Architecture - Le pavillon belge crée la surprise à la Biennale de Venise grâce à une photographe Un Lion d'or pour le Kinshasa de Marie-Françoise Plissart

COUVREUR,DANIEL

Page 32

Samedi 11 septembre 2004

Architecture - Le pavillon belge crée la surprise à la Biennale de Venise grâce à une photographe

Un Lion d'or pour le Kinshasa de Marie-Françoise Plissart

DANIEL COUVREUR

Vendredi, les images profondément humaines et les vidéos attachantes de « Kinshasa, the imaginary city », créées au pavillon belge de la 9e Biennale d'architecture de Venise par la photographe bruxelloise Marie-Françoise Plissart, ont décroché le Lion d'or.

Cette récompense aussi étonnante que suprême a surpris l'artiste : Cette expo n'est pas à proprement parler un projet d'architecture. « Kinshasa, the imaginary city » a plutôt la forme d'un portrait urbain. Je parle de cette ville avec mes photos, et les textes de l'anthropologue Filip De Boeck donnent du lien, du sens aux images.

Tout ce qu'on peut voir à Kinshasa est renversant. J'y suis retournée plusieurs fois, comme poussée par une obligation intérieure. Le pavillon belge montre des enfants sorciers, un travelling sur le fleuve, un grand portrait de ville, des photos de magasins de semences au sens sexuel, agricole ou religieux du terme. Il est question d'architecture à travers la sorcellerie et les corps qui construisent l'imaginaire urbain... Si je me suis intéressée aux gens, c'est parce que ce sont eux qui expriment l'image de la cité dans leur vie de tous les jours.

L'architecte Koen Van Synghel a eu l'idée de présenter le projet de Marie-Françoise Plissart à Venise, dans le cadre du pavillon belge, avec le soutien financier du ministère de la Culture de la Communauté flamande - à la Biennale d'architecture, Communautés française et flamande se partagent alternativement le pavillon belge d'une édition à l'autre. « Kinshasa, the imaginary city » est donc présentée sous la bannière de la Flandre.

Je suis fière de travailler avec des Flamands au pavillon belge, nous a confié Marie-Françoise Plissart, parce que je suis respectée en tant qu'artiste. Pour moi, l'essentiel est ailleurs. J'espère que les échos de ce Lion d'or me permettront de réaliser le grand projet de film que je rêve de développer depuis plusieurs années...

Si la Belgique a remporté ce Lion d'or sans exposer l'ombre d'un plan ni d'une maquette d'architecture, c'est sans doute parce que les créations de Marie-Françoise Plissart posent cette question essentielle pour l'immense majorité des habitants de la planète : les villes peuvent-elles exister sans architecture ?·

« Kinshasa, the imaginary city », à Venise, jusqu'au 7 novembre, tous les jours de 10 à 18 heures. Entrée : 12 euros. Infos : www.labiennale.org.

Filip De Boeck et Marie-Françoise Plissart, « Kinshasa, tales of the invisible city », éd. Ludion, 288 p., 40 euros.