Un été austral des plus fructueux

DU BRULLE,CHRISTIAN

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Vendredi 25 février 2011

Antarctique La station Princess Elisabeth se prépare à hiberner

Ils viennent de rentrer au pays, ils ont le sourire et des tas de souvenirs à raconter. Les chercheurs belges qui ont été travailler ces dernières semaines en Antarctique, du côté de la station Princess Elisabeth, sont ravis.

« La base belge est en phase de fermeture pour l’hiver », indique Maaike Van Cauwenberghe, coordonnatrice des programmes scientifiques polaires à la Politique scientifique fédérale. Tandis que les équipes techniques ferment là-bas la boutique, à Bruxelles, les scientifiques fraîchement rentrés tirent un premier bilan de cette « saison blanche ».

« Une bonne saison, commente Frank Pattyn, glaciologue à l’ULB. Nous avons pu réaliser toute une série de mesures sur la banquise, la glace flottante Roi Baudouin (Ice Shelf) qui jouxte le continent, à 200 km de la nouvelle base belge. Au radar, par carottages dans la glace ou encore en mesurant la température et la salinité locales, nous essayons de comprendre comment s’écoule la glace continentale dans l’océan, à quelle vitesse et en réponse à quels phénomènes géophysiques. Le phénomène qui nous intéresse est lié à la température de l’eau océanique, mais aussi à l’eau de fonte de la glace elle-même qui regèle par endroits. »

Cette équipe bruxelloise n’était pas la seule à être allée sur le terrain.

Vinciane Debaille (ULB) et Steven Goderis (VUB) ont pour leur part bivouaqué quelques semaines en compagnie de chercheurs japonais à proximité du champ de glace bleue Nansen. Situé au sud des montagnes de Sor Rondane, le site est excellent pour ramasser… des météorites, paraît-il.

« Ces reliques du système solaire primitif nous renseignent sur la formation et l’évolution des planètes, dont la Terre », explique Steven Goderis.

« Les météorites tombent de manière égale sur Terre, précise Vinciane Debaille. Deux tiers d’entre elles tombent dans les océans. Le reste atterrit sur les continents. Les conditions qui règnent en Antarctique sont idéales pour les récolter : des cailloux noirs sur la glace blanche, cela se repère facilement. En outre, la température et l’extrême sécheresse qui prévalent là-bas assurent leur préservation », indique-t-elle encore. Et cette année, la pêche a été bonne. L’équipe a pu mettre la main sur 218 météorites dont certaines semblent particulièrement exotiques et donc… intéressantes.

« Tremblement de glace »

De son côté, l’Observatoire royal de Belgique avait cette année laissé sa place à la station belge à un collègue de l’Université de Luxembourg. À charge pour celui-ci de réinstaller les GPS et aussi une station de mesures gravimétriques.

« En couplant les informations de pesanteur et de déplacement de la roche livrées par ces instruments, nous espérons pouvoir en apprendre davantage sur l’évolution globale de la calotte polaire suite aux changements climatiques qui affectent la Terre, explique Michel Van Camp, sismologue à l’Observatoire royal. Observer l’évolution de l’altitude des glaciers n’est pas suffisant pour apprécier cette évolution. Il faut en effet pouvoir déterminer si ce sont les glaciers qui s’amincissent ou si c’est la croûte terrestre qui s’enfonce. Les données gravimétriques et de positionnement permettent de répondre à cette question. »

L’Observatoire a également déployé sur place un sismomètre. Il complète le réseau mondial mais peut aussi détecter certains phénomènes nouveaux pour les chercheurs. « Comme les “tremblements de glace” ou ice quakes, précise Michel Van Camp. Ce phénomène se produit quand un glacier bouge soudain brutalement. Il frotte alors sur le socle rocheux, ce qui entraîne des tremblements de terre. Un phénomène passionnant à étudier », conclut-il.

Un environnement extrême mais aussi fragile

D’autres projets de recherches plus axés sur l’environnement atmosphérique et biologique ont également fait l’objet de travaux de recherche à la station Princess Elisabeth cette saison.

Stefan Kneifel, de l’Université de Cologne et de Louvain (KULeuven), s’est concentré sur l’étude des nuages et des précipitations atmosphériques dans cette région de l’Antarctique. Un laser de détection et d’étude des nuages a été mis en service. Un pyranomètre travaillant dans l’infrarouge a permis d’explorer leur température et un mini-radar a mesuré les chutes de neige. Première surprise pour le chercheur : cette année, le total des précipitations relevées à Utsteinen (le site où est construite la base belge) est tout simplement… nul. « Zéro millimètre, précise le chercheur. Alors que l’an dernier, nous en avions relevé 240 mm. » Pourquoi cette étude sur les nuages et les précipitations ? « Tout simplement parce qu’ils jouent un rôle important dans le bilan énergétique global au niveau du sol. Une composante importante dans le cadre des effets du réchauffement global. »

Les Universités de Liège et de Gand s’intéressent, elles, à la biodiversité qui existe aux abords de la base belge. « La faune la plus abondante en Antarctique, ce sont les bactéries, indique Elie Verleyen, de l’Université de Gand. Nous les étudions par microscopie mais aussi de manière génétique. L’idée est de surveiller leur évolution sur le site, mais aussi de les identifier et de comprendre leur stratégie de survie dans cet environnement extrême. Plusieurs de leurs propriétés peuvent un jour s’avérer intéressantes. Par exemple en ce qui concerne leurs pigments qui leur permettent de survivre à d’intenses rayonnements ultraviolets. Ou encore les enzymes qu’elles produisent, voire leur activité antibiotique. »

Enfin, l’Institut royal météorologique avait aussi dépêché un de ses chercheurs sur place : Alexander Mangold. « Au moyen de divers instruments installés cette saison mais aussi il y a deux ans, nous surveillons l’évolution du trou dans la couche d’ozone ainsi que les gaz et les aérosols qui jouent un rôle dans les propriétés optiques et physiques de l’atmosphère, explique-t-il. L’Antarctique offre un environnement éloigné des perturbations humaines. L’idéal pour étudier les conditions de fond dans ce domaine. »