ANTOINISME:UN PRODUIT WALLON BASE SUR UNE FOI EXCLUSIVE

FONSNY,MARIE-PIERRE

Page 21

Mardi 26 octobre 1993

ANTOINISME: UN PRODUIT WALLON

BASÉ SUR UNE FOI EXCLUSIVE

L'antoinisme représente un des très rares mouvements purement belges, ne partageant cette particularité qu'avec les «Trois Saint Coeurs» (p. 23). Quelques repères historiques: le «Père», Louis-Joseph Antoine, voit le jour en 1846 dans le hameau de Mons-Crotteux, près de Flémalle. Cadet d'une famille de onze enfants, il débute dans la mine à l'âge de 12 ans et épouse en 1873 celle qui deviendra «La Mère», Jeanne Catherine Collon. Autodidacte, il est successivement ouvrier métallurgiste et marteleur (en Pologne, notamment). Fortune faite à Varsovie, il rentre à Jemeppe pour devenir portier-encaisseur jusqu'en 1900, date à laquelle il se voue totalement au spiritisme. Alors que ses consultations de magnétiseur attirent une foule de plus en plus nombreuse, il est poursuivi en 1901 pour exercice illégal de la médecine. Il délaisse alors la prescription de remèdes et d'eau magnétisée pour la seule imposition des mains et l'utilisation de «fluides» spirites. Tour à tour guérisseur et prophète, le père Antoine enfièvre l'âme de houilleurs et ouvriers du pays de Liège dont il est originaire.

En 1906, année charnière: le guérisseur prend ses distances par rapport au spiritisme et fonde une religion, le Nouveau Spiritualisme. Il décède en 1912.

Un seul remède peut guérir l'humanité: la foi; c'est de la foi que naît l'amour: l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même; ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu; car c'est de l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir; c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité. Ce texte, inscrit sur tous les temples antoinistes, est la base de l'enseignement d'Antoine.

Réminiscence de son passé de guérisseur, Antoine affirme que la foi exclut toute autre forme de remède. Ceux qui ont foi en la médecine ne peuvent avoir foi dans le Père. Et vice versa....

L'antoinisme proclame la souveraineté du libre arbitre et de la conscience (pas de prise de position sur le divorce, l'avortement, etc.) et croit fermement en la réincarnation.

La pensée d'Antoine tient dans une trilogie sacrée: La Révélation par le Père, Le Couronnement et Le Développement de l'enseignement du Père. Lors des cultes, le desservant (ministre du temple) procède à l'Opération du haut de la tribune en répandant de la main droite sur la foule, le fluide éthéré du Père. Après l'imposition des mains, il rappelle à voix haute les dix principes révélés (sorte de dix commandements). C'est ensuite au tour d'un lecteur de transmettre la pensée du Père extraite de la trilogie sacrée. Le rite du culte (de 15 à 30 minutes) est dispensé tous les dimanches et les quatre premiers jours de la semaine à 10 heures, invariablement.

La liturgie de l'antoinisme comporte deux grandes fêtes. Le 25 juin, anniversaire de la désincarnation du père Antoine, les fidèles se rendent en pèlerinage au temple de Nandrin, là où eut lieu son dernier voyage. Le 15 août, les fidèles fêtent La Mère. Ils célèbrent également la Toussaint, le lundi de Pâques, le jeudi de l'Ascension et le lundi de Pentecôte.

Dans son édition du 26 juin 1925, «Le Soir» dénombrait près de 300.000 adeptes en Belgique et en France. Mais l'enseignement du culte s'essouffle dès les années trente pour devenir aujourd'hui confidentiel.

Le temple de la rue Hors-Château à Liège, qui est pourtant le plus actif, accueille environ trois cents personnes par semaine. On compte trente temples en Belgique dont 20 pour la seule province de Liège, quatre dans le Hainaut, deux à Bruxelles (Schaerbeek et Forest), deux dans le Luxembourg, un en province de Namur et un en Flandre. Le culte de Stembert est pour l'instant fermé, faute de fonds, tout comme celui de Schoten-Deuzeld (faute de fidèles, cette fois).

La croyance est restée semble-t-il plus vivace en France (une trentaine de temples). Il y a également des salles de lecture au Zaïre, en Allemagne, en Italie et au Canada.

Pour toute la Belgique, il y aurait 500 adeptes «costumés» (les plus assidus), dont une majorité de femmes. Les Frères sont vêtus d'une sorte de lévite noire descendant jusqu'aux mollets ou aux genoux. Les Soeurs portent une robe noire et un bonnet surmonté d'un diadème composé en son centre de deux ruchettes simples en tulle de soie.

MARIE-PIERRE FONSNY