Anderlecht - Bilan et perspectives en compagnie de Herman Van Holsbeeck, le manager général du club « Un gros coup est possible au Sporting »

BERTI,CHRISTOPHE

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Samedi 8 janvier 2005

Anderlecht - Bilan et perspectives en compagnie de Herman Van Holsbeeck, le manager général du club

« Un gros coup est possible au Sporting »

* Manager au Sporting depuis un an, Herman Van Holsbeeck fait le point. * D'Aruna à Kompany en passant par Peersman, il évoque tous les dossiers chauds.

ENTRETIEN

CHRISTOPHE BERTI,

envoyé spécial

à La Cala de Mijas (Espagne)

Confortablement installé dans un salon de l'hôtel Golf Resort, qui accueille son équipe depuis le début de semaine dans le sud de l'Espagne, Herman Van Holsbeeck arbore un sourire timide, mais sincère. Le dirigeant d'Anderlecht, après des vacances mouvementées en Thaïlande, a repris le collier avec une seule envie : faire oublier une année 2004 en demi-teinte pour son club.

Il y a un an, vous deveniez manager général d'Anderlecht et vous déclariez : le Sporting doit retrouver son football champagne. En 2004, on a vu très peu de bulles...

C'est malheureusement vrai : une bonne mi-temps contre Benfica, une autre face à Bruges, un match contre le Lierse, un quart d'heure face à Genk. C'est trop peu pour Anderlecht, on en est tout conscient. Et on sait tous qu'on peut beaucoup mieux avec le même effectif.

En 2004, Anderlecht ne s'est-il tout simplement pas endormi sur ses succès précédents ?

Non, on a poursuivi la politique qu'on a fixée, mais on a commis quelques erreurs, notamment en faisant une confiance aveugle aux jeunes alors qu'ils avaient peut-être besoin de souffler. Sur le terrain, ce qui nous a le plus manqué, c'est l'équilibre, au niveau défensif surtout, avec la blessure de Tihinen. Nous avons cru sincèrement qu'on pouvait pallier son absence sans transférer et on a vu le résultat en Ligue des champions. Ce fut une erreur que la direction assume. C'est aussi pour cela que nous sommes toujours restés unis derrière Broos, même dans les moments difficiles, car les responsabilités étaient partagées. Il aurait été trop facile de lui faire porter, seul, le chapeau.

De temps en temps, dans la presse, on lit des critiques acerbes à votre égard, en provenance de vos anciens clubs : le Brussels et le Lierse. Et vous ne réagissez pas. Pourquoi ?

Parce que je préfère éviter la polémique vaine et je réponds par le silence et le travail. Je peux regarder tout le monde en face, même Johan Vermeersch. La seule personne envers laquelle j'ai une dette, c'est Guy Vandersmissen. Je ne suis pas fier de la manière dont je l'ai limogé au RWDM, à l'époque. Je me suis laissé influencer et je n'ai pas été correct avec lui. Je le regrette.

En fin de saison, on peut imaginer qu'Aruna, Kompany et Wilhelmsson, au moins, seront sur le marché, alors que d'autres arrivent en fin de carrière. Le Sporting devra-t-il faire une révolution dans son effectif ?

Non, ce n'est pas notre intention. Aruna partira probablement, mais Wilhelmsson et Kompany seront encore sous contrat et on ne se séparera pas des trois joueurs en même temps. On espère garder Kompany un an de plus. Si Chelsea ou le Milan AC mettent un gros paquet sur la table, on discutera, mais la force d'Anderlecht, c'est qu'il n'est pas vendeur, avec le couteau sur la gorge : nous sommes capables de refuser une offre de 13 millions d'euros pour Vincent Kompany.

Cependant, quand on regarde les transferts depuis votre arrivée à Anderlecht, on constate qu'en un an, le Sporting a acheté Mpenza, Ehret et Grégoire, mais il a laissé partir Ilic, Mornar, Doll, Hendrikx et Seol. Anderlecht n'a plus d'argent ?

Ne croyez pas cela ! Si Anderlecht veut réussir un gros coup en sortant le paquet, il en est capable ! Mais le temps où on achetait sans compter est fini. On vient de prendre Grégoire parce que c'était une nécessité sur le flanc gauche, mais on préfère garder notre argent parce qu'on a confiance en notre noyau et on se dit qu'en juin, on aura les moyens d'acheter un gardien de but, par exemple.

L'année 2004 n'a pas été un grand cru pour le football belge. Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

Le football belge touche le fond, tout simplement. Et il est urgent de le réformer. Optimiste de nature, j'ai la faiblesse de croire que nous faisons du bon travail dans la commission formée autour de Michel Preud'homme, avec des dirigeants pondérés et intelligents comme Ariel Jacobs, Roland Louf, etc. L'heure n'est plus aux querelles intestines car c'est notre avenir à tous qui est en jeu. Les gens de ma génération doivent apporter un vent nouveau dans le milieu.

Pär Zetterberg veut encore jouer la saison prochaine. Vous le préférez sur le terrain ou à côté de vous dans les bureaux ?

Pär a une option et tant qu'il peut apporter quelque chose à l'équipe, il jouera. Mais j'ai hâte de le voir venir dans le staff, c'est vrai. Il nous manque un relais entre la direction et l'équipe. Pär doit devenir notre Marc Degryse.

La rumeur prête à Roger Vanden Stock un destin à la tête de la fédération. Pensez-vous que votre président va partir ?

Je ne peux pas répondre à sa place. Je crois que le football belge aurait tout à gagner à suivre un homme trop souvent sous-estimé alors qu'il a des idées, de l'expérience et de la personnalité et qu'il apporterait des solutions à nos problèmes. Je regrette d'ailleurs qu'à la Ligue pro, on ne l'ait pas écouté plus tôt. Mais je dis que Roger Vanden Stock doit encore rester quinze ans à la tête d'Anderlecht car c'est pour moi le président idéal, qui partage ma vision des choses et qui travaille dans le bon sens pour son club.

Quels sont vos projets pour 2005 ?

D'abord, au niveau de la structure du club, on va déménager le ticketing pour l'installer dans l'ancien fan-shop ; on va installer un local pour les joueurs, des bureaux supplémentaires et poursuivre la professionnalisation de notre cellule de communication, où le bât blesse... Mais ensuite et surtout, 2005 doit être l'année de Neerpede. C'est un projet vital pour l'avenir du club, et je pèse mes mots. Anderlecht doit réussir là où Auxerre et l'Ajax ont réussi : le projet coûte 12,5 millions d'euros, c'est la moitié de notre budget !·