Athènes appelle à l’aide

THOMAS,PIERRE-HENRI; AFP

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Samedi 24 avril 2010

Finance Le mécanisme de prêt à la Grèce est enclenché

Il n’y avait pas moyen de faire autrement. Après la flambée dont les marchés financiers étaient la proie depuis des jours, poussant les taux grecs à plus de 9 % jeudi, la Grèce a dû se résoudre à appeler à l’aide. Le gouvernement de M. Papandreou a demandé de bénéficier du mécanisme de soutien qui avait été préparé par les pays de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI). Un mécanisme qui permettra à la Grèce de recevoir cette année un prêt de 30 milliards des pays de la zone euro, ainsi qu’un autre de 15 milliards du FMI, à un taux qui pourrait dépasser 5 %.

Certes, l’Allemagne, qui devrait être le premier contributeur de l’aide grecque (voir ci-contre), traîne les pieds, parce que le pays est à la veille d’une échéance électorale régionale importante le 9 mai et qu’une majorité de la population se prononce contre le sauvetage de la Grèce. Mais il n’y avait pas le choix : la Grèce, dont la dette atteint 300 milliards d’euros, doit encore rembourser cette année une trentaine de milliards. Et une échéance importante de 8,5 milliards est fixée le 19 mai. Or, le pays est virtuellement incapable de se financer sur les marchés, qui lui demandent, pour prêter à deux ans, un taux de plus de 10,5 %, soit dix fois plus que le taux auquel l’Allemagne peut trouver de l’argent !

En effet, les taux grecs, déjà très élevés les semaines précédentes, se sont envolés jeudi après la révision à la hausse des chiffres du déficit grec pour 2009 par Eurostat (le bureau des statistiques européen). Un déficit fixé à 13,6 %, mais qui pourrait encore être revu à la hausse car les statisticiens européens n’ont pas encore intégré toutes les opérations de camouflage budgétaire réalisées avec l’aide de Goldman Sachs. Pis encore, cette flambée des taux grecs a commencé à se propager à d’autres pays, comme l’Irlande et le Portugal. Commentant la décision du gouvernement grec d’appeler à l’aide, le président de la banque centrale allemande, Axel Weber, a d’ailleurs estimé que « le risque de contagion » a augmenté et que de trop nombreux pays « ont toujours des déficits publics trop élevés ».

L’annonce de l’activation du mécanisme d’aide n’a pas vraiment calmé la spéculation : le taux grec sur 10 ans, qui dépassait les 9 % jeudi, est retombé un moment sous les 8 % mais vendredi en fin de journée, il était remonté à 8,5 %.

Temporisation allemande

C’est que, alors que la plupart des pays européens sont décidés à aller très vite, l’Allemagne paraît temporiser. La chancelière Angela Merkel a posé des conditions très strictes, qui alimentent l’incertitude : elle a prévenu que le plan serait activé seulement si « la stabilité de la zone euro dans son ensemble » était menacée et a réclamé d’Athènes un « programme d’économies crédible ». Elle a ajouté qu’il n’était « pas possible aujourd’hui de livrer des informations sur la nature ou le montant de l’aide ».

Quoi qu’il en soit, maintenant qu’Athènes a sonné l’alarme, la procédure est enclenchée : dans une première étape, la Commission européenne et la Banque centrale européenne diront, très vite, si l’appel à l’aide lancé par la Grèce est justifié. Ensuite, le dispositif devra recueillir l’assentiment de l’ensemble des ministres des Finances de la zone euro. Enfin, selon les pays de la zone euro, les parlements nationaux auront leur mot à dire, sans toutefois que ces procédures n’empêchent un versement rapide des prêts promis. Heureusement pour la Belgique, qui doit verser 1 milliard, ce qui nécessite une loi : mais comment faire voter le Parlement, alors que le pays est en crise politique ? Pas de problème : « Nous sommes d’accord entre nous que cela n’empêchera pas le déclenchement du mécanisme si certains pays n’étaient pas encore prêts au moment où il le faudrait », a rassuré le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, le président de l’eurogroupe, le club des ministres des Finances de la zone euro.

Chronologie

4 octobre 2009

Le Parti socialiste grec de Georges Papandréou remporte des législatives anticipées.

Dans les semaines suivantes,

les chiffres des finances publiques sont revus à la hausse : le déficit public 2009 est désormais à 12,7 % du PIB et la dette à 113,4 % du PIB.

8 décembre 2009

Fitch est la première agence de notation à abaisser la note de dette à long terme de la Grèce, de A- à BBB+. La Bourse d’Athènes chute de 6 %.

24 décembre 2009

Adoption du budget de l’Etat 2010, marqué par une réduction du déficit public, de 12,7 % du PIB en 2009 à 9,1 % en 2010.

13 janvier 2010

Début d’une mission du FMI en Grèce à la demande d’Athènes pour étudier l’éventualité d’une assistance technique au pays. Le lendemain, Athènes dévoile son programme d’austérité. Le 25 janvier, première émission obligataire de l’année, qui suscite une demande cinq fois plus forte qu’attendu (25 milliards).

3 février 2010

La Commission européenne approuve le plan d’économies budgétaires de la Grèce, tout en la plaçant sous surveillance et en ouvrant une procédure d’infraction du fait de ses

statistiques de déficits peu fiables.

11 février 2010

Tandis que, la veille, les fonctionnaires ont appelé à une grève de 24 heures, l’Union européenne s’accorde sur les instruments pour aider financièrement la Grèce. Le 24 février, grève nationale. Idem, le 11 mars.

17 mars 2010

Angela Merkel évoque la possibilité d’exclure un pays de la zone euro « quand il ne remplit pas les conditions, encore et

encore ».

25 mars 2010

Les 16 dirigeants de la zone euro décident d’un mécanisme de prêts financiers à la Grèce, incluant le FMI, et à

utiliser en dernier ressort.

11 avril 2010

Les ministres des Finances de la zone euro prévoient dans leur plan d’aide de prêter au moins 30 milliards d’euros à la Grèce en 2010. (afp)