Le lac Vostok a été atteint

DU BRULLE,CHRISTIAN

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Mardi 7 février 2012

Antarctique Dimanche, le forage russe a entièrement traversé la glace

C’est une « fuite » comme on dit dans le jargon journalistique.

Hier, une source scientifique a indiqué à l’agence de presse russe Ria Novosti que les chercheurs en poste en Antarctique avait percé les derniers mètres de glace qui séparaient les eaux du lac Vostok du reste de la planète.

Une information explosive… qui n’a toutefois pas été confirmée officiellement par l’AARI, l’Institut de recherche arctique et antarctique russe basée à Saint-Pétersbourg. « Aujourd’hui, nous ne pouvons rien confirmer ni infirmer, nous expliquait le bureau des relations extérieures de l’AARI. Ce type de nouvelle doit être communiqué par Moscou. »

Le lac Vostok, le plus vaste actuellement identifié en Antarctique, se dissimule sous une couche glacée épaisse de quasi quatre kilomètres. Il est long de 250 kilomètres et large de 50 environ.

Depuis 1989, un carottage paléoclimatique avait démarré à la station Vostok (un mot qui signifie « Est » en russe). Le site avait été choisi car c’est là, dans l’Est de l’Antarctique, que la calotte polaire est des plus épaisses.

Par conséquent, c’est là-bas aussi qu’un forage climatique a le plus de chance de remonter loin dans le temps. A l’époque toutefois, l’existence du lac n’était pas encore connue.

Le projet a subi au fil des ans quelques contrecoups politico-économico-scientifiques. Bon an mal an, le forage a cependant repris. La percée annoncée lundi aurait même déjà pu intervenir en 1998. Les chercheurs n’étant plus qu’à une centaine de mètres de l’eau. Mais la technique utilisée posait problème. La communauté internationale estimant que la technique utilisée pouvait polluer le lac sous-glaciaire.

Formes de vie inconnues

Cette saison australe (en Antarctique), les chercheurs russes ont donc mis le turbo et changé de méthode de forage (voir ci-contre).

L’enjeu est de taille. Arriver jusqu’à ce lac, coupé du reste de la planète depuis des millions d’années, laisse entrevoir la découverte de formes de vie inconnues.

Cela permettrait aussi de mieux cerner ce qui se passe sur d’autres planètes, comme les lunes gelées de Jupiter par exemple et donc, mieux comprendre l’histoire du système solaire.

Il ne reste plus qu’à attendre l’annonce officielle et… le retour des premiers échantillons !

« Mieux vaut creuser dans les sédiments »

Le Professeur Frank Pattyn est glaciologue et codirecteur du laboratoire de glaciologie de l’ULB.

Ce forage ne va-t-il pas polluer le lac Vostok ?

Nous n’avons pas encore beaucoup de détails sur le percement à Vostok. Le programme russe au forage Vostok était de changer de méthode de forage dans les derniers mètres de glace avant d’arriver au lac. Pour l’essentiel du forage, un liquide à base de fioul était utilisé. Ceci était nécessaire pour maintenir le trou de forage ouvert. Si on avait simplement creusé à l’eau chaude, le puits se serait vite refermé. Pour la fin de forage, il était question de faire fondre la glace et de faire descendre un engin jusqu’à l’eau. Le lac étant sous pression, de l’eau serait alors remontée dans le puits sur une certaine hauteur pour ensuite se solidifier. Le projet étant d’extraire, l’an prochain, une carotte de cette glace « fraîche » venue du lac.

Que risque-t-on de trouver dans cette eau de regel, au bas du puits de forage ?

A mon sens, pas grand-chose. La glace située à la base de la calotte glaciaire est essentiellement constituée d’eau d’accrétion, c’est-à-dire d’une eau provenant de la surface du lac. Dans le cas présent, l’eau qui va s’infiltrer dans le puits de forage provient aussi de la surface de Vostok. On va y découvrir sans doute la même chose que ce qui a déjà été vu (des micro-organismes), mais probablement avec une plus grande densité.

A quelles difficultés s’expose-t-on ?

Le principal problème avec les échantillons destinés aux études microbiologiques, c’est la contamination. La contamination par les liquides de forage, lors de la manipulation, lors des transferts vers les laboratoires et enfin du degré de propreté de ces mêmes laboratoires. Un test mené sur un même échantillon dont une moitié a été confiée à un laboratoire américain et l’autre moitié à un laboratoire russe n’a pas donné les mêmes résultats.

Où faut-il dès lors concentrer les recherches ?

Dans les sédiments ! Ne restons pas à la surface des lacs sous-glaciaires mais allons voir dans le fond, dans les sédiments accumulés depuis des millions d’années. Les études paléoclimatiques réalisées dans les carottes de glace en Antarctique ont déjà permis de reconstruire l’histoire du climat terrestre sur 800.000 ans. En allant voir dans les sédiments, on peut remonter nettement plus loin et imaginer remonter le temps sur des dizaines de millions d’années. Les lacs en Antarctique sont recouverts de glace depuis 35 millions d’années. Les sédiments qui s’y trouvent sont restés intacts depuis lors. C’est une opportunité exceptionnelle.