ASSAINIR LE NUCLEAIRE AU PROCHE-ORIENT LIBYE,SYRIE ET IRAN AFFIRMENT AVOIR CHOISI LA TRANSPARENCE

AFP

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Mardi 11 février 1992

Assainir le nucléaire au Proche-Orient

Libye, Syrie et Iran

affirment avoir

choisi la transparence

La Libye, la Syrie et l'Iran affirment avoir choisi la transparence pour démontrer leurs bonnes intentions en matière nucléaire, tirant ainsi à la fois les conclusions de la guerre du Golfe et de la tendance à la dénucléarisation sous l'impulsion de Washington et Moscou. Face aux informations de presse les accusant de poursuivre des programmes d'armement nucléaire, Tripoli et Téhéran ont saisi la perche tendue par le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Hans Blix, qui a appelé les pays s'estimant injustement soupçonnés à s'ouvrir «spontanément» à l'agence.

Des délégations de l'AIEA se sont ainsi rendues depuis le 31 janvier en Libye et en Iran, mais également en Syrie. Dans ces trois pays, les inspecteurs de l'AIEA ont pu visiter des installations sur lesquelles les autorités gardent habituellement le secret. En Libye, où les autorités ont annoncé leur disposition à «s'ouvrir totalement» aux inspections internationales, M. Blix a visité le centre de recherches nucléaires de Tajoura, près de Tripoli. A Damas, M. Blix a annoncé, dimanche, que la Syrie était disposée à accepter un système de contrôle conformément au traité de non-prolifération nucléaire. Le vice-directeur de l'AIEA, Jon Jennekens, poursuivait de son côté, lundi, une visite d'inspection en Iran. Il s'est rendu, samedi, dans la centrale non achevée de Bouchehr.

Les trois pays ont mis à profit ces visites pour réaffirmer leur intention de se servir de l'atome à des fins pacifiques, et la Syrie a saisi l'occasion pour dénoncer l'arsenal nucléaire d'Israël - estimé par la presse internationale à une centaine de bombes atomiques -, au moment où le désarmement figure au menu des négociations de paix au Proche-Orient.

L'ouverture de Tripoli, Damas et Téhéran est intervenue alors que les capitales occidentales, et notamment Washington, ont émis des craintes que des États de l'ex-URSS à court de devises vendent leurs compétences nucléaires. Les hebdomadaires anglais «Sunday Times» et allemand «Stern» affirmaient ainsi récemment que la Libye offrait 100.000 dollars par an aux savants de l'ex-URSS et l'Iran plus de 110.000 dollars.

Tripoli et Téhéran ont formellement démenti ces informations, alors que les déclarations de responsables occidentaux se contredisent: le secrétaire général de l'Otan Manfred Woerner a affirmé le 25 janvier que des experts de l'ex-URSS ont déjà été recrutés, alors qu'un responsable du Pentagone démentait ces propos trois jours plus tard.

Parallèlement à l'éventualité d'une migration des cerveaux, des informations font état de la poursuite d'un trafic nucléaire nord-sud, et de l'existence d'échanges sud-sud. Ainsi, du matériel «pouvant servir à des fin nucléaires» provenant des États-Unis à destination de la Libye a été saisi en janvier par l'Allemagne. De même, le Pakistan, qui dit posséder la «capacité» de produire une bombe atomique, est accusé par des opposants iraniens en exil d'être lié à l'Iran par un accord de coopération en matière d'armement nucléaire. Islamabad a démenti. Mais c'est toujours contre l'Irak, qui avait dissimulé ses projets à l'AIEA, que les principales accusations sont dirigées. (AFP.)