APRES UN ETE CANICULAIRE,LA REGION SE PENCHE SUR LES CHIFFRES DE POLLUTION DE L'AIR PAR L'OZONE AVANT TOUT,BRUXELLES VOUDRAIT..

BOURTON,WILLIAM

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Mercredi 18 octobre 1995

Après un été caniculaire, la Région se penche sur les chiffres de pollution de l'air par l'ozone

Avant tout, Bruxelles voudrait filtrer les voitures !

L'ozone est un problème sérieux. Mais la Région ne voudrait pas qu'il asphyxie tous les autres facteurs de pollution...

Il y a quelques mois, alors que le soleil chauffait à blanc le pavé bruxellois, les trois stations de me sures de l'Institut bruxellois pour la gestion de l'environnement (l'IBGE) analysaient l'air de la ville. Hier, «à froid», le ministère de l'environnement a rendu ces chiffres publics... et en a tiré certaines conclusions.

D'abord les chiffres. Ce n'est pas un scoop, cet été, les niveaux de pollution par l'ozone troposphérique (le mauvais : pas celui qui, en haute altitude, filtre le rayonnement solaire) ont été très élevés. Durant vingt-quatre jours, la valeur limite d'avertissement de la population (soit 180 micro-grammes par m3) a été dépassée. Un phénomène inquiétant, mais pas isolé : le relevé des dépassements des valeurs limites enregistrées par l'Union européenne (quinze pays) indique que les jours où ces « dérapages» sont observés sont les mêmes dans tous les pays connaissant des circonstances météorologiques identiques.

Ces conditions climatiques défavorables sont connues : ensoleillement important, vent faible et humidité de l'air réduite.

Comme pour dédramatiser la situation, les experts de l'IBGE ont voulu souligner ce paradoxe. À la station de mesure de Woluwe, située à côté de l'autoroute, les concentrations en ozone étaient toujours plus faibles qu'aux stations périphériques de Uccle ou Berchem, non directement influencées par le trafic. Pourquoi ? Parce que, étrangement, certains polluants comme les oxydes d'azote - crachés par les pots d'échappement - ont pour effet de détruire partiellement l'ozone troposphérique !

Dans le même ordre d'idées, les concentrations en ozone sont relativement plus élevées le week-end, lorsque la circulation automobile est réduite.

Il est assez difficile de comparer l'évolution de la pollution par l'ozone, année après année. Pour la bonne et simple raison que, on l'a vu, celle-ci est grandement influencée par les conditions météorologiques. En pondérant, les experts de l'IBGE sont cependant arrivés à la conclusion qu'en Belgique, les teneurs en ozone augmentent depuis 1979 : date du début d'une surveillance continue de ce polluant.

Question fondamentale maintenant : quels sont les effets d'une trop forte inhalation d'ozone sur la santé ?

HARO SUR LES AUTOS !

Les spécialistes de l'IBGE avancent une étude réalisée par l'Institut d'hygiène et d'épidémiologie. Celle-ci fait apparaître une augmentation significative de la mortalité durant les «épisodes d'ozone» de l'été 1994. Mais d'ajouter aussitôt que ces épisodes étaient associés à des augmentations de température et que l'importance relative de ces deux paramètres n'a pas pu être quantifiée.

On l'a compris, le gouvernement bruxellois refuse de hurler avec les loups.

- Le problème de l'ozone toposphérique ne se résout pas ponctuellement, en période de crise, affirme le ministre Didier Gosuin. C'est un problème qui exige une politique volontariste, coordonnée à long terme et élargie aux autres polluants atmosphériques.

Sans nier l'importance des plans de gestion de crise « ozone», pour essayer de limiter les dégâts, le ministre voudrait donc « globaliser» le problème, en s'attaquant aux sources de pollution. Dans le collimateur : les voitures, qui interviennent à concurrence de 70 % à 80 % dans les différents types de polluants que l'on retrouve dans l'air bruxellois.

Au-delà du plaidoyer attendu pour les transports publics, le ministre se propose d'écrire au Premier Jean-Luc Dehaene, pour mettre en place un groupe de travail chargé de préparer une réforme de la taxe automobile. Cette taxe serait calculée, non plus seulement en fonction de la cylindrée du véhicule, mais en fonction de ses performances environnementales (consommation, bruit, pollution, etc.), avec pénalisations ou exonérations possibles à chaque contrôle technique...

WILLIAM BOURTON