Assurances Franchise plus élevée, prime réduite ? La franchise se négocie prudemment

JULY,BENOIT

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Samedi 7 décembre 2002

Certains assureurs proposent une réduction de prime si l'assuré accepte une franchise plus élevée. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Quelques éléments d'appréciation.

Assurances

Franchise plus élevée, prime réduite ?

La franchise se négocie prudemment

BENOÎT JULY

Lors de la conclusion d'un contrat d'assurance, il est rare que l'on attache une attention particulière au montant de la franchise appliquée par l'assureur en cas de sinistre. Sauf si l'assureur lui-même ou le courtier auquel on s'est adressé attire l'attention sur ce point. Mais pourquoi le ferait-il ? Pour proposer par exemple à l'assuré de bénéficier d'une prime à payer moins élevée, à condition que celui-ci accepte de conserver à sa charge une franchise plus élevée.

Rappelons à cet égard que cette franchise, qui est prévue dans de très nombreux contrats et est même obligatoire pour certains d'entre eux, représente la part du dommage qui reste à charge de l'assuré en cas de sinistre. Cette part limite bien entendu d'autant l'intervention de l'assureur appelé à indemniser les dégâts. En tant que telle, on peut donc considérer cette franchise comme représentant la part du risque qui reste « assurée » par l'assuré lui-même, sur ces propres deniers, la compagnie d'assurance n'intervenant qu'en dernier recours.

C'est précisément ce type de proposition qui peut être d'usage lors de la souscription d'une assurance Habitation par exemple un produit pour lequel la perspective de pouvoir bénéficier d'une réduction de prime peut être attirante. Selon les assureurs, le gain proposé à l'assuré peut aller jusqu'à 30 % sur la prime à payer s'il accepte en contrepartie une franchise de 1.250 euros. Cette réduction de prime peut même atteindre 40 % pour un montant de franchise de 2.500 euros. Et ce, au lieu de 200 euros, qui constitue le montant de la franchise minimale imposée par le législateur dans ce type de contrat.

Intéressant ? Je pense que deux conditions doivent impérativement être remplies pour que les deux parties y trouvent une véritable conjonction d'intérêts, commente Wauthier Robyns, porte-parole de l'Union professionnelle des entreprises d'assurances (Upea). Il faut, d'une part, que l'assuré ait particulièrement bien informé quant aux conséquences éventuelles de son choix. Ceci ne peut en aucun cas lui être vendu comme n'étant qu'une partie anecdotique du contrat. Et il convient, d'autre part, que cet assuré dispose d'une aisance financière suffisante que pour pouvoir effectivement supporter les montants concernés en cas de sinistre.

En d'autres termes, l'assuré doit intégrer l'idée que, s'il a choisi comme dans l'exemple ci-dessus de bénéficier d'une réduction de prime de 40 %, il devra supporter seul le coût de tout sinistre dont le montant est inférieur à 2.500 euros. Et si le montant du sinistre est supérieur à ce montant, l'indemnisation qui lui sera versée par l'assureur sera amputée de ce montant.

Même si l'assuré a bien intégré cette idée, nous constatons néanmoins que le système le frustre terriblement dès que survient un dommage, commente un gestionnaire de sinistres d'une grande compagnie. Le client est mécontent, car il constate que le gain qu'il pensait réaliser sur le montant de la prime à payer ne supporte pas la comparaison avec le montant qu'il doit sortir de sa poche pour réparer le dommage.

Du reste, tous les assureurs ne sont pas convaincus du bien-fondé de cette démarche. Si elle peut se justifier par le souci de diminuer le montant du risque pris en portefeuille, elle contribue surtout, dans les faits, à renforcer l'idée que l'assurance coûte de l'argent plus qu'elle n'en « rapporte ». Commercialement, ce n'est pas systématiquement porteur, commente un responsable de la Smap. Et c'est critiquable à certains égards. Car il est évident que seule la tranche de la population qui dispose des revenus les plus élevés peut se permettre de supporter une franchise plus élevée, alors que c'est à elle que la réduction de prime est proposée. Nous pensons plutôt qu'il vaut mieux limiter le montant de la franchise à un montant minimal pour le plus grand nombre, voire la supprimer pour certains produits.

Il n'est pas impossible que les assureurs soient contraints, à terme, d'introduire une plus grande variabilité dans le montant des franchises aujourd'hui incorporée dans certains contrats. En cause : la Commission européenne qui voit d'un mauvais oeil que les pouvoirs publics belges imposent, pour la RC familiale et l'assurance habitation, une franchise obligatoire.

Notons que, du point de vue de l'assuré, le choix ne pose pas toujours en terme de réduction de prime. Il devient de plus en plus fréquent que les assureurs imposent à l'assuré victime de sinistres à répétition une franchise plus élevée si celui-ci veut continuer à bénéficier d'une prime inchangée... voire s'il veut pouvoir encore être assuré. C'est le cas, notamment, en assurance Auto où certains conducteurs ne parviennent à amadouer leur assureur qu'en acceptant ce type de restriction.

Il ne faut pas perdre de vue le rôle préventif que joue la franchise vis-à-vis de l'assuré, commente un courtier. Il est évident que plus le montant qui reste à sa charge en cas de sinistre est important, plus il a tendance à adopter un comportement prudent. Du point de vue de l'assureur, ceci contribue à assainir son portefeuille, vu que les assurés ayant accepté une franchise plus élevée veilleront à ne pas exposer leurs biens inutilement. Il n'est donc que normal qu'ils bénéficient, dès lors de cette réduction de prime...·