Arte «Kurt and Courtney» Des vautours sans Nirvana
COLJON,THIERRY
Page 31
Jeudi 22 mars 2001
Arte «Kurt and Courtney» Des vautours sans Nirvana THIERRY COLJON
On comprend mieux, à la vision du documentaire anglais de Nick Broomfield, pourquoi Courtney Love s'est opposée de toutes les manières à la réalisation de ce «Kurt and Courtney». Au lendemain de la mort du leader de Nirvana, le 8 avril 1994, ils furent nombreux à prétendre que Kurt ne s'était pas suicidé mais qu'on l'avait tué. Pire: que Courtney avait commandité le meurtre pour hériter de sa fortune.
Qu'il y ait eu des adolescent(e)s naïfs pour croire à de pareilles idioties alors que l'on savait l'auteur de «Smell like teen spirit» dépressif, n'est pas étonnant. Mais qu'un reporter professionnel ait pu apporter quelque crédit à ces rumeurs est déjà plus grave, voire tendancieux. Surtout qu'on sait que Kurt avait déjà tenté à Rome de mettre fin à ses jours. Malgré sa fraîche paternité, il n'était pas parvenu à se désintoxiquer d'une consommation effrénée d'héroïne destinée, en partie, à soigner des maux d'estomac récurrents.
Nick Broomfield n'a pas eu la tâche facile. Le veto de Courtney a non seulement interdit au cinéaste anglais toute utilisation d'une chanson de Nirvana, mais, si tant est que le journaliste en ait eu l'envie, personne dans l'entourage professionnel du groupe de Seattle n'apporte son témoignage. Aucun musicien, manager, agent, directeur artistique, producteur (Butch Vig, de Garbage, producteur de «Nevermind», avait des choses à dire) ne s'exprime dans «Kurt and Courtney» qui, du coup, se résume à un ramassis de suppositions flairant l'égout.
Nick Broomfield, micro en main et caméra à ses côtés, est allé voir tout ceux qui n'ont rien eu à voir avec le succès de Nirvana. D'anciennes petites amies délaissées, un beau-père fabulateur, un détective parano (ces deux derniers convertis en auteurs d'un livre pour défendre la thèse du meurtre et se faire par la même occasion un peu de blé sur le dos du défunt), des musiciens ratés, etc.
Tout cela, lamentable, est à gerber. Ce film vautour n'apporte strictement rien. Il ne fait que salir Courtney Love. Le film tombe même dans l'amateurisme le plus risible quand, caméra cachée, l'équipe du film entre dans le studio où Courtney est occupée à travailler. On nous annonce son arrivée face caméra quand... la batterie tombe en panne!
Le seul intérêt qu'on peut en tirer est cette galerie de portraits de paumés de l'Amérique profonde cherchant à se mettre en valeur pour avoir frôlé l'ange blond. Cherchant le scandale, il ne laisse dans la bouche qu'un goût de cendres froides...
Heureusement que ce film est programmé dans le cadre d'un Thema sur les indiscrétions et la vie privée des autres, seule excuse possible à la diffusion d'une telle ordure...
«Kurt and Courtney», Arte, 20h46.
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