Au coeur de la vieille cité mosane palpite le musée Rops

DUSAUSOIT,YVAN

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Vendredi 2 janvier 2004

Au coeur de la vieille cité mosane palpite le musée Rops

NAMUR - La nouvelle jeunesse d'un foyer d'art s'impose à travers la caméra subjective et l'oeil amusé du cinéaste Thierry Zéno. De « l'infâme Fély » à l'artiste renommé. Yvan DusausoitC'est l'oeil amusé, en familier, qu'il parcourt les salles du musée de la rue Fumal rouvert après neuf mois de restauration. Pour lui, l'endroit regorge de souvenirs. Une histoire personnelle qui remonte à plus de trente-cinq années.

Quand je vois certaines oeuvres, comme le « Pornocrates », confie-t-il avec malice, je l'imagine toujours à la vente Drouot tenue par deux huissiers en bleu de travail devant le commissaire priseur. Beaucoup d'entre elles ici ont pour moi une valeur sentimentale, comme certaines que j'ai vues autrefois chez des collectionneurs, dans l'intimité d'une chambre à coucher. Dans ce sens, ce musée Rops figure un peu le terminus d'innombrables parcours secrets.

Cela commença dans l'adolescence par une visite au premier musée Rops, inauguré rue de Fer au milieu des années soixante. L'irruption dans un lieu chargé de mystère avec la découverte de l'interdit et de l'hypocrisie qui allaient habiter son cinéma. Car, à ce moment, la réputation sulfureuse de l'artiste était ancrée au point qu'on occultait pudiquement le souvenir de « l'infâme Fély ».

Comme pour les 150 ans de sa naissance, en 1983, rien ne semblait prévu, Thierry Zéno décida de lui consacrer un film, Les Muses sataniques. Au fil des années, l'image de Rops allait se modifier, le peintre maudit devenant un artiste renommé dont sa ville natale tirera fierté. Dès 1987, le musée emménageait à l'endroit actuel afin d'accueillir l'afflux croissant des acquisitions. Les agrandissements successifs et la récente restauration visent aussi à illustrer la diversité du talent de l'artiste. Les trouées opérées par l'archiscénographe Filip Roland, qui ouvrent les petites pièces d'habitation, ménagent des angles de vue et des perspectives nouvelles sans sacrifier l'intimité des lieux. La variété de certaines salles où les thèmes sociaux, esthétiques ou érotiques se côtoient fait penser à une exposition collective. Mais tout est de la même main, remarque Zéno. Toujours étonné par ce diable d'homme, il s'engage dans le couloir des panneaux biographiques. Il épingle des dates marquantes de ces 65 années (1833-1898) de passion. On n'imagine pas Rops raccrocher son tablier après une vie d'amour et de travail entrelacés. Orphelin à seize ans, fiancé très jeune et pour longtemps, fondateur de journal, sans cesse en route, ruiné et divorcé à quarante ans, relançant vie et carrière à Paris, l'homme ignore les concessions. «

Autre ne veux être » demeurera sa devise.

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Parallèlement au musée qui révèle les différentes facettes du créateur en exposant ses travaux de caricaturiste, de peintre, de graveur, d'aquafortiste, Thierry Zéno a continué de s'intéresser aux traits variés de sa personnalité, aux joies et aux drames de son existence. Ainsi, outre les nouvelles oeuvres qui affluent périodiquement, le musée continue d'être irrigué par des sources diverses d'une connaissance plus intime de Félicien Rops.

L'une de celles-ci est le château de Thozée, sa gentilhommière, son petit paradis, où il invitait Baudelaire et De Coster. Thierry Zéno parle avec émotion de sa rencontre avec Elisabeth Rops, la petite fille du peintre, et du film qu'elle suscita. L'idée du deuxième film, « Ce tant bizarre monsieur Rops », est née au cours de l'inventaire du château de Thozée. Un jour, lors d'une visite, en 1996, nous avons constaté le décès d'Elisabeth Rops que rien ne laissait supposer. Nous éprouvions une dette envers une personne qui nous avait fascinés par ses conversations et qui nous avait confié une mission. Avec ce mélange de tristesse et de nécessité d'agir dans l'urgence, nous avons été confrontés à une intimité des lieux dont on ouvre les armoires et les carnets. Ainsi de certains objets pas directement liés à son oeuvre mais qui ont compté dans la vie de l'artiste. C'était à ce point troublant que j'ai souhaité qu'un film rende compte de cette expérience émotionnelle en évoquant le lieu dans son état délabré.

Aussi, parcourant les salles du musée, épingle-t-il les failles décelées lors de ses passages à Thozée. La palette de paysages brossés au cours de ses voyages, les satires sociales, la mort et les squelettes omniprésents, trahissent selon lui, une insatisfaction profonde, sous une façade de joyeux luron. Sur base de centaines de lettres dépouillées et publiées, il débusque les ombres de certaines toiles joyeuses, le deuil caché sous l'humour.

Auteur de plusieurs films d'art, il ne se lasse pas de visiter la salle consacrée aux travaux d'aquafortistes pour lesquels Rops fonda une société. Et il ne tarit pas d'éloges pour l'exposition consacrée au cabinet de curiosités.

C'est ici, affirme-il, qu'il manifeste ouvertement sa démarche d'expérimentateur. On se rend vraiment compte alors à quel point son oeuvre était construite. On découvre par les ramifications multiples le souci de créer une collection, un monde en soi plein de rappels et d'échos ! Et la marginalité dont on l'affublait devient une volonté délibérée d'accorder autant de valeur à la marge qu'au centre !

Maison du tourisme de Namur, square Léopold, 5000 Namur. Tél : 081/24 64 49. maison.tourisme.namur@ville.namur.be. website : www.pays-de-namur.be (ouvert tous les jours, de 9h30 à 18 h).

Musée Félicien Rops, Service de la culture de la Province de Namur, rue Fumal, 12, 5000 Namur. Tél : 081 22 01 10, rops@ciger.be. website : www.ciger.be/rops. Ouvert du mardi au dimanche, de 10 à 18 h. Adultes : 3 euros. Visites guidées (min. 10 pers) : 31 euros.

Le Cabinet de curiosités de Félicien Rops - Caprice et fantaisie en marge d'estampes

Exposition présentée au musée Rops à l'occasion de l'inauguration du musée rénové. Du 22 novembre au 29 février 2004.

A lire. Hélène Védrine, Rops, le cabinet de curiosités, Somogy (30 euros) - Bernadette Bonnier et Véronique Carpiaux, Guide du musée Félicien Rops, Stichting Kunstboek, 20 (12,50 euros).

A voir. La maison d'enfance de Rops, rue Pépin .