ATTENTION AU TEMPS DE REPOS

VERLEENE,MAURICE

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Mercredi 13 septembre 1989

LE terme de «temps de repos» intrigue les débutants, qui ne se méfient pas lorsqu'ils attaquent un pion apparemment sans défense. Il s'agit souvent d'un piège. Ce temps de repos permet à l'adversaire de choisir librement deux coups comme les exemples suivants le démontreront. La plus extraordinaire exploitation de ce genre de piège nous fut «offerte» par le regretté grand maître soviétique Andries Andreiko, de Riga, ex-champion du monde et l'un des plus prestigieux joueurs de tous les temps.

Cette partie fut disputée au cours du Tournoi international de Batoumi (Géorgie, URSS), du 17 juillet au 3 août 1967. Il y avait quinze participants, et nous étions seul Belge. Dans la position du diagramme, nous avions cru pouvoir attaquer par (25-30), mais ce magicien du damier nous fit savoir qu'il y avait des possibilités de damer à 2 - 3 et 4. Incroyable mais vrai!

M. VERLEENE (Belge)

Diagramme 1

A. ANDREIKO (URSS)

1) 33-29 (22-33) les blancs ont maintenant deux temps de repos, leur permettant de jouer trois coups librement: 31-26 (30-19) 37-31 (33-24) 27-21 (16-27) 31-2 ou 4.

2) 33-29 (22-33) 48-43 (30-19) 27-22 (18-27) 31-22 (33-24) 43-39 (17-28) 32-3.

3) 33-29 (30-19) 48-43 (22-24) 27-22 et, quelle que soit la prise, dame par 32-3. Notons qu'il y a encore une quatrième variante en partant du diagramme par 48-43 (30-19) 33-29, etc.

L. TSIPES

Diagramme 2

A. ANDREIKO

Au cours du même tournoi, Andreiko se créa un temps de repos contre son compatriote, Tsipes, dans la position du diagramme ci-dessus, qui lui permit d'exécuter un coup de dame gagnant: 27-21 (36-27) 21-32 (28-37) 39-33 (30-28) se réservant un temps de repos au coup suivant: 38-32 (23-34) 32-1.

Une occasion manquée

Toujours à Batoumi, en 1967, le champion de France, Mostovoy, aurait pu nous placer un coup de dame étonnant grâce à un temps de repos. Mostovoy (noirs) 2-3-4-7-12-14-19-21-23-24-26; Verleene (blancs) 25-28-de 32 à 36-38-40-43-44. Les noirs, au trait, songent à se débarrasser de la menace du coup de talon 36-31, etc., en gardant l'avantage. Mais nous nous étions aperçus aussitôt que le Français avait un coup gagnant par (24-30) 35-13 (temps de repos!) (12-18) 28-10 (4-15) 13-22 (21-27) au choix (26-50). Dans la partie suivante, nous verrons un gain très simple par un temps de repos (championnat de Belgique 1989).

Partie O. Verpoest -

F. Marini

Cette partie eut lieu à Anvers le 15 avril dernier. 32-28 (18-22) 37-32 (12-18) 41-37 (7-12) 46-41 (1-7) 34-30. Notons cette position qui permet une étude très intéressante: si les noirs répondent par (20-24), les blancs peuvent enchaîner le centre droit des noirs par 32-27, qui finiraient par perdre un pion s'ils répondent 14 ou 15-20 suivis de 30-25; toutefois, après (20-24) et 32-27, il reste une seule occasion de se défaire de cet enchaînement par (24-29) 33-24 (22-33) si 38-29 (18-22) 27-18 (12-25), et si 39-28 (15-20) 24-15 (19-24) 30-19 (14-21).

Reprenons la partie après 34-30 (20-25) 30-24 (19-30) 35-24 (14-20) la meilleure réponse, 33-29 (22-33) 39-28 (17-21) 29-23. Verpoest décide de se défaire de son pion taquin, (20-29) 23-34 (21-26) 38-33 (11-17) 42-38 (17-22) 28-17 (12-21) 44-39 (7-12) 33-28 (10-14) 39-33 (5-10) 50-44 (14-20) 44-39 (18-23) 28-19 (13-24). Curieux pionnage vers l'aile droite des blancs, 31-27 (12-18) 36-31 (9-13) 34-29. Petit piège simple, qui ne peut surprendre un joueur de la classe du Liégeois, qui ne peut répondre par (10-14) ni par (8-12). Et il semble l'avoir vu car il répond (4-9) 41-36. L'Anversois maintient le piège et réussit à tromper Marini (8-12??) 32-28! (21-34) 39-17 (16-21?). Décidément, Fernand se trouve en méforme, heureusement passagère, car en offrant ce temps de repos, il permet à Oscar un simple coup de dame et en perdit trois, se classant à 3 points du champion de Belgique, Oscar Verpoest. Ces fautes, relativement simples, ne reflètent pas la force du sympathique membre du Damier mosan-Renaissance.

On nous écrit

M. Jansen nous fait parvenir une coupure du Soir daté du dimanche 18 août 1957, signée Léon Treich. Maintes fois dans ses Notes parisiennes, ce regretté chroniqueur avait manifesté sa prédilection pour le jeu de dames. Nous avions écrit dans notre précédente chronique (Le Soir du 30 août) que «notre révolution» eut lieu à Paris en 1723, lorsqu'un officier du Régent, surnommé «le Polonais», fit remarquer que le jeu serait bien plus intéressant si on le pratiquait sur cent cases au lieu des soixante-quatre cases de l'échiquier, etc. Dans l'article précité, Léon Treich relate «notre révolution» avec quelques nuances: (...) Aux environs de 1720, il fut remplacé par un jeu de dames à la polonaise, ainsi nommé parce que ce fut un joueur polonais de l'hôtel de Soissons, alors grand centre des amateurs, qui l'enseigna à un jeune officier de la garde personnelle du Régent Philippe d'Orléans. Ce nouveau jeu fut codifié par Manoury, qui avait réussi à attirer dans son cabaret du quai de l'Ecole les meilleurs joueurs parisiens. Chez Manoury se rencontraient régulièrement l'académicien La Condamine, le joueur d'échecs Philidor, le maréchal Maurice de Saxe, etc. L'un d'eux composa sur le noble jeu tout un poème didactique (...).

MAURICE VERLEENE.

Diagramme 3

PROBLÈME N° 645. - Par A. Polman (P-B). Les blancs jouent et gagnent. Problème difficile, à variantes.

SOLUTION DU N° 644. - 39-34 (35-44) 43-39 (44-42) 26-21 (16-47) 32-28 (23-41) 34-23.