Armes au Kivu, chefs en Europe
BRAECKMAN,COLETTE
Page 13
Vendredi 27 novembre 2009
Congo Les experts de l’ONU dénoncent le réseau international de soutien aux rebelles hutus
Durant leur longue enquête, les experts ont intercepté un grand nombre d’appels téléphoniques, et par exemple capté 240 conversations satellitaires entre Ignace Murwanashyaka, porte-parole des FDLR résidant en Allemagne, et des commandants opérant au Kivu. En mars 2009, alors que l’opération Kymia II commençait à se déployer, Murwanashyaka a donné l’ordre de s’attaquer aux civils congolais et de donner l’assaut aux hôpitaux et centres de santé ; un mois plus tard il ordonnait une offensive générale contre l’armée congolaise.
Alors qu’il n’avait jamais été inquiété malgré les nombreux avertissements venus de Kigali, Murwana-shyaka et un autre leader des FDLR, Straton Musoni, ont été arrêtés le 19 par les autorités allemandes à la veille de la sortie du rapport. Par contre, la France a toujours refusé d’arrêter Callixte Mbarushimana, nº 2 du mouvement, et n’a pas enquêté sur les détenteurs de 21 numéros satellites en communication régulière avec les combattants du Kivu… Il apparaît que l’autorité de ces leaders en exil repose aussi sur la notoriété que leur assuraient les nombreuses interviews radiophoniques captées jusqu’au Congo. Les experts de l’ONU ont surtout mis en évidence le véritable nerf de la guerre : les ressources financières dont disposent les rebelles hutus et le réseau de complicités sur lequel ils peuvent compter. Ces pistes-là traversent les pays voisins, le Burundi, la Tanzanie où des camps de réfugiés leur servent de base de recrutement, la Zambie, l’Afrique du Sud… Mais surtout, c’est en Europe – Allemagne, France, Belgique – que se situent les centres nerveux et financiers de l’organisation : via des agences comme Western Union, la diaspora rwandaise envoie des mandats, tandis que des sociétés se chargent de commercialiser l’or extrait des carrés miniers. La Belgique est la première des bases arrière de la guérilla hutue : d’après le rapport des experts, la société
Berkenrode, sise à Anvers, raffine et revend l’or acheminé depuis le Burundi, de même que la société appartenant à Tony Goetz, autre Belge d’Anvers, qui avait naguère installé un centre d’achat et de raffinage dans la zone franche de Bujumbura. Malgré ses démentis, sa société, Affimet, avait souvent été citée comme « revendant l’or des Hutus », qu’il s’agisse des rebelles burundais ou rwandais. Reposant sur des écoutes téléphoniques et des listes de numéros d’appel, sur des relevés bancaires et des preuves de transfert d’argent, le rapport des experts corrobore des accusations depuis longtemps formulées par le Rwanda. A Kigali en effet, on assure que la solution du problème ne se trouve ni dans les opérations militaires sur le terrain, ni dans un « dialogue interrwandais » qui légitimerait des personnalités impliquées dans le génocide de 1994 et dans les actes terroristes qui ont suivi, mais dans une véritable coopération internationale. Les experts rappellent aussi que les rebelles hutus ont su se créer des complicités locales, dans l’armée entre autres, ce qui leur permet de se fournir en armes et en munitions. Et que des personnalités congolaises, comme le ministre Mbusa Nyamwisi, auraient aidé les milices rwandaises en échange de livraisons de bois et de minerais. L’Ouganda, cependant allié du Rwanda, est également mis en cause pour
avoir autorisé des recrutements de combattants hutus dans des camps de réfugiés et pour avoir autorisé des exportations d’or extrait du Kivu. L’ampleur du réseau dont disposent les FDLR explique pourquoi la Monuc est dite inefficace, et démontre surtout que le problème dépasse les capacités opérationnelles et politiques du Congo, transformant les populations du Kivu en otages d’une guerre qui se joue ailleurs…
P.20 forum : LA DETTE DU CONGO
ÉPINGLÉ
Les rebelles ont pu compter sur le soutien constant de milieux catholiques : Constant Goetschalck, membre des Frères de la Charité travaillant dans le camp de réfugiés de Kigoma (Tanzanie) est cité pour avoir donné de l’argent. Son action caritative lui a permis de recevoir un prix de un million de dollars décerné par l’Opus Dei. Deux associations espagnoles, la Fundacio S’Olivar et Inshusti, financées par le gouvernement de la province des Baléares, ont soutenu financièrement les FDLR. Les dirigeants de ces deux fondations ont été les principaux informateurs des juges espagnols qui ont inculpé des dirigeants du FPR.
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