Appel juif européen pour la création d’un État palestinien

LOOS,BAUDOUIN

Mardi 24 janvier 2012

Des intellectuels juifs européens soutenus par des coreligionnaires israéliens relancent bruyamment ce mardi à Bruxelles leur appel contre la poursuite de l’occupation des territoires occupés par Israël et pour l’établissement d’un État palestinien.

Le J-Call récidive. J-Call ? « L’appel à la raison » lancé le 3 mai 2010 par un groupe de juifs européens soutenus par quelques amis israéliens avait fait des vagues. En Europe et en Israël. Pas seulement en raison des personnalités impliquées – des Finkielkraut, BHL, Cohn-Bendit, Barnavi, Grossman, Sternhell, par exemple – mais aussi parce que le message principal, soit la nécessité de la création d’un État palestinien souverain et viable aux côtés d’Israël, n’avait pas manqué de frapper par la force de sa conviction.

Ce mardi soir, les organisateurs de J-Call, qui a essaimé en Italie, France, Belgique, Suisse et Pays-Bas (1), ont invité quelques-uns de leurs meilleurs orateurs pour une grande conférence au Parlement européen destinée à relancer leur campagne de persuasion auprès des communautés juives européennes. Ils ont dû refuser du monde, ont-ils expliqué non sans fierté.

Comme l’expliquait peu avant l’événement le Belge Willy Wolsztajn, « l’objet de l’appel n’est pas de critiquer le gouvernement israélien, d’autant que l’immense majorité des juifs européens ont des liens affectifs importants avec Israël et que la crainte de paraître trahir ce pays existe. Nous cherchons à faire évoluer le point de vue de l’opinion juive ».

Et son compatriote Claude Kandiyoti d’insister : « On n’est ni de gauche ni de droite. Il existe un certain malaise dans les communautés juives de la diaspora au sujet de l’État palestinien. Nous sommes pro-Israël et pro-paix. C’est en tant qu’amis d’Israël que nous nous permettons de dire notre opinion, que nous cherchons le dialogue avec les Israéliens et leur gouvernement ».

L’initiative de J-Call, en 2010, n’avait pas plu à tout le monde, d’ailleurs. « Il y a eu une contre-réaction incroyable, s’exclame encore Claude Kandiyoti. Car beaucoup ont peur d’ouvrir le dialogue sur ce sujet. Mais nous souhaitons dire que nous ne sommes pas des chèvres ». Sous-entendu : des chèvres qui obéissent aux ordres du gouvernement israélien.

Si le droit des Palestiniens à l’autodétermination n’est pas absent des textes de J-Call, ce mouvement insiste d’abord et surtout sur l’intérêt même d’Israël. L’Historien israélien Elie Barnavi a eu cette formule choc : « Il faut oser dire aux juifs européens que l’objet de leur affection, l’État d’Israël, est en train de mourir en raison de l’aveuglement de ses dirigeants actuels ».

Un autre Israélien présent à Bruxelles, l’ex-général Shaul Arieli, plaçait lui aussi bien le débat sur l’avenir d’Israël : « Il y aura bientôt, en 2020, une majorité palestinienne sur l’ensemble Israël-Palestine. Il faut décider si nous préférons un État juif et démocratique sur 80 % de ce territoire (sans, donc, les territoires occupés et colonisés) ou si on préfère garder les 100 % et renoncer à rester démocratique ».

« C’est d’une simplicité biblique, résumait Eli Barnavi. Mais les sympathisants d’Israël se cabrent et évoquent les dangers incarnés par la partie palestinienne. Ils ne voient pas qu’il s’agit d’une question de survie pour Israël ».

(1) Le J – Call regroupe environ 8.000 signatures, dont 800 Belges. Un site : www.jcall.eu.