sur le plan juridique.

Au surplus, Willem Miller, le président de la CEMNL juge que Laurette Onkelinx est mal placée pour donner des leçons d'«éthique syndicale», alors que la ministre, en juillet, «grillait complètement la concertation syndicale en faisant porter le chapeau de ses décrets de rationalisation (NDLR : la fusion des écoles secondaires sous-peuplées, notamment) par les parlementaires» (NDLR : Jean-Marie Léonard et André Antoine).

Si le front commun refuse de protéger les «faux grévistes» (profs qui sont présents dans l'école qu'ils ont contribué à vider de ses élèves, espérant ainsi échapper aux retenues), c'est contre l'avis d'enseignants jugeant que la grève traditionnelle condamne le mouvement à court terme. Et plaidant, à l'instar de ces enseignants de Waremme, pour cette forme de «grève rénovée», permettant, disent-ils, d'impliquer toute la communauté éducative, dans la mesure où parents et étudiants pouvent décider de soutenir ou non les enseignants en ne se présentant pas à l'école.

SUPÉRIEUR : LA CGSP S'INQUIÈTE

Camille Dieu (CGSP) a questionné le ministre Jean-Pierre Grafé sur ses intentions en matière de financement des futures Hautes écoles. On sait que le décret de juillet 95 indique que les établissements pluritypes (associant types court et long) recevront, en septembre 96, un «incitant» sous la forme d'un encadrement préférentiel (en fait, on leur garantirait celui qui était à leur diposition en septembre 95).

On sait encore que J.-P. Grafé a finalement décidé de traiter les monotypes et les pluritypes de façon égale. Ce dont la CGSP a déjà déduit que, au lieu d'accorder les « incitants» à tous, on n'en accorderait à personne.

Impression que le syndicat juge confirmée depuis un nouveau courrier du ministre à la CGSP.

Où il indique que cette question sera «finalement résolue» par le décret (en chantier) devant organiser le financement des Hautes écoles. Pour C. Dieu, le ministre indique implicitement que le principe des incitants, prévu dans le décret de juillet, peut être remis en question. Faisant un lien avec le fait que Grafé s'est engagé, au budget 1996, à réaliser 500 millions d'économies dans l'enseignement supérieur, elle conclut que 500 emplois prennent le chemin de l'échafaud, dans le sillage des 1.000 postes perdus par le blocage de l'encadrement décrété, lui aussi, en juillet.

PIERRE BOUILLON